Notes du passé: La sexualité des Malgaches et ses secrets 24.01.2017 Notes du passé

Publié le par Alain GYRE

La sexualité des Malgaches et ses secrets

24.01.2017 Notes du passé

 

Abstinence pour les adolescents, fidélité pour les adultes mariés ou à partenaire unique, protection en dernier recours. C’est ce que symbolisent les « trois petits bateaux » de Médecins du Monde. Dans la majorité des régions de la Grande île, la population se remarque par un trait particulier, sa très grande liberté sexuelle.

Moins visible sur les Hauts-plateaux, quelque peu tempérée par deux siècles d’évangélisation et l’introduction de l’Islam, cette liberté vient des temps anciens. À cette époque, les sociétés sont régies par un régime plus ou moins matriarcal selon les régions, fondé sur la valeur suprême attachée à la vie et à la perpétuation de la lignée (taranaka) et donc à la fonction maternelle de la femme. En fait, on se soucie peu alors de la filiation exacte, « la maternité étant un bénéfice en soi pour la femme». Et peu importe le père et l’environnement dans lequel on a l’enfant, dans ou hors union.

Aujourd’hui, cette liberté sexuelle n’est plus explicitement reconnue et elle est même limitée par la loi. Elle se manifeste sous d’autres aspects plus ou moins avouables, tels le multipartenariat, les transactions sexuelles pas forcément professionnelles, la sexualité précoce. « Avec comme ingrédients éventuels l’alcool et la drogue. »

Selon une enquête menée au début de ce siècle, le multipartenariat renforcé par l’existence de mots comme « mampirafy », « maromaso », « janga », « vamba »…, donc prenant son origine dans une pratique ancestrale, justifie l’infidélité sinon la bigamie des hommes mariés. D’autant que, selon la norme sociale tacitement acceptée, ceux-ci auraient par nature des besoins sexuels beaucoup plus grands que les femmes. Une autre manière de justifier l’adultère au masculin.

Les adolescents (es) eux aussi, par nature curieuse, s’adonnent à la multiplication d’expériences amoureuses simultanées. Les jeunes filles y ajoutent les transactions sexuelles qui consistent à offrir leurs charmes, sans être des professionnelles, contre argent par vénalité ou pour des raisons sérieuses comme l’achat de fournitures scolaires, la survie pour celles qui étudient loin de leur famille. Cette pratique est partagée par certaines femmes seules (maîtresses, 1er ou 2e bureau…) contre biens et confort, parfois par des femmes mariées financièrement faibles et ce, à l’insu ou avec la complicité de leurs époux. Dans ce dernier cas, les avantages obtenus sont tels qu’ils motivent toute la famille! Cependant, ce sont surtout les femmes seules avec enfants (17 à 23% des ménages en 2003), abandonnées ou mères célibataires qui y recourent face aux problèmes économiques auxquels elles sont confrontées pour assurer leur subsistance et celle de leur progéniture.

Quant à la précocité de la sexualité, selon l’Enquête démographique et sanitaire de 1997, 56% des adolescentes de 18 ans ont commencé leur vie reproductive, la proportion étant beaucoup plus importante en milieu rural qu’en ville. En outre, sur les Hautes-terres, les premiers rapports sexuels des jeunes (garçons et filles) se font en moyenne à partir de 16 ans. Ailleurs, ils les ont entre 12 et 15 ans; et dans le Sud dès l’âge de 10-12 ans pour les adolescentes, avant même l’apparition de leurs premières menstruations.

Ainsi la virginité comme la fidélité semble être « une notion d’importation » puisqu’il n’existe pas non plus de mot spécifique pour la traduire. Dans de nombreuses régions, du reste, la perte de la virginité n’a d’importance que pour l’homme qui voit dans leur nombre une preuve de séduction! Et de manière générale, s’engager dans la vie sexuelle constitue pour les jeunes la première étape qui conduit vers la société des adultes.

Les conséquences de cette précocité sont graves à bien des égards, car elles ne sont pas canalisées, les parents par pudeur interviennent peu auprès de leurs enfants. L’« éducation sexuelle » qu’ils donnent se résume, à l’apparition des premières règles, à la mise en garde de leur fille contre une grossesse non désirée, et au seul conseil donné à leur garçon d’éviter d’engrosser sa partenaire. De plus, les sources d’information éducative étant limitées, leurs véritables initiateurs sont leurs aînés, leurs amis, le voyeurisme du fait de la promiscuité familiale, les films pornos projetés jusque dans les villages reculés par des vidéothèques ambulantes…

Enfin, notamment dans le Nord où le khat fait partie de l’alimentation masculine quotidienne, l’alcool et la drogue sont généralement liés à la sexualité. « Ingrédient indispensable de tous les fêtes et rites traditionnels dont certains impliquent l’échangisme, l’alcool libère le couple de toute retenue et, à dose raisonnable, il favoriserait la fécondation. En revanche, l’ivresse rendrait l’homme impuissant ou violent. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives De l’Express de Madagascar

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