Notes du passé: Les orgueilleux écartés du Fokonolona

Publié le par Alain GYRE

Les orgueilleux écartés du Fokonolona

03.01.2017 Notes du passé

 

Andrianampoinimerina marque son long règne par différentes actions, dont certaines perdurent jusqu’à nos jours.

Outre la grande réunification de l’Imerina et la tentative de n’instaurer qu’un seul royaume dans toute l’île, différentes lois sont édictées concernant toute la vie de son peuple, de la stratification en castes et sous-castes jusqu’à l’organisation sociale, économique, judiciaire, politique. Tout cela pour préserver, comme il le précise, le « fihavanana », la solidarité familiale et communautaire.

C’est ainsi qu’il publie quelques règles à propos des funérailles et de la construction de tombeaux. S’il y a un décès dans le village, chaque membre du Fokonolona doit apporter sa contribution. Si la famille du mort est aisée, le nombre de bœufs à abattre ne pose pas de problèmes.

En revanche, s’il s’agit d’une famille défavorisée, ordre est donné aux nantis de leur fournir les animaux à sacrifier et, s’il le faut, les linceuls pour recouvrir leur défunt.

Sous Ranavalona Ire, le nombre de bœufs à abattre est limité à trente, quelle que soit l’envergure du cheptel que possède le défunt ou sa famille. Ceci pour éviter une démonstration inutile de richesse. « Mais surtout pour que le cheptel ne soit complètement anéanti et ainsi, vous serez tenté de voler pour pouvoir me servir. »

Quiconque ne respectera pas cette règle, ne sera pas enterré par le Fokonolona.

Comme dans d’autres circonstances, en effet, pour le grand monarque cette loi devra favoriser l’entraide au sein du Fokonolona. Et ceux qui ne l’appliquent pas, « en se considérant comme autonomes, comme des personnes n’ayant pas besoin d’autrui, s’écartent d’eux-mêmes de la vie collective ».

Andrianampoinimerina dénonce ici le comportement de certains nobles et autres riches qui ne manquent jamais de payer tous les droits et taxes royaux pour bien se faire voir du souverain, mais qui ne font rien pour la société dans laquelle ils vivent. Et pourtant, rappelle-t-il, « il vaut mieux être haï par le roi que par le peuple. Car vous ne voyez que rarement le roi alors que vous vivez à longueur d’année parmi le peuple ».

Le souverain veut aussi mettre en exergue le fait que la solidarité devra dépasser les conflits qui auraient exister du vivant du défunt. « Nous ne nous disputons pas contre les morts. »

Concernant les nobles en particulier, leur présence doit être remarquée dans les funérailles, notamment en présentant leurs condoléances à la famille éplorée et en assistant à l’enterrement. Toutefois, ils n’ont pas à consommer la viande de bœufs abattus à cette occasion, qualifiée de mauvaise (hena ratsy), ni à transporter le corps. « S’ils s’écartent de vous, laissez-les seuls avec leurs morts. Mais s’ils partagent votre douleur, ne les abandonnez pas quand ils ont un malheur. »

Cette solidarité devra aussi se voir dans la construction d’un tombeau qui, généralement, ne se fait pas sans peine. Notamment si les membres de la grande famille concernée ne peuvent assumer seuls les dépenses. Le Fokonolona est ainsi mis à contribution pour le transport des matériaux et autres, le don de zébus à sacrifier à la fin de travaux…

Cependant, si la famille ne participe pas à l’érection du tombeau d’un autre membre du Fokonolona, ce dernier a le droit de démolir pierre par pierre le sien.

Par cette loi, Andrianampoinimerina porte haut la croyance qui accorde au tombeau une place d’importance dans la vie des Malgaches.

« Nous ne sommes que de passage sur terre, c’est dans la tombe que nous demeurerons éternellement. »

Comme celle du tombeau, la construction d’une maison nécessite aussi la collaboration de tout le Fokonolona. Dans les deux cas, ce dernier recevra une contrepartie de la famille demandant son service. « Qu’elle vous donne peu ou prou, acceptez avec joie. »

Pour Andrianampoinimerina, la solidarité et l’union de son peuple à partir du Fokonolona sont indispensables pour asseoir son royaume. Elles permettent à ses sujets de s’épauler tant dans les activités  économiques que dans les actions sociales, dans le bonheur comme dans la douleur, favorisant ainsi le maintien de la paix. C’est pourquoi ceux qui refusent d’y prendre part car trop orgueilleux pour se mêler à la masse, seront « écartés » de la vie du Fokonolona et laissés à eux-mêmes.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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