Notes du passé: Les premiers missionnaires critiqués par des historiens 28.01.2017 Notes du passé

Publié le par Alain GYRE

Les premiers missionnaires critiqués par des historiens

28.01.2017 Notes du passé

 

La colonisation française à Madagascar, plus précisément à Fort Dauphin, n’a pas le succès qu’on attend et, par la suite, l’évangélisation non plus. « Les Français où ils émigrent, emportent avec eux leur manie de se quereller entre eux, défaut national atavique déjà signalé par César lorsqu’il faisait la conquête de la Gaule et y trouvait toute facilité de mettre en pratique la formule romaine : diviser l’ennemi pour se présenter comme champion de la paix et régner ! », écrit le père A. Engelvin.

Le prêtre reprend même une description de Montaigne du tempérament français : « Mettez deux Français dans le désert de Libye, avant deux mois, ils s’égratigneront le nez ! » C’est bien ce qu’on fait à Fort Dauphin et ce que font quelques historiens de cette tentative de colonisation. « On a crié haro sur Pronis, Vacher de la Case n’a pas eu que des couronnes de gloire, l’ivraie semée par les missionnaires a empêché le froment de mûrir ! Sans doute, Pronis et Flacourt ne buvaient pas que de l’eau bénite et c’était, nous dit-on, au grand désespoir des missionnaires. »

Quand le père Nacquart exhorte les colons réunis dans la chapelle, Pronis et quelques  coreligionnaires lancent à pleine voix les psaumes de Marot, relate le père Engelvin. Lorsque le père Bourdaise sonne la cloche pour la messe, Flacourt se rase encore pour venir, en belle tenue, occuper la place d’honneur réservée au gouverneur et il faut l’attendre.

Il est même question de « guerre de religion». Pronis se souvient qu’il est l’un des rares protestants vivants du siège de La Rochelle, et « il veut mourir dans la religion de ses pères ». Pourtant, cela ne l’empêche pas d’avoir des relations cordiales avec le père Bourdaise et « de lui confier sa fille métisse de préférence à la mère de cette enfant ». Sans doute, Flacourt a des « sautes d’humeur », mais il a aussi des relations cordiales avec le père Bourdaise. Et « pour en témoigner, nous avons le catéchisme et le dictionnaire français-malgache, composés par le père Bourdaise que Flacourt fit imprimer en France. Il parait aussi hors de doute que le père Bourdaise mit la main à certains chapitres de l’histoire de Madagascar dont Flacourt est l’auteur principal ».

Mais le plus vilipendé par certains historiens est le père Étienne qui se fait massacrer avec une dizaine de compagnons, tant français que malgaches, par un roitelet qu’il presse de se convertir. « On ne lui accorde même pas la faveur des circonstances atténuantes. »  Les plus virulents à l’attaque sont les colons de Fort Dauphin, mais ils changent de sentiment après avoir discuté de l’affaire avec le père Manié. L’abbé philosophe Raynal édite en 1770, soit cent ans après la mort du père Étienne, son « Histoire philosophique des établissements des Européens dans les deux Indes ». « Mais toute son Histoire philosophique n’est qu’une élucubration partiale et non pas un véritable document historique. »

Quelques historiens modernes qui ne semblent avoir lu que Raynal s’y mettent aussi. Lorsqu’un écrivain qualifie de « Moines » ou de « Jésuites » les missionnaires de Fort Dauphin, « il leur faisait un honneur qui les surprendrait fort, car l’humble Vincent de Paul ne faisait qu’une association de simples prêtres séculiers qu’il avait fait approuver sous le nom de Prêtres de la Mission par l’archevêque et le Parlement de Paris, par le roi et le Pape, comme ils le seront plus tard par un décret impérial de Napoléon ».

Néanmoins, il se trouve aussi des chroniqueurs honnêtes pour le justifier. Le gouverneur De Chapmargou entre dans les vues du père Étienne, et il lui donne une escorte de dix hommes et, après le drame, mobilise tous ses hommes disponibles pour aller châtier le roi Dian-Mananghe. Il y a également Martin, arrivé à Fort Dauphin en 1665, où il lui est facile d’être bien renseigné. De même, Souchu de Rennefort fait « un exposé simple et clair qui est bien différents du récit controuvé de différents auteurs modernes qui ont écrit sur Madagascar, en copiant, sans réserve aucune, les réflexions dictées par l’esprit philosophique et antichrétien de Raynal dans son ‘Histoire des Indes’… »

Enfin, Carpeau du Chaussay, commissaire provincial de l’artillerie de France, raconte le drame dans son « Voyage à Madagascar. « Son ami intime, M. de La Saunière, fut tué à côté du père Étienne. Lui-même suivit M. de Champmargou pour aller venger les victimes du massacre. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article