Notes du passé: Les zébus malgaches pour soutenir les Français

Publié le par Alain GYRE

Les zébus malgaches pour soutenir les Français

13.01.2017 Notes du passé

 

Avec ses immenses espaces d’herbes, au début du XXe siècle la Grande ile a en France la réputation d’être une terre d’élevage. Ses zébus, caractéristiques avec leur bosse, sont largement connus du grand public. À cette époque, pour une population de trois millions d’habitants, Madagascar dispose d’un cheptel évalué à quelque cinq ou six millions de têtes.

Avant la guerre de 1914, ce troupeau alimente une petite exportation, quelques milliers de bêtes sur pied expédiées chaque année à Natal et au Mozambique, à La Réunion et l’ile Maurice. Et depuis 1912, les règlements sanitaires français autorisant l’importation de viandes frigorifiées, des sociétés s’orientent vers cette préparation. La Compagnie générale frigorifique s’installe à Boanamary près de Mahajanga, la Société des conserves alimentaires de la Montagne d’Ambre à 5 km au nord d’Antsiranana, la Rochefortaise de produits alimentaires à Toamasina.

Il faut alors prévoir une organisation particulière des transports. Si la flotte anglaise dispose de quatre cents navires frigorifiques équipés, la marine française en compte cinq en 1913, affectés à des lignes sur l’Amérique du Sud. Les entreprises qui se fondent dans la Grande ile, s’entendent avec la Havraise péninsulaire qui accepte d’installer des cales frigorifiques sur quatre de ses bateaux. Ainsi, à la veille de la guerre, l’ile s’engage vers une utilisation plus rationnelle de son important cheptel bovin. On estime qu’elle peut fournir 100 000 têtes par an.

Après l’invasion et l’occupation du Nord et du Nord-est de la France, cette dernière envisage très vite d’importer du bétail malgache. Mais comment acheminer ces 100 000 zébus disponibles annuellement La question est de savoir s’il faut l’exporter sous forme de viande, en conserve ou congelée, ou sur pied.

Le 26 janvier 1915, une commission d’étude est constituée avec trois parlementaires ainsi que des représentants des ministères de l’Agriculture, des Colonies et de la Guerre, qui conclut que le système le plus pratique serait la frigorification ou la conserve.

« Mais au point de vue du ravitaillement rapide, une seule solution paraît pour l’instant admissible: l’introduction du bétail vivant. »

Il faut donc au départ sélectionner des bêtes « en bon état de chair » et d’un âge variant de 4 à 6 ans (350 à 400 kg). On doit aussi les grouper pendant un certain temps et « les entraîner à la nourriture sèche qu’ils recevront sur le bateau » pour éviter un amaigrissement ou des modifications dans la qualité de la viande.

Le gouverneur général Hubert Garbit qui en est avisé le 30 janvier 1915, assure l’envoi d’un contingent mensuel d’environ dix mille bœufs issus d’Analalava, Itasy, Vohémar, Maroantsetra, Toamasina, Moramanga et Ambositra. Les cheptels d’Antsiranana et de Mahajanga sont réservés aux usines de conserves et de viandes frigorifiées qui se trouvent dans ces deux provinces.

Le 30 juin, le vapeur Loire arrive à Toamasina où des charpentiers construisent des boxes pour les animaux dans ses faux-ponts et sur le pont. Toutefois, du fait des « aléas du transport en temps de guerre », les bœufs à embarquer sur le Loire sont acheminés vers Antsiranana et mis à la disposition des usines de la Montagne d’Ambre et d’Antongobato.

Mais le gouverneur général ne veut pas abandonner complètement l’exportation de bœufs sur pied, « car les mesures prises, les installations importantes qui sont terminées, les dépenses effectuées pour l’entraînement des bœufs» sont coûteuses. Pour éviter les critiques dans la presse, on prévoit d’embarquer deux cents bœufs sur pied sur les dix mille prévus, le reste sera vendu aux usines locales de conserve.

Finalement, le Loire embarque cinquante zébus à Antsiranana.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article