Notes du passé: Mananjary dans sa pleine expansion

Publié le par Alain GYRE

Mananjary dans sa pleine expansion

05.01.2017 Notes du passé

 

L’histoire de l’évolution de Mananjary, l’ancien grand port du Vatovavy-Fitovinany, commence avec la fondation de l’ancienne cité. Le prestige personnel de son fondateur Ravalarivo, descendant de Raminia, y est pour beaucoup. « Incontestable détenteur de Sourates, Ravalarivo avait toute la chance d’en imposer sur le peuple naïf qui l’entourait et qui ne manquait pas d’être séduit par sa science » (Armand Raomelina). Dès lors, son village ne manque pas de devenir un centre d’attraction pour les clients qui viennent le consulter sur l’astrologie, la divination et sur « d’autres pratiques mystérieuses que comporte la civilisation musulmane ».

Mais son plus grand essor est généré par sa position près d’une importante porte d’accès de l’ile par la côte Est. Pendant l’occupation hova, elle est surnommée Mananjara-ville (ville chanceuse) qui se transforme en Mananjary. Ce nom sera donné au fleuve qui la baigne. C’est à cette époque également qu’elle devient un port.

D’après Hubert Deschamps, en 1824 le roi des Betsimisaraka, Jean René, une fois soumis à Radama Ier et devenu son allié, se charge d’une expédition militaire sur la côte Sud-est, accompagné du Grec Nikolosi. Par la suite, ce dernier sera nommé Andriambaventy (chef avec droit de justice) à Mananjary. Cette influence lointaine des Merina est attestée par quelques monuments laissés par ces derniers. « Ainsi dans le quartier d’Ankadirano, on trouve le temple protestant, dont la date de fondation 1890 portée sur le mur, témoigne de l’influence de Ranavalona II, reine protestante de l’époque » (Armand Raomelina).

Parallèlement, il joue un rôle d’expansion le long de la côte, ce qui contribue également au développement économique de la localité. Sous Ranavalona Ire, le Breton Napoléon de Lastelle, reconnu citoyen malgache, est investi du pouvoir d’un agent principal du commerce extérieur. Il est établi à Toamasina comme représentant de la Maison Rontaunay de La Réunion et achète une plantation à Mahela, à 25 km au nord de Mananjary. Le village de Mahela se situe à l’embouchure du lac saumâtre Rangazavaka, mais l’accès de son port gêné par une barrière de récifs de coraux, ne permet pas des relations régulières avec ses correspondants, en particulier de Toamasina et de La Réunion. Il faut donc recourir à l’embouchure de la Mananjary qu’un chapelet de lagunes, interrompues de petits Pangalana (lieux de transbordement) peut mettre facilement en communication avec Mahela. Plus tard, le port de Mahela est supprimé au profit de Mananjary.

À l’arrivée des Français dans la Grande ile en 1896, Mananjary est déjà un centre important et un port marchand fonctionnant normalement. Elle est alors choisie par les colons français comme centre d’exploitations commerciale, agricole et industrielle et son prestige ne cesse de s’accroître au rythme de l’affluence européenne. Vaincus dans une lutte inégale d’influence, la plupart des habitants ont perdu leurs terrains de culture au profit des Européens, surtout des Français, sous la colonisation. Quand l’indépendance rurale vient, ils se sentent désorientés. Beaucoup doivent leur existence aux maisons de commerce, notamment aux opérations maritimes. Mais déjà les activités du port ralentissent au profit de celui de Manakara, alors qu’avec Nosy Varika et Ifanadiana, Mananjary est l’un des plus grands centres de production caféière de l’ile. En 1967, malgré un cosmopolitisme évident, Mananjary est qualifiée de capitale du peuple antambahoaka. D’ailleurs l’organisation sociale de la ville ancienne est basée sur les traditions de ce groupe ethnique.

Les Antambahoaka ont un régime patriarcal qui divise la population en quatre clans, chacun placé sous l’autorité d’un « Mpanjaka » (roi, patriarche). Celui-ci est désigné dans un grand Kabary (assemblée) du clan parmi les doyens d’âge qui ont respecté scrupuleusement toutes les traditions ancestrales et se sont initiés à tous les rites. Il dirige toutes les relations civiles. Prêtre de droit du culte des ancêtres, il est l’intermédiaire entre les morts et les vivants. Comme chef temporel, il est un auxiliaire indispensable de l’autorité locale. Sa demeure sert à la fois de salle de réunion du clan et de temple pour le culte des ancêtres. C’est une case rectangulaire en falafa sur pilotis, au toit en feuilles de ravinala à deux pentes et sans véranda. Elle est toujours chauffée par un foyer interne, « les mânes des ancêtres ayant horreur des maisons sans feu ».

Pela Ravalitera

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