Notes du passé: Une Compagnie commerciale pour protéger l’intérêt national

Publié le par Alain GYRE

Une Compagnie commerciale pour protéger l’intérêt national

20.01.2017 Notes du passé

 

À partir de 1653, la Compagnie française des Indes orientales est confrontée à un concurrent puissant en la personne du duc de la Meilleraye, grand ami de Nicolas Fouquet (lire précédente Note). Il souhaite se substituer à la société dépérissante. « On tente encore une fois d’amalgamer dans une seule nouvelle affaire les deux partis opposés, mais on ne peut parvenir à un accord », indique Edmond François, membre de l’Académie malgache, dans une communication du 17 décembre 1943 à l’occasion du Tricentenaire de l’établissement de l’autorité française à Madagascar.

La « troisième » Compagnie et La Meilleraye envoient chacun des navires à Fort Dauphin, se disputent le personnel et les directeurs, sans toutefois parvenir à rendre la Colonie prospère et en tirer le revenu des capitaux investis. Au contraire, le Fort Dauphin connait alors les pires difficultés, ne recevant pas de ravitaillement et ne pouvant rien attendre des Antanosy. « Aussi, malgré le remaniement de l’association, les actionnaires ne retrouvent-ils pas la foi dans l’avenir de la Colonie de Madagascar. »

En revanche, La Meilleraye persévère dans ses vues. « On peut s’étonner de voir cet homme occupé à de multiples charges officielles, consacrer tant de patience et de volonté

à son entreprise coloniale. » Après avoir commandé les gardes de Marie de Médicis, il est devenu maréchal de France pour sa brillante participation au siège d’Hesdin. Edmond François explique alors comment il est amené à s’intéresser à Madagascar. Sans doute sur les instances de Fouquet qui participe à toutes les dépenses engagées outremer par La Meilleraye.

En 1663, le duc parvient à convaincre Colbert de créer à Madagascar et dans ses satellites, Bourbon et les Comores, une Colonie. Sept cent cinquante soldats et colons français devraient suffire pour garder et défendre la Colonie. Mais sa mort interrompt la présentation de ses projets. La Grande ile ne devant être abandonnée en cette crise, les objectifs de Louis XIII et de Richelieu doivent être repris par le nouveau roi qui profite de la disparition de La Meilleraye pour revivifier la Compagnie des Indes.

Louis XIV ne manque pas d’encourager l’action. Un groupe de marchands de La Rochelle, de Tours, de Nantes lui présentent à Versailles, un projet de Compagnie des Indes. Ils demandent au souverain de s’associer à leur entreprise et d’accorder à la société le monopole du commerce à Madagascar, le droit d’armer leurs navires pour les défendre des corsaires, enfin d’interdire aux étrangers la navigation dans les eaux de Madagascar. « Les profits seraient grands. On substituerait un trafic français au commerce des Hollandais qui fournissaient chaque année à la France trois millions de livres d’épices, deux millions de soieries. »

Le roi ne perd pas de vue la fin politique d’une tentative de colonisation, « mais persévérant dans l’erreur commise par son prédécesseur », il espère toujours qu’une entreprise commerciale pourrait représenter et sauvegarder tous les intérêts de la France dans l’océan Indien. « Toutefois, il voulait demeurer maitre en cette affaire, conduire les marchands et ne pas permettre à la Compagnie de négliger ou d’oublier l’intérêt national. » Déjà en 1664, la publicité est utilisée pour le lancement des entreprises financières. Une brochure est éditée, rédigée par un certain Charpentier et qui s’adresse à tous les Français.

On montre dans ce petit opuscule que la France ne peut demeurer à l’arrière des nations européennes qui se constituent un empire colonial. « Les profits énormes par les affaires de mêmes fins en Angleterre et en Hollande, étaient décrits et soulignés. » Et pour ne pas passer sous silence les échecs des deux compagnies précédentes, on garantit que la nouvelle est à l’abri des malheurs connus dans le passé. Charpentier précise que la force de la Compagnie résiderait dans la participation effective du roi qui entend contrôler personnellement les actes de la société. Mais pour cela, elle devrait posséder une flotte nombreuse, un capital de plusieurs millions, et disposer dans la Colonie d’un effectif de 5 000 Français.

« L’intervention ouverte de Louis XIV et la publicité mise en œuvre provoquèrent une grande agitation. Hommes de cour et marchands prirent contact pour l’étude des voies et moyens de cette croisade nationale. Les 21, 24 et 26 mai des séances se tinrent pour achever la rédaction d’un projet de société comprenant 40 articles… »

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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