Patrimoine – Le Rova d’Ambohimalaza incendié

Publié le par Alain GYRE

Patrimoine – Le Rova d’Ambohimalaza incendié

12.01.2017

 

Le premier « trano manara » de Madagascar a été réduit en cendres dans l’incendie du site royal d’Ambohimalaza. Mais pour les descendants d’Andriantompokoindrindra, ce qui est sacré est resté intact.

Sacrilège. Le « trano manara », la maison froide qui surmontait la tombe du Prince Andriatompokoin­drindra à Ambohimalazabe, a été incendié mardi soir. C’est vers 19h30 que le feu, qui est pourtant censé ne jamais s’allumer à cet endroit, a pris. Malgré les efforts des riverains pour le circonscrire avec de la terre, comme le veut la tradition locale, le Tranomasina, la case sacrée, la première du genre à avoir a été érigée en Imerina, est partie en fumée.

« La maison a brûlé, le bois a consumé », rapporte dans un communiqué l’Association des descendants d’Andrian­tompokoindrindra. Tout comme la place où les gens venaient encore demander la bénédiction des ancêtres. Des vestiges des offrandes déposées par les pratiquants, témoins des rituels qui y ont lieu, y étaient d’ailleurs encore visibles, portant la marque du feu.

L’association des descendants d’Andriantompo­koindrindra précise toutefois que seuls « les symboles visibles ont été touchés ». « Rien n’a frappé l’endroit où est caché le corps d’Andriatompo­koin­drindra », poursuit-elle, estimant que « ce qui est sacré dans le cœur de chacun est resté intact ». « Ceux qui ont commis cet acte infâme n’atteindront jamais leur objectif », ajoute l’association qui voit derrière l’incendie une main criminelle.

Le maire d’Ambohi­malaza Miray, Mbola Rama­nantsoa, qui n’exclut pas la thèse d’un accident compte tenu des difficultés d’accès au site, n’écarte pas non plus la possibilité d’un incendie criminel. « Avoir mis le feu à cet endroit peut être perçu comme une volonté de détruire certaines valeurs », analyse-t-il.

Menaces

Hemerson Andrianetra­zafy, historien de l’art et artiste plasticien, y voit le signe d’une « fissure de la société malgache ». « Ces incendies qui frappent des lieux sacrés illustrent les divergences d’opinions qui portent atteinte à nos valeurs », souligne-t-il, ajoutant que Madagascar subit aujourd’hui de « grandes épreuves ».

« Les Malgaches n’ont plus aucun respect pour les structures ancestrales et pour les traditions », déplore-t-il par ailleurs. « C’est l’une des raisons de toutes ces vindictes populaires, et c’est peut-être aussi l’une des causes de ces incendies qui frappent notre patrimoine », indique-t-il encore.

En effet, le Rova d’Ambo­hi­malaza n’est pas le premier site royal du patrimoine national à avoir été victime d’un incendie ces dernières années. Les collines d’Ilafy, d’Ambohi­tri­manjaka et d’Ambohidra­trimo ont été la proie des flammes, celles-ci ayant même détruit les cases royales d’Ambohidra­trimo en 2015. Une tentative d’incendie a également été perpétrée sur le Rova d’Antsa­hadinta. Malgré toutes ces menaces sur le patri­moine national, aucune mesure concrète de prévention et de protection n’est prise par les autorités chargées de sa protection.

Fief d’Andriantompo­koindrindra, l’aîné du roi Ralambo, Ambohimalaza « présente un incontestable intérêt, par ses nombreux souvenirs du passé », souligne le ministère chargé du Patri­moine sur son site. Outre l’aspect architectural d’un site royal, accueillant la tombe du Prince mais aussi celles de sa mère, de ses épouses et de ses fils, et parfaitement entretenu, le Rova d’Ambohi­malaza rappelle surtout l’histoire d’un aîné qui cède sa place au cadet dans la succession dans un souci de coordination de la gestion du royaume.

Cet esprit, les natifs d’Ambohimalaza entendent le garder, et dès l’annonce de l’incendie, les descendants du Prince Andriantom­poindrindra parlent de reconstruction. « Les descendants ne baisseront pas les bras. Ce qui a été brûlé renaîtra de ses cendres. Ce qui est tombé sera relevé. Ce qui a été détruit sera reconstruit. Et ce sera mieux que ce qui était là avant. Car ce que d’aucuns croient être une destruction sera le levier de la refondation », écrivent-ils dans leur communiqué.

Andry Patrick Rakotondrazaka et Lova Rabary-Rakotondravony

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