Conte: La foudre déshonorée

Publié le par Alain GYRE

Conte: La foudre déshonorée

La foudre déshonorée

La foudre voulut un jour, dit-on, se marier avec une jeune fille dont les parents habitaient un village situé au sommet de la montagne Andranovo. Elle allait souvent dans ce village pour mieux connaître la jeune fille et se faire apprécier d’elle. Elle signalait son arrivée par de grands coups de tonnerre, puis se rendait dans la case de ses futurs beaux parents et restait là. Suivant la coutume, on l’invitait à manger le riz. Elle avait un appétit formidable, pourtant elle n’osait jamais  apaiser complètement sa faim car elle avait honte. Pendant le repas, elle goûtait à peine ce qu’on lui présentait, mais, pendant la nuit, alors que tout le monde dormait, elle se lavait doucement, pénétrait dans les cuisines et dévorait le riz et la viande que l’on avait laissés dans les marmites pour le premier repas matinal des enfants.

            Et la matin, les mères de famille s’étonnaient de trouver les marmites vides. Quelques personnes se doutaient bien que la foudre était seule capable de ces larcins, mais elles n’en étaient pas sûres. Elles voulurent la prendre sur le fait.

            Elles achetèrent un jour de grosses anguilles, les coupèrent en morceaux et les firent cuire. Puis elles les mirent dans une marmite dont l’ouverture était assez étroite. Pendant la nuit la foudre, qui était très friande de la chair de l’anguille, vint dans la cuisine où était déposée la marmite afin de se régaler. Elle introduisit sa tête pr l’ouverture et mangea gloutonnement. Lorsqu’elle eut tout dévoré elle voulut regagner la case de sa fiancée mais impossible : sa tête, ayant la forme d’un harpon, ne pouvait plus sortir. Elle eut beau essayer, s’agiter, se retourner et se tordre : rien n’y fit et au premier chant du coq elle était encore là.

            Les habitants du village se réveillèrent et se levèrent pour aller à leurs travaux. Ceux qui avaient fait cuire l’anguille se précipitèrent vers la cuisine et y virent la foudre toujours coiffée de la marmite. Ils appelèrent leurs voisins pour leur montrer ce beau spectacle. Mais la foudre eut grand-honte et, pour que personne ne pût la voir, elle lança un grand éclair et éclata un formidable coup de tonnerre. La cuisine flamba immédiatement, les curieux, a demi aveuglés, furent renversés, la foudre se sauva au plus vite et ne revint plus.

            Depuis ce jour-là, les personnes qui connaissent les remèdes contre la foudre ne manquent pa, en les employant, de crier très fort : « Andronovo ! Andronovo ! » Lorsque la foudre entend ce mot elle se souvient de la mésaventure qui lui arriva autrefois et elle se tait immédiatement.

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