Le Rat et le Chat

Publié le par Alain GYRE

Le Rat et le Chat

Le Rat et le Chat (Première version)

 

Un jour, le Rat dit au Chat : « Je connais une recette qui a la propriété de protéger contre le feu et dont la vertu peut te rendre incombustible, si tu veux l’essayer. »

Le Chat, méfiant, lui répondit : « Laisse-moi te brûler, d’abord, pour expérimenter ton procédé et avoir la preuve de son efficacité. » Le Rat y consentit ; le Chat mit alors le feu à de menus fagots au milieu desquels était tapi le Rat. Lorsque le bois fut éteint le Rat sortit des cendres sain et sauf ; car, pendant que flambaient les bûches, il s’était glissé dans un trou préalablement creusé.

Le Chat, étonné de ce prodige, dut convenir des propriétés merveilleuses de la recette, et voulut en connaître le secret. –

« Volontiers, dit le Rat ; pour posséder ce talisman, il faut en faire l’essai comme moi, et me laisser à mon tour te brûler dans ce tas d’herbes sèches : si les flammes s’approchent trop de toi, tu n’auras qu’à souffler et cracher dessus et elles s’éteindront. » Sans hésiter, le Chat accepta l’épreuve ; mais n’ayant pas eu l’idée, comme l’astucieux Rongeur, de se creuser un terrier afin de s’y mettre à l’abri des flammes, il attendit vainement le miracle et fut bel et bien grillé vif, pour avoir suivi les perfides conseils du Rat.

Voilà pourquoi le Chat et le Rat sont devenus ennemis. Le Chat, avant de mourir, avait maudit ses descendants qui ne mangeraient pas le Rat dont la duplicité avait causé sa mort.

 

Le Rat et le Chat (Deuxième version)

 

Autrefois, le Chat et le Rat étaient amis. Le Rat dit, un jour, au Chat : « Aîné, je possède un secret : on peut me mettre dans le feu sans que je sois brûlé. » – Le Chat lui répondit : « Si tu sais faire cela, toi si petit, à plus forte raison saurais-je faire mieux, puisque je suis plus grand et plus fort que toi. » Tous deux convinrent de se brûler mutuellement. Mais le Rat voulut être brûlé le premier. Il réunit une grande quantité d’herbes sèches dans lesquelles le Chat devait le brûler. S’étant blotti au milieu des brindilles qui allaient lui servir de bûcher, le Rat se creusa sans bruit un trou assez profond pour y être à l’abri des flammes. Le terrier terminé, il s’y plaça et cria au Chat : « Tu peux allumer, Aîné, je suis prêt. » Et le Chat se mit à l’œuvre.

Lorsque le feu fut éteint, le Rat sortit des cendres, sain et sauf, sans avoir un seul poil brûlé.

Le Chat, à son tour, ramassa de l’herbe, et lorsque tout fut prêt, il se coucha au milieu. – Mais il ne songea pas à se faire, comme l’avisé Rat, un refuge souterrain, car il espérait naïvement se soustraire à l’action du feu, en crachant sur les flammes. – Lorsqu’il fut bien installé, il cria au rat : « Cadet, brûle-moi. » – Le Rat mit le feu et le Chat mourut sur son bûcher, bien qu’il eût craché fréquemment et abondamment pour éteindre les flammes.

Les Chats survivants, en apprenant la fin tragique de leur frère, brûlé vif par le Rat, se mirent, furieux, à la recherche du coupable et le mangèrent par vengeance.

C’est pourquoi aujourd’hui, si le Rat se terre dans son trou, le Chat le guette à la sortie : Rapiso (M. le Chat) le traque et le poursuit, qu’il se cache dans les épines ou au milieu des marchandises, car le Rat est le descendant de celui qui brûla traîtreusement autrefois l’ancêtre du Chat.

 

Le Rat et le Chat (Troisième version)

 

Le Chat et le Rat étaient, à l’origine, des amis intimes qui se visitaient fréquemment et n’avaient rien de caché l’un pour l’autre.

Le Chat était célibataire, mais le Rat avait une femme qu’il adorait.

Un jour, profitant de l’absence de son ami, le Chat réussit par ruse à pénétrer chez la femme du Rat : celle-ci, malgré ses alarmes et ses cris, dut subir les derniers outrages et devint la maîtresse du félin. Bien que, par crainte, elle eut promis le secret au Chat et juré de le revoir, elle raconta tout à son mari, lorsqu’il fut de retour.

À cette nouvelle, le Rat bondit de rage et résolut de tirer vengeance de cette félonie. Cependant, comme il était le plus faible, il se maîtrisa et préféra attendre patiemment une occasion propice pour venger son honneur.

Les deux Amants continuaient à se voir, l’un par passion, l’autre par crainte, malgré la surveillance du Rat : ils se donnaient rendez-vous dans les champs ou chez le Chat. Celui-ci, à chaque fois qu’il avait des relations coupables avec la femme de son ami, avait l’habitude de dire à la belle tout le mal possible du Rat, lequel était tourné en ridicule à cause de sa sotte confiance.

Le traître avait souvent proposé à son amie d’abandonner le toit conjugal pour venir habiter définitivement avec lui. Celle-ci avait toujours refusé ; mais, de retour chez elle, elle ne manquait pas de répéter à son mari qu’elle aimait les propos injurieux du Chat : ce qui avivait encore le ressentiment du Rongeur.

Un jour, le Rat se décida à employer un subterfuge pour arriver à ses fins : il se rendit chez le félin, sous le prétexte de lui faire une visite d’amitié. Au cours de la conversation, après avoir causé de choses et d’autres, il dit au Chat : « Ami, j’ai un secret à te confier ; mais il faut me promettre de n’en parler à personne. » Le Chat jura. « J’ai appris, continua le Rat, une formule merveilleuse qui a le pouvoir de protéger celui qui l’emploie contre les atteintes du feu : je suis prêt à te la faire connaître et à l’expérimenter devant toi, si tu veux. » – « J’accepte volontiers », dit le Chat. Et tous deux sortirent de la maison, cherchant dans la campagne un endroit favorable à l’expérience. Quelques minutes après, le Rat désigna un tas de broussailles non loin de là, et offrit au Chat de lui prouver immédiatement l’efficacité de son procédé. Sur le consentement de son ami, le Rat s’engagea prestement au milieu des broussailles et dit au Chat de faire un cercle de flammes en mettant le feu tout autour. Pendant que le Chat était occupé à cette besogne, subrepticement le Rat avait creusé un terrier dans lequel il s’était blotti, bien à l’abri des flammes. Lorsque les bois et les feuilles furent consumés, et les cendres refroidies, le Rat sortit de son trou, sain et sauf, devant le Chat émerveillé. Celui-ci, enthousiasmé, voulut aussi tenter l’expérience. Il se plaça dans une touffe d’herbes voisine à laquelle le Rat mit le feu sur l’ordre de son ami. Le Chat fut étouffé par la fumée et entièrement brûlé, bien qu’il eût soufflé de toutes ses forces pour éteindre les flammes.

Quand le brasier fut éteint, le Rat retira des cendres le cadavre du Chat et se mit à manger avec appétit la chair grillée de son ennemi. Lorsqu’il fut repu, il emporta le reste de la viande chez lui.

En chemin, il rencontra les parents du Chat qui lui demandèrent curieusement où il s’était procuré une telle quantité de viande. Le Rat répondit qu’il venait d’une veillée mortuaire où l’on avait festoyé et où beaucoup de bœufs avaient été abattus. Il offrit amicalement de partager ses victuailles avec eux ; ils acceptèrent aussitôt, ravis de l’aubaine. Le Rat leur laissa généreusement la plus grande partie de la viande qu’ils se mirent à dévorer à belles dents.

Tout en s’éloignant à petits pas, le Rat, tout heureux du succès de sa ruse et du bon tour qu’il avait joué aux frères du Chat, murmurait entre ses dents : « Faites bonne chère, braves gens, vous mangez votre parent ! » – « Que dis-tu, » lui crièrent-ils. – « Rien, » dit le Rat, et il continua sa route, en répétant gaiement à voix plus haute : « Soyez heureux, soyez heureux, c’est votre parent que vous mangez, c’est votre parent que vous mangez ! » Et il s’enfuit de toute la vitesse de ses courtes jambes ; mais il fut bien vite rattrapé par les Chats qui avaient entendu ses dernières paroles. – « Traître, lui dirent-ils, nous avons cru en ton amitié, et tu nous trahissais en brûlant vif notre malheureux frère et en dévorant son cadavre ! Tu seras puni de ta fourberie et de ta déloyauté par la peine du talion, car tu seras mangé, toi aussi, et tous tes descendants auront le même sort que toi. » Ils croquèrent le Rat, incontinent.

C’est pourquoi, jusqu’aujourd’hui, les chats sont les ennemis irréconciliables des rats qu’ils sont obligés de manger sous peine de malédiction.

 

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Bulletin de l’Académie malgache

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