«Mada Underground», un regard sur l’art et la vie à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

«Mada Underground», un regard sur l’art et la vie à Madagascar

Par Siegfried Forster Publié le 21-02-2017

 

Scène de «Mada Underground», documentaire réalisé par Philippe Chevallier et Denis Sneguirev.

Fipa

« Artiste, je fais de l’art triste ». La jeune fille mène une vie en vers avec une direction claire : « Un jour, on ira loin ». « Mada Underground » est une immersion cinématographique dans l’univers artistique de la capitale malgache. À côté des artistes, on découvre les rêves et une certaine réalité du milieu culturel alternatif de Madagascar. Un documentaire de création réalisé par les cinéastes français Philippe Chevallier et Denis Sneguirev, présenté lors du dernier prestigieux Festival international de programmes audiovisuels (Fipa), à Biarritz. Entretien.

 

RFI : La slameuse Caylah dit au début du film : « à partir de rien, on construit tout ». Est-ce à l’image de votre documentaire ?

Denis Sneguirev : Oui, c’est un beau résumé de ce documentaire : à partir de rien, on construit tout. C’est parti d’une idée, d’une intuition, que dans ces contrées éloignées - que je ne connaissais pas du tout - il y a quelque chose qui va nous surprendre. C’est surtout un regard qu’on ne pose jamais ou que très rarement sur ce pays-là, c’est-à-dire un regard pas compatissant, pas culpabilisant, pas misérabiliste, mais un regard plein d’espoir. En fait, ce n’est pas nous qui leur donnons l’espoir, mais ce sont eux qui nous donnent l’espoir. L’espoir pouvoir faire des choses, même quand on n’a pas grand-chose.

 

Dans votre film, on rencontre une slameuse, un rappeur, un artiste plasticien, des skateurs… Ils disent tous qu’on ne peut pas vivre de l’art à Madagascar. Pourquoi ils le font-il quand même ?

C’est vraiment ça, le sens de notre film : montrer des gens faisant de la création, de l’art, sans attendre une rétribution quelconque pour ce qu’ils font. Même pour nous, c’est revenir à l’essence de ce qu’on fait. Avant tout, l’art doit être de la passion, une énergie, une urgence personnelle, une envie brûlante de faire quelque chose. Montrer des artistes dans ces conditions extrêmement précaires où il n’y a absolument aucune carrière à construire, aucune gloire médiatique à en tirer, c’est vraiment nous ramener à l’essence de nos métiers.

 

L’artiste plasticien Temandrota, le « sage », affirme : « on va rendre la ville plus colorée ». Est-ce que Mada Underground est un film politique sur des artistes politiques ?

Comme toute chose est politique, je pense que c’est un film politique. On a aussi choisi des gens qui essaient d’impacter leur environnement social : Caylah fait des cours de slamo-thérapie, Naty Kaly, le « king » de Tana, peint les murs de la ville, l’artiste plasticien Temandrota est très impliqué dans la vie de la campagne malgache, parce qu’il vient de là-bas. Il veut absolument ramener l’art là-bas, là où il n’y en a pas du tout. Les skateurs créent aussi leur société quand ils veulent créer un skate malgache. Cela peut devenir un bon rêve, un projet redonnant une dynamique… Ce que dit Naty dans le film résume cette démarche : « On est des étincelles. On veut allumer le feu. Pour que les gens s’emparent de leur quotidien, de leur vie, pour qu’ils aient envie de changer quelque chose. »

 

Vous avez tourné en français et en malgache. Quel est le rôle de la langue dans votre film ?

On sait tous que Madagascar est une ancienne colonie française. Pour nous, c’était extrêmement simple de tourner là-bas, parce qu’on pouvait parler français avec tous les personnages. Mais on savait d’emblée que la langue malgache doit exister dans ce film et doit même prendre le rôle le plus important, parce que c’est leur langue quotidienne, c’est leur langue. En même temps, ils savent que le français est aussi un vecteur qui leur permet d’envoyer leur message dans le monde entier, parce qu’il y a peu de gens qui parlent malgache. Donc, s’ils écrivent leurs chansons ou leurs textes qu’en malgache, ils savent qu’ils vont toucher que la population locale. Et ils ont aussi des rêves très grands. Ils veulent être des artistes internationaux. Et là, le français joue un rôle important pour eux.

 

http://www.rfi.fr/

 

Publié dans Culture, Art

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