Notes du passé: La « vaccination » pratiquée dans l’ile depuis longtemps

Publié le par Alain GYRE

La « vaccination » pratiquée dans l’ile depuis longtemps

17.02.2017 Notes du passé

 

«L’esprit médical malgache à travers ses proverbes ou oha­bolana. » C’est le titre d’une étude réalisée par le Dr Tsimahafotsy Randria­maro qui l’illustre par des proverbes se rapportant à la santé, aux maladies, aux remèdes, à la vie et à la mort. Les Malgaches, soutient-il, ont une croyance innée en l’immortalité. Malgré certaines formes humoristiques de dictons, ils ont le culte des ancêtres et des morts, tout comme ils ont un grand respect pour les malades.

Il n’en donne pas une traduction littérale, essayons surtout d’en souligner le sens. « Les malades sont de nobles souverains. » – « Ne sois pas tranquille quand tu es malade, comme un chassieux (ophtalmie purulente) qui a un bon oreiller » (sommeil tranquille).

« Pousser comme un asthmatique des ronflements sans être endormi. »

« Ne faites pas comme un lépreux qui nage, mais se noie en atteignant le but. » Le Dr Randriamaro explique que, n’ayant plus de doigts par mutilation de la lèpre, il ne peut plus s’accrocher à la rive et se laisse couler.

« Il est fou celui qui gratte toujours sa gale, bientôt il aura un eczéma. » – « Être de grands amis quand on est malade, mais se chamailler jusqu’à bruler la maison quand on est en bonne santé. »

– « Grand malade sans couverture, si la maladie ne le tue pas, le froid l’achèvera.» – « Beaucoup ont des becs-de-lièvre, mais ceux qui ont le nez rongé de syphilis sont beaucoup plus à craindre.»

« On n’est pas un homme si on n’est pas éprouvé par (vacciné de) la fièvre. » Un autre médecin, le Dr Ramisaray fait observer que la technique de la vaccination est déjà pratiquée autrefois avant la découverte du vaccin jennérien par les guérisseurs malgaches. Ils se servent alors de la croûte grisâtre des pustules à la période de dessiccation. Des scarifications légères sur une partie du corps provoquent quelques éruptions bénignes qui immunisent contre les piqûres de scorpion : scarification au bout du doigt et de la langue avec un peu de liquide provenant de la macération de la queue du scorpion !

« Fièvre d’Avaradrano, les remèdes réputés sacrés ne font pas de miracle. » Autrefois dans l’Avaradrano, région Nord-Est de l’Imerina, indique le Dr Randria­maro, des épidémies périodiques de fièvres pernicieuses sévissent. Devant le nombre de morts, l’inefficacité des remèdes devient proverbiale.

« Maladies épidémiques d’Imamo (la région au Sud-Ouest de l’Imerina), ceux qui ne sont pas fauchés par la mort gardent un gros ventre » (splénomégalie).

« Soldats de l’armée de Rainingory reviennent couverts d’ulcères. » Ce dicton est né d’un fait : le service sanitaire de l’armée de ce général laissait à désirer.

«Ne prépare pas de remèdes à la façon de Rabetsiafindra, il sait en préparer pour les autres et pas pour lui- même. » – « Ne te crois pas le fils de Mpisikidy (guérisseur) qui ne tombera jamais malade, tout comme le fils du forgeron qui dit qu’il ne se brûlera jamais. »

« Trop de médicaments nuisent. » – « Le remède des faibles est leur honnêteté.  Le remède des forts est de demander pardon quand ils ont fauté.» – « Avoir un  bras vigoureux n’est pas une assurance pour la vie, et la jeunesse n’est pas un talisman contre la mort… car tous nous mourrons. »

« La vie est comme un chant de vieillard, elle se termine par un sanglot. » – « La vie est un pot de terre et on ne sait s’il se brisera pendant la nuit. » – « La vie est comme le parfum qui s’exhale pendant la cuisson des mets, on ne sait quand il se dissipera.» – « La vie est comme une ombre et une fumée, elle passe et n’est plus. »

À travers ces traductions de quelques proverbes que les Notes ont extraits de son étude, on voit comment le Dr Randriamaro essaie de dégager l’esprit médical des ancêtres qui se caractérise, selon lui, par « la primauté du psychisme sur le  psychosomatisme : l’hippocratisme et le psychosomatisme, le respect traditionnel de ceux qui sont malades et de ceux qui souffrent, la spiritualité, la pondération et l’esprit synthétique de nos ancêtres proviennent de leur observation de la nature qui est leur maître. »

Le Dr Tsimahafotsy Randria­maro conclut par un dernier proverbe par lequel les aïeux inculquent aux enfants la reconnaissance envers leurs parents, éducateurs, bienfaiteurs, etc. « Ne repousse jamais du pied la pirogue qui t’a servi pour traverser la profonde rivière… tu risquerais de te noyer. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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