Notes du passé; Les religions, derniers remparts contre le sida

Publié le par Alain GYRE

Les religions, derniers remparts contre le sida

10.02.2017 Notes du passé Notes 2370

 

«12% de ceux qui s’occupent des malades du sida, dans le monde sont des organismes ecclésiaux catholiques et 13% sont des ONG catholiques (…) L’Église catholique assure ainsi 25% du total des soins donnés, ce qui l’accrédite comme le meilleur soutien des États dans la lutte contre le sida. » Cette présentation du travail de titan accompli par l’Église catholique en faveur des victimes du sida est faite en 2003, par le Conseil pontifical pour la Justice et la paix. C’est à l’occasion d’un séminaire organisé par l’Union Européenne à l’intention de hauts responsables religieux (Églises chrétiennes, Islam, Judaïsme). Tous sont unanimes sur un point: la raison profonde de l’expansion de la pandémie réside dans le non-respect des valeurs religieuses comme la chasteté, la fidélité et l’hétérosexualité.

À Madagascar, les confessions chrétiennes, surtout l’Église catholique dotée de vastes structures, possèdent une importante capacité d’intervention qui peut couvrir un grand espace géographique et atteindre un large éventail de groupes-cibles tant au niveau des communautés de paroissiens qu’auprès de chaque individu. Dans 97% des cas, le mode de contamination du VIH est la voie sexuelle et il est reconnu que la fidélité et l’abstinence sont aussi efficaces que le préservatif, toute autre comparaison mise à part. Ainsi, le changement de comportement compte beaucoup dans la prévention. En 2003, Mada­gascar est généralement caractérisé par un faible taux de prévalence au VIH, mais l’environnement social et économique risque alors de faire exploser la propagation du virus.

Entre autres raisons, la propagation du VIH est étroitement liée à la pauvreté. Des hommes contraints d’immigrer seuls pour chercher du travail, trouvent un dérivatif à leur solitude auprès des prostituées ou de la drogue. Des femmes abandonnées ou dont les maris sont au chômage, se lancent dans les transactions sexuelles pour gagner de l’argent. Des enfants dont certains ont à peine 10 ans, sont livrés à la prostitution en guise de contribution à la survie familiale…

En outre, à la même époque il y a la méconnaissance du rapport IST/VIH. Ainsi, le taux de prévalence des IST sont en moyenne de 12% chez les femmes enceintes et de 30% chez les prostituées. Les plus atteints se trouvent dans le groupe d’âge 20-24 ans, puis dans celui des

15-19 ans. À cela s’ajoutent un comportement social au quotidien et une attitude face aux IST. Dans une région du Sud, par exemple, les caractéristiques de la population sont une liberté sexuelle débridée, une phallocratie prononcée et un analphabétisme généralisé. Or, les IST y sont considérées comme faisant partie de l’environnement quotidien et sont qualifiées de « zanatany » (fils du terroir) ou « aretin-dahy » (maladie masculine). Ce qui suggère également que les femmes ne peuvent pas en être atteintes!

L’environnement social dans lequel vivent aussi les jeunes, détermine leur comportement devant lequel les parents se sentent impuissants. C’est aussi un facteur de propagation du virus: films pornographiques; recherche par les hommes mûrs d’adolescentes de plus en plus jeunes comme partenaires sexuelles; lutte de survie des jeunes filles et rivalités entre elles… Autant de situations où le risque de contamination est très grand, surtout qu’elles ont une faible capacité de négociation quant à l’utilisation de préservatifs par leurs clients, alors que le VIH se transmet plus facilement de l’homme à la femme.

En général, la notion de confiance joue un rôle central dans la décision de se protéger ou non dans les rapports sexuels. Protection qui se négocie entre le couple bien que le dernier mot revienne à l’homme. Ce dernier tend à se protéger uniquement avec ses partenaires occasionnelles, en particulier les professionnelles, et rarement avec son épouse ou sa régulière. C’est dire qu’il se préoccupe plus de se préserver lui-même que d’épargner celle-ci.

Celles qui courent le plus de risques sont les pratiquantes des transactions sexuelles (adolescentes, mères abandonnées ou célibataires) qui ne peuvent pas négocier des rapports sexuels protégés étant dépendantes du point de vue financier. Viennent ensuite les femmes mariées dont les époux sont adeptes du multipartenariat et qui ne peuvent se refuser à eux pour différentes raisons. Enfin, les professionnelles qui sont pour la plupart déjà sensibilisées.

Le problème du sida devient plus crucial quand, devant les risques d’explosion de la maladie, les religions n’adaptent pas leurs actions aux réalités; quand des chefs religieux continuent de s’opposer à l’usage des préservatifs, de rejeter les homosexuels, les prostituées, les drogués, parce que « leur reconnaissance signifierait accepter des actes immoraux et proscrits ».

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé, Sida

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