Notes du passé: Les sautes d’humeur d’Étienne de Flacourt

Publié le par Alain GYRE

Les sautes d’humeur d’Étienne de Flacourt

02.02.2017 Notes du passé N°2363

 

Étienne de Flacourt, 48 ans,  gros actionnaire de la Compagnie de l’Orient, débarque le

15 décembre 1648 à Fort Dauphin, pour remplacer Pronis en tant que directeur général à Madagascar. « Au physique, lourd, corpulent et bouffi, il était au moral assurément intelligent, audacieux et probe, mais intolérant, bourru et fantasque » (Urbain-Faurec).

Galant homme et curieux de beautés exotiques, il tient dès son arrivée au Fort Dauphin, à connaitre Andrian-Ravelo, l’épouse de Pronis, dont, assure-t-il, « il avait entendu vanter les charmes jusques à Paris ». Il lui témoigne beaucoup de courtoisie et de sympathie et lui remet quelques présents de valeur qu’il apporte de France à son intention. Il lui fait même entendre qu’il la tient comme la légitime épouse de Pronis, qu’il considère comme son propre frère.

Cela ne l’empêche pas, quelques jours plus tard, de donner « inopinément et sans raison » l’ordre à la jeune femme de quitter le Fort et d’abandonner la maison qu’elle y occupe depuis longtemps avec ses servantes et ses esclaves. Et comme Pronis manifeste le désir de l’accompagner, Flacourt qui se refuse à toute explication, le fait arrêter et mettre aux fers.

Peu après ces sautes d’humeur, le nouveau directeur général, « d’humeur incompréhensible », ne vient-il pas demander à Pronis, d’être le parrain de la petite fille métisse que ce dernier- bien que huguenot, mais dans un esprit de conciliation et d’apaisement- décide de faire baptiser et instruire par les prêtres lazaristes récemment installés à Fort Dauphin.

Toutefois, de plus en plus, Flacourt se laisse circonvenir et fait preuve de parti pris et d’injustice pour complaire au clan hostile à son prédécesseur. Un jour, il donne l’ordre à Pronis d’embarquer, comme simple matelot à bord d’un petit bâtiment qui se rend sur quelque point de la côte, en quête de bois et de cire. Voulant éviter tout incident qui pourrait amener de nouveaux troubles dans la Colonie, Pronis accepte avec calme les brimades et les affronts dont il est chaque jour victime.

Malgré sa sévérité et son rigorisme, Flacourt ne dédaigne pas de se livrer, de temps à autre, à la plaisanterie, « fut-elle du goût le plus douteux ». Un jour, Andrian-Tsissei, un chef des environs de Fort Dauphin, envoie au Fort un mousquet à réparer. Le directeur général sait qu’il s’agit là d’un ami de Pronis. Il décide de jouer un tour à l’un comme à l’autre.

Il ordonne à l’armurier chargé de la réparation, de forer un trou dans la culasse de l’arme et de le reboucher sommairement avec du plomb. Ainsi, pense-t-il, au premier coup de feu, la charge de poudre éclaterait au nez du tireur et lui arracherait le visage.

Mais Pronis est averti de cette mauvaise farce et il en prévient Andrian-Tsissei.

Dépité et quelque peu honteux, Flacourt envoie l’ancien gouverneur… en prison pour huit jours. « Comme s’il se fut agi d’un mauvais soldat ».

Las et désabusé, Pronis ne demande plus qu’à quitter la Colonie. L’occasion lui en est offerte, le 19 février 1650, plus de sept ans après son arrivée dans l’ile, lorsque le « Saint-Laurent» qui vient de passer deux ans à Madagascar, est renvoyé en France.

Comme il a perdu un certain nombre de matelots pendant ce séjour, le capitaine Le Bourg demande à Flacourt de compléter son équipage. Heureux de pouvoir se débarrasser des fortes têtes de la garnison et de ceux qui boudent son administration, Flacourt désigne 48 hommes, choisis de préférence parmi ceux qui sont de religion réformée… Et naturellement, Pronis fut du voyage.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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