Notes du passé: Programme alléchant pour touristes en 1909

Publié le par Alain GYRE

Programme alléchant pour touristes en 1909

11.02.2017 Notes du passé

 

Le dernier numéro de l’année 1908 du « Bulletin de la Société de géographie commerciale de Paris » présente à ses abonnés un document qui ressemble beaucoup à un prospectus- le premier sans nul doute- qui invite les touristes européens à effectuer une croisière à Madagascar, d’août à octobre 1909. Le programme, « très alléchant », est mis au point par une agence de voyages lyonnaise, l’Agence Lyon républicain, appuyée par trois maisons parisiennes chargées de rabattre le client, avec le concours des Messageries maritimes et de diverses sociétés coloniales ainsi que l’aide financière de l’administration de la Colonie.

Le gouverneur général de l’époque, Victor Augagneur qui est natif de Lyon, encourage cette initiative qu’il estime profitable à Madagascar en la faisant connaitre. C’est pourquoi il accorde sans difficulté le soutien qu’on lui demande et qui consiste surtout dans la  gratuité des excursions à l’intérieur de la Grande ile. D’autres facilités sont consenties par les Messageries maritimes, notamment des tarifs très bas tant en première qu’en deuxième classes. Ce qui permet aux organisateurs de ce premier « voyage d’études à Madagascar » d’offrir à leurs éventuels clients une croisière à un prix forfaitaire comprenant tous les frais de voyage, la restauration y compris les pourboires, les visites d’escale, etc.

Les tarifs proposés ont de quoi tenté les amateurs d’horizons et de mondes nouveaux. D’après l’archiviste-paléographe Jean Valette, le programme même si l’on s’en tient à sa partie malgache, est, en effet, fort bien étudié fort bien. « L’on peut dire que de nos jours (l’après-Indépendance) beaucoup de touristes qui visitent la Grande ile, ne voient pas autant de kilomètres qu’ils n’en étaient prévus en 1909. » D’autant plus qu’il ne s’agit pas alors de rapides survols aériens, mais bien de calmes et paisibles excursions qui utilisent tous les moyens de locomotion dont on dispose à l’époque : caboteurs sur les Pangalana, chemin de fer, routes et pistes. Comme l’apprend un autre prospectus, « les petites excursions se feront en filanjana, porté sur les épaules de quatre bourjanes, les moyennes en pousse-pousse, les plus longues en automobile. La descente de l’Ikopa se fera en canonnière, celles qui ont pris part à l’expédition de 1895 ».

L’itinéraire- le Sud étant alors d’accès fort difficile- doit amener les touristes dans tous les endroits pittoresques et intéressants de Madagascar. D’abord par mer de Mahajanga à Toamasina, du 1er au 5 septembre, en faisant escale à Nosy Be et Antsiranana, puis de Toamasina à Mahajanga en utilisant tous les moyens de transport, du 5 septembre au 2 octobre. Cette traversée de Madagascar d’Est en Ouest est particulièrement étudiée puisque le groupe utilise, pour gagner Antananarivo, les Pangalana et le chemin de fer, « cette merveille touristique dont on ne se lasse pas malgré la longueur du trajet ».

Dix-sept jours sont réservés pour visiter la capitale où l’on prévoit des courses hippiques à Mahamasina et une fête vénitienne sur le lac Anosy. Les environs immédiats de la ville ne sont pas oubliés : hauts lieux touristiques de Mahazoarivo, Tsarasaotra, Ambohimanga et Ilafy, longues excursions à Antsirabe et Betafo dans le Vakinankaratra, Miari­narivo et les alentours du lac Itasy où une partie de chasse est concoctée par les amateurs. Le parcours Antananarivo-Mahajanga s’effectuera sur route jusqu’à Maevatanàna où la visite d’un placer est prévue ; et de là, la descente des vallées de l’Ikopa et de la Betsiboka est programmée au cours de laquelle les chasseurs pourront s’exercer sur les crocodiles. Puis c’est Mahajanga et la visite des environs. Les « heureux touristes » y retrouveront leur paquebot le 2 octobre, pour s’embarquer vers Antsiranana. L’ascension de la montagne d’Ambre est le dernier souvenir qu’ils conserveront de la terre malgache avant leur départ pour l’Europe. Des escales sont prévues tant à l’aller qu’au retour à Port-Saïd, Djibouti, Mombassa, Zanzibar, Moroni, Dzaoudzi, Mahé, Seychelles et Aden.

Une publicité active est menée auprès des sociétés coloniales et de la presse française pour inviter à plusieurs reprises leurs lecteurs à passer leurs vacances dans l’océan Indien. Mais tous les efforts déployés et les conditions alléchantes n’intéressent pas quarante personnes, effectif visé. Et le 9 août 1909, le gouverneur général reçoit un télégramme laconique :

« Croisière abandonnée ». Ainsi se termine la première tentative d’inclure Madagascar dans les destinations du grand tourisme.

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