Notes du passé: Ultimes recommandations d’un monarque à son successeur

Publié le par Alain GYRE

Ultimes recommandations d’un monarque à son successeur

16.02.2017 Notes du passé

 

«Le fils (certains conteurs disent la fille) du géant Rapeto, lui demanda un jour de cueillir la lune pour en faire son jouet. Poussé par l’amour de ce fils qu’il adorait, Rapeto dont la tête touchait le ciel, partit vers l’Ouest, le jour de la pleine lune… Son fils (ou sa fille) attendit vainement son retour… Au moment où le géant arrachait la lune à la voûte céleste, il se produisit un grand cataclysme universel: les continents se rompirent, le déluge commença, Rapeto qui soutenait le ciel de sa tête, s’arcbouta dans l’océan Indien, forma l’ile de Madagascar : le gros orteil dirigé vers le Septentrion, le talon se trouvant au Sud. »

C’est ainsi que les vieux Malgaches expliquent l’origine de la Grande ile. Toute sa tradition et sa civilisation se ressentent de ces origines poétiques. La philosophie et la sagesse malgaches se révèlent à travers des légendes et des proverbes qui témoignent d’une grande clairvoyance. Pour illustrer cette constatation, le Dr Tsimahafotsy Randriamaro cite :

« Celui qui scrute longuement la vérité, en découvre toute la portée. »

D’après lui, cette sagesse se retrouve au fond de tous les peuples quelle que soit leur langue. L’âme des êtres humains aurait donc la même sève et les mêmes racines comme le dit l’un de nos proverbes : « Les êtres humains sont comme les courgettes d’un seul plant de courges, mêmes racines et tiges pour les corps et les âmes. »

Auteur d’une étude sur L’esprit médical malgache à travers ses proverbes ou ohabolana, il précise que la littérature malgache orale, folklorique et symbolique est très riche. Plus de 4 000 proverbes sont recueillis, précise-t-il, mais dans son étude, il ne s’intéresse qu’à ceux qui ont trait à la Médecine. Il en compte environ 200, « mais les traductions que je vous donnerai sont fort imparfaites. Il s’avère impossible de rendre dans une langue occidentale l’humour si différent de nos pays tropicaux, les jeux de mots, le sens des rythmes sont intraduisibles ».

Pour démontrer à quel point le vocabulaire est par lui-même poétique et métaphorique, il donne quelques exemples : le soleil est « l’œil du jour », la lune est « le mois », la prunelle est « le prince de l’œil »,  la colline est « l’enfant de la montagne », la voie lactée est « la liane céleste », les doigts sont « les branches de la main », le mica est « le miroir des corbeaux », la splénomégalie est « l’œuf de la fièvre », etc.

Prenant le proverbe « Ny fanahy no mahaolona » (c’est l’âme qui fait l’homme ), le Dr Randria­maro revient sur quelques passages du dernier kabary (discours) d’Andrianam­poinimerina qui règne de 1787 à 1810 ; ultimes recommandations à son peuple ainsi qu’à son fils et successeur Radama Ier. « Voici venir les signes de l’évolution fatale de ma maladie… La volonté du Créateur m’appelle au Ciel… Ma chair sera mise en terre, mais mon âme et mon esprit murmureront toujours auprès de vous, oh ! mes chers amis, parents et toi mon fils Damalahy. Préservez-le de tout danger… »

« Veillez à ce qu’il ne fasse rien les jours néfastes », car « la volonté de l’homme est vaine quand on est dépassé par les évènements », explique le Dr Randriamaro en évoquant un proverbe : « Ne faites pas obstacle aux élans de son cœur ». Car ajoute-t-il, « on n’arrache pas à l’enfant la gâterie qui lui fait plaisir ». S’adressant particulièrement  à son fils, il conseille : « Ne cherche pas querelle aux tiens et n’excite pas à la violence tes esclaves » car « l’âme d’esclave avilit ».

Les conseils ultimes du grand monarque à son successeur sont nombreux et l’auteur de l’étude les traduit par quelques proverbes : « La violence ne vaut pas les bons sentiments » – « Il y a de la douceur dans la grande amertume » – « Ne garde pas dans ton cœur ce qui te chagrine. »

– «  Les morts ont des répondants, les vivants des ombres, les enfants continuent leur père. » – « Le nom d’un père célèbre est un lourd fardeau. »

– Cependant, « il est fou celui qui ne dépasse pas son père dans la vie. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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