Notes du passé: Un adultère qui dégénère

Publié le par Alain GYRE

Un adultère qui dégénère

01.02.2017 Notes du passé

 

Comme la dernière Note le rapporte, Pronis prend pour épouse légitime la fille d’un roitelet de l’Anosy, une belle princesse du nom d’Andria-Ravelo. Une bonne politique de colonisation, mais cela ne satisfait pas du tout ses hommes à qui, en outre, il impose toutes sortes de contraintes pour favoriser sa belle-famille et ses esclaves. Ils se révoltent et il se retrouve en prison. Il y sera resté longtemps, sans l’arrivée du capitaine Le Bourg qui le libère cinq mois plus tard.

Mais à peine Pronis retrouve-t-il la liberté qu’il a l’amère désillusion d’apprendre ses infortunes conjugales. La belle Ravelo met à profit ses vacances imprévues pour tromper« abondamment son seigneur et maitre ». Urbain-Faurec raconte : « Un beau gaillard du nom d’Andrian-Rajao, véritable don juan de l’Anosy, régnait alors sur les cœurs des dames de Fort Dauphin où ses succès amoureux étaient innombrables. Il n’était femme ou fille de grand qui eut osé repousser ses avances de peur de le désobliger… »

Dès qu’il apprend que Pronis vient d’être emprisonné, Rajao se souvient qu’il a à régler avec lui un vieux compte conjugal. En effet, deux ans plus tôt, sa propre femme, Rafitana, cédant aux galantes instances du gouverneur, « avait ridiculisé le pauvre époux ». Assuré que Ravelo est désormais sans protection, Rajao n’a de cesse que de faire subir à son rival la loi du talion.

« À vrai dire, le siège de l’épouse du premier gouverneur de Madagascar ne fut pas long ; Andrian-Ravelo tomba vite dans les bras du sombre bellâtre ; elle le fit avec toute la spontanéité, l’ingéniosité et la fougue que l’on accorde aux filles des Tropiques. » Les choses auraient pu en rester là si le principal intéressé est laissé dans l’ignorance de sa mésaventure. Mais la liaison de Ravelo et de Rajao défraie la chronique scandaleuse de la garnison, heureuse de voir « mis au pillage » l’honneur d’un chef détesté ».

Informé dès sa sortie de prison, Pronis jure de tirer une « vengeance éclatante ». Mais Rajao quitte aussitôt Fort Dauphin pour se réfugier sur le territoire de Fanisera où règne son frère Andrian-Ramaka. Il sait que ce dernier est, depuis longtemps, l’ami et l’allié des Français, et il compte par son intermédiaire apaiser la rancune de Pronis. Et justement c’est à Ramaka que Pronis demande la tête du fugitif. « Une tâche très délicate que de faire exécuter son plus proche parent, même pour satisfaire l’amour-propre d’un grand chef trompé ! »

Aussi Ramaka essaie-t-il de tergiverser dans l’espoir de voir Pronis se calmer. Mais celui-ci passe aux actes, envoie douze soldats à la poursuite du coupable et l’un d’eux, Saint-Martin, réussit à gagner la confiance de Rajao et en profiter pour lui tirer à bout portant. Rajao qui reçoit toute la décharge dans la joue, se laisse glisser au bas de la falaise où il s’est réfugié et feint la mort au point que les soldats rentrent au Fort pour annoncer sa mort.

Mais quelque temps après, Pronis apprend que son rival a échappé au guet-apens, envoie quatre autres soldats qui, n’arrivant pas à le rattraper, tuent son beau-père et remettent à Ramaka l’ultimatum du gouverneur : s’il ne lui livre pas la tête de Rajao, il lui déclarerait la guerre ainsi qu’à tout le pays. Comprenant que toute la famille risque d’y passer, Andrian-Ramaka laisse jouer la raison d’État.

« Au petit jour d’un matin de novembre 1647, un émissaire parut sur la grande place de Fort Dauphin et, d’une corbeille de jonc, tira la tête exsangue de Rajao et la fit rouler aux pieds de Pronis. » Et « voulant faire preuve de bonne volonté à l’égard du gouverneur, il y ajoute même celle d’un inconnu, « obscur et vague comparse de Rajao ».

L’honneur  conjugal du maitre de la Colonie est vengé, mais femmes et filles du pays portent dans leur cœur le deuil de leur idole. Et surtout, de l’autre côté de la frontière, Andrian-Ramaka jure : « Par adresse ou par surprise, il fallait exterminer tous les Français, comme pères et aïeuls avaient fait autrefois des Portugais. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article