Notes du passé: L’attitude du citadin face à l’hôpital

Publié le par Alain GYRE

L’attitude du citadin face à l’hôpital

14.02.2017 Notes du passé

 

Avant l’arrivée des Européens à Madagascar, les centres de soins ou d’hébergement n’existent pas. Les malades se soignent à domicile ou sont placés à l’écart sur ordre du roi. Ainsi Andrianampoinimerina fait isoler les varioleux dans des trous individuels creusés hors des villages lors d’une épidémie. Ses successeurs agissement de même. Vers le milieu du XIXe siècle, des œuvres religieuses philanthropiques créent, dans le but de soigner, des hôpitaux et des dispensaires en certains points de l’ile, notamment à Antananarivo.

Mais la vraie histoire hospitalière commence avec le corps expéditionnaire français qui est doté d’une infirmerie-ambulance très mobile. Après la pacification, l’infirmerie se fixe et devient un hôpital militaire qui reçoit dans des locaux spéciaux. Le général Gallieni par la suite, crée des hôpitaux-dispensaires un peu partout, et l’esprit du public « qui faisait mal une distinction entre hôpital et dispensaire, appelait dès lors ‘hopitaly’ tout centre de santé » (Odéon Théophile Andrianaivo, étude sur Le rôle de l’hôpital malgache dans l’éducation sanitaire, Bulletin de Madagascar, décembre 1967).

Les Européens donnent avant tout une importance définitive à la médecine de soin, à l’hôpital. « Mais l’hébergement faisait naitre un grave problème : la rupture entre la vie en famille et la vie à l’hôpital, l’isolement d’un membre (au sens large) étaient ressentis comme un mal. »

O. T. Andrianaivo explique : « Le malade hospitalisé qui n’a pas d’accompagnateur ou qui ne reçoit pas de visite, est considéré par l’entourage avec un sentiment de commisération parfois ironique et dédaigneux. » C’est pourquoi, ajoute-t-il, la famille se fait un devoir de mettre en permanence au moins un membre à côté du malade, de recréer à l’hôpital l’esprit « tsy misara-mianakavy » fortement ancré dans chaque groupe ethnique. Car la cohésion familiale exige qu’aucun membre ne s’éloigne ni se sépare de la famille. « L’hôpital devient donc un lieu de rendez-vous de tout le monde, un centre de regroupement où les relations publiques jouent pleinement. »

Selon O.T. Andrianaivo, l’hôpital est vraiment un monde à part, un lieu où divers groupes peuvent se trouver ensemble et un endroit où diverses coutumes se manifestent simultanément. « Chaque malade apporte de chez soi sa façon de penser, de s’exprimer et de vivre : chacun apporte son folklore. »

Le citadin est longtemps favorisé car de très grandes facilités lui sont offertes en matière sociale. Les premiers hôpitaux sont construits dans les grandes villes et, dans les années 60, seules les grandes agglomérations sont desservies par des hôpitaux principaux. Les centres d’enseignement y sont aussi implantés. À la même époque, la concentration urbaine ne comprend que 15% environ de la population, mais pour le citadin, le recours au médecin est très facile, tant dans les dispensaires et hôpitaux que dans les cabinets privés. Pourtant, en général, il ne va à l’hôpital que dans des cas assez graves, puisque « une maladie qui débute, se soigne souvent chez soi, la consultation est faite par des parents ou amis ».

Toutefois, pour un enfant malade, on recourt toujours au dispensaire. Et pour rendre visite à un proche ou un ami malade, on se fait aussi un devoir d’aller à l’hôpital. Ainsi visiter un membre de la famille hospitalisé est une obligation à la fois sociale et familiale, surtout dominicale. Car les obligations professionnelles font que seul le dimanche permet d’avoir un après-midi assez long pour les visites. « Une visite-éclair est socialement mal vue. » C’est aussi l’occasion d’étaler sa situation matérielle qui, dans les années 60, est assez aisée. Le citadin peut se payer un bon nombre de produits alimentaires, vestimentaires et mobiliers. En se basant sur ses possibilités, il pense que l’hôpital ne peut les lui fournir qu’en quantité et non en qualité.

Ainsi, « partant d’un préjugé, il affirme que tout ce qui est à usage collectif ne peut être que de basse qualité ». Chaque famille s’efforce de ce fait, de donner à ses malades hospitalisés des produits du dehors : linge, nourriture, friandise et lecture. Mieux, toujours méfiant et craignant d’avoir un voisin peu souhaité, le citadin entre généralement en chambre particulière (1re catégorie) ou en chambre à deux lits réservée auparavant aux Vazaha. « Méprisant les manières paysannes qualifiées par lui de grossières, le citadin ne se mêle pas au rural lequel, n’ayant pas les moyens, est toujours en assistance médicale (4e catégorie). »

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Commenter cet article