Une politique de crédit indispensable à toute collectivité

Publié le par Alain GYRE

Une politique de crédit indispensable à toute collectivité

27.02.2017 Notes du passé

 

La côte Sud-Ouest en général,  abandonnée à elle-même pendant de trop longues années, semble attirer à partir de mai 1951, l’attention des investisseurs. En effet, la tournée du haut commissaire gouverneur général de Madagascar Robert Bargues, dans la circonscription autonome de Morondava, donne un regain et de belles perspectives économiques à la région.

Au cours des multiples réceptions et kabary traditionnels que suppose un déplacement officiel, bien des questions d’intérêt local sont évoquées (postes médicaux, hôpitaux, écoles, projets d’adduction d’eau, etc.). Leur importance est loin d’être négligeable et Robert Bargues ne manque pas d’écouter ses interlocuteurs avec attention et de les éclairer de ses conseils, voire de promettre son appui. Il explique notamment le principe des emprunts municipaux ou provinciaux auprès de la Caisse centrale de la France d’Outremer et déclare « qu’une politique de crédit s’impose de nos jours à toute collectivité qui veut progresser ».

Il veut surtout insister sur les énormes possibilités économiques de ce pays qui peut devenir, grâce à une politique d’investissements, « le véritable grenier de Madagascar. La plaine de Mahabo et l’estuaire de la Morondava produisent déjà et produiront plus abondamment encore- grâce à une politique hardie d’hydraulique agricole- riz, tabacs, sisal, pois du Cap, arachides ». On sait également à l’époque que le charbon de la Sakoa, dont l’exploitation devait commencer et les perspectives pétrolières contribueront à enrichir la belle région du Sud-Ouest.

Robert Bargues ne cache pas sa satisfaction de se trouver pour la première fois, « parmi ces populations sakalava (ici il est question de celles du Menabe) laborieuses et fidèles auxquelles il n’a pu jusque-là rendre visite malgré son vif désir ». Dès son arrivée à Madagascar, il ne tarde pas à acquérir la conviction « que la solution des problèmes économiques malgaches doit être trouvée dans un développement harmonieux et concerté des possibilités de la côte Ouest aussi bien que celles de la côte Est. Tout doit marcher de pair vers le but commun qui est l’accroissement de la production ».

C’est pourquoi le chef du Territoire peut donner aux auditeurs de ses interventions publiques l’assurance que, désormais, la côte occidentale ne serait plus oubliée dans les projets généraux d’équipement et de mise en valeur.  Du reste, déjà apparaissent des signes précurseurs non négligeables de l’intérêt des pouvoirs publics pour Morondava.

À commencer par les travaux de réfection du port de batelage et la construction d’un wharf qui devront alors démarrer dans un proche avenir. Ces travaux permettront aux navires de toucher Morondava en toutes saisons et surtout d’y effectuer très rapidement leurs opérations de chargement et de déchargement. On estime qu’en 1953-1954, ces installations portuaires seront achevées ainsi que la construction d’une cité-logement qui permettra à la ville de s’étendre. Ensuite, le terrain d’aviation sera accessible en toute saison et la réfection de la route de Morondava vers les Hautes terres par Betafo, Miandrivazo et Antsirabe, sera exécutée sur le programme 1952. Enfin, les travaux et les études d’hydraulique agricole sont en cours et permettront la naissance d’un grand centre de culture du sisal dans la plaine de Mahabo.

C’est à la Chambre de commerce que sont développées en détail les questions intéressant l’avenir de la région. Le président de la chambre consulaire fait un exposé très documenté. Il s’attache surtout à démontrer que l’aide financière, soit du Plan soit du budget général sinon du budget provincial, ne doit pas se marchander si l’on veut obtenir une large mise en valeur de Morondava. Qu’il s’agisse des installations portuaires, d’hydraulique agricole, de la réfection des routes ou de la création des voies nouvelles susceptibles de drainer le maximum de produits vers le port. Ou qu’il s’agisse de la santé publique ou de l’urbanisme de la ville.

Robert Bargues en profite aussi pour faire un large tour d’horizon de l’actualité économique et financière de la Grande ile. Il réitère tout l’intérêt qu’il porte à la côte Ouest, « persuadé que je suis de son avenir ». Sa vision ne le trompe pas.

Des investisseurs venus à Madagascar confirment eux aussi que l’on peut mettre en un développement brillant des produits du sol et du sous-sol de la région. « Mais pour y

parvenir, outre les capitaux privés qui devront s’y investir, la puissance publique doit, de son côté, se préoccuper de trouver les ressources pour financer les indispensables dépenses d’équipement sans lesquelles aucune production n’est possible. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives Officielles

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