Le Rova d’Antananarivo, symbole de la souveraineté

Publié le par Alain GYRE

Le Rova d’Antananarivo, symbole de la souveraineté

11.03.2017 Notes du passé

 

Tsarahafatra. C’est ce palais, un des nombreux qui se trouvent dans Anatirova qui est bombardé par les Français lors de l’expédition à Madagascar en septembre 1895. Il ne reste plus sur son emplacement que des tronçons de colonnes en pierre, tandis que le drapeau blanc est levé sur Manjakamiadana.

Tout commence avec le traité de 1885 signé entre les ambassadeurs français et le Premier ministre pour mettre fin à la première guerre dite franco-hova. Traité qui porte notamment sur les relations de Madagascar avec l’étranger. Une ambigüité plane, en particulier en ce qui concerne sa traduction malgache. Ce qui permet plus tard, au Premier ministre d’interpréter les clauses du traité concernant l’exequatur des consuls et représentants  étrangers autrement que ne l’entendent les Français. Cela se passe en 1890. En 1894, le gouvernement français y voit une violation du traité et en fait le prétexte d’une deuxième guerre qui va devenir la campagne décisive de 1895.

Commencée par le débarquement à Mahajanga du corps expéditionnaire commandé par le général Metzinger, le 1er mars 1895, elle finit par la prise d’Antananarivo, le 10 septembre par le général Duchesne : Madagascar est proclamé protectorat français. Cinquante cinq jours plus tard, apparait le premier mouvement de résistance connu sous le nom de « Menalamba ». Le résident français Hippolyte Laroche (janvier-août 1896) est jugé trop faible pour mater les « fahavalo » (ennemis ou rebelles).

Il est aussitôt remplacé par le général Joseph Simon Gallieni qui, de force, rétablit l’ordre. En France, la Chambre des députés prend une décision unilatérale et déclare, le 6 août 1896, Madagascar colonie française. Quelques mois plus, le 28 février 1897, la reine Ranavalona III est déposée et envoyée en exil à La Réunion puis en Algérie, par un arrêté  de Gallieni qui, de son propre chef et sans autorisation explicite du gouvernement, abolit la royauté merina.

Madagascar entre dans la parenthèse coloniale qui prendra « définitivement » fin le 26 juin 1960.

Période qui sera marquée par différents mouvements de libération appelés à chaque fois « rébellion » par le gouvernement colonial et dont le dernier, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache serait le plus mortel. Le nombre des personnes décédées, directement ou indirectement parmi les fuyards cachés dans les forêts de l’Est, varie selon les historiens et d’après leur obédience. Entre 30 000 et 100 000.

Mais revenons au Rova d’Antananarivo, un des symboles de la souveraineté malgache, et ses Palais. Les pères Malzac et Abinal définissent le « Rova » comme étant « une palissade faite avec des bois pointus et entourant la résidence des souverains, de certains princes et même des gouverneurs merina de provinces ». Autrement dit, l’enceinte où se trouvent le ou les « Lapa », palais ou grande maison…

En 1855, le père Finaz rend visite à Ranavalona Ire. « Arrivés en face du portail de la cour, nous descendîmes de nos chaises (filanjana) ; nos conducteurs firent lever successivement quatre rangs de baïonnettes croisées en faisceaux qui s’abaissèrent de nouveau après notre passage. La porte de la cour s’ouvrit et nous entrâmes du pied droit (c’est le protocole) et chapeau bas. Nous nous trouvâmes alors dans une cour à peu près carrées, de moyenne grandeur, tout entourée d’une palissade propre, en bois équarris et liés avec du fer… »

Plusieurs palais et locaux annexes, des tombeaux et un temple protestant sont remarqués dans le Rova. Ils sont construits à différentes époques symbolisant le règne des différents souverains et souveraines successifs. Les uns subsistent, d’autres ont disparu ou sont détruits. Après avoir gravi un grand escalier en pierre, on accède au Rova par une porte monumentale également en pierre, contemporaine du grand Palais. Celui-ci est appelé Manjakamiadana, « où il sera facile, aisé de régner » ou encore « où l’on règne sans souci », mais cette dernière traduction semble donner au mot « miadana » un sens un peu trop restrictif.

L’édifice est construit par Jean Laborde pour Ranavalona Ire. Le père Malzac s’exprime ainsi à propos du Palais : « Il bâtit pour la reine le Palais de Manjakamiadana qui surpasse de beaucoup en magnificence tout ce qui s’était fait précédemment. Pour donner une idée de ses dimensions, il suffit de dire que l’énorme colonne centrale qui s’élève jusqu’au faitage, à 39 mètres de haut, et qu’il fallut plusieurs milliers d’hommes pour aller la chercher. » Selon le révérend Radley, cet arbre colossal est extrait dans la forêt qui descend vers Mananjary et il faut 10 000 hommes pour son transport, dont 2 000 seraient morts de privations, de fatigues ou écrasés. Enfin, dix-neuf jours sont nécessaires pour hisser la fameuse colonne.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Schéma de Charles Robequain

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