Notes du passé: Antananarivo, la ville des Mille fleurs

Publié le par Alain GYRE

Antananarivo, la ville des Mille fleurs

04.03.2017 Notes du passé Notes N°2389

 

«Tous les poètes,  tous les amis de la nature ont été séduits par le charme de Tananarive, ville fleurie, étendue largement sur ses collines granitiques, roses à l’aurore, plus dorées au coucher du soleil. Les uns l’ont chanté en vers harmonieux, les autres n’ont cessé d’admirer la splendeur de ses jardins et ses belles frondaisons d’arbres séculaires » (Dr Henri Poisson, botaniste, années 50).

Si une industrie horticole prospère se développe à partir de la colonisation, on ne peut occulter que, du temps de la royauté merina, les dignitaires et les familles riches introduisent dans leurs vastes propriétés, les plus beaux arbres du pays et cultivent avec soin les roses, œillets, hortensias, fuchsias et une grande variété de bégonias aux feuillages bigarrés. Jean Laborde lui-même crée à Mantasoa de magnifiques jardins et le premier parc zoologique de Madagascar.

« Mais ce sont surtout les Réunionnais et les Mauriciens établis à Madagascar qui ont amené et développé le culte de la fleur, rappelant à leurs yeux les splendeurs naturelles de leurs iles. »

Au Jardin botanique de Tsimbazaza à la fin de la saison sèche, les rocailles, splendides, offrent aux visiteurs les riches palettes écarlates ou jaune d’or des Aloes et des Kalanchoes. Les visiteurs ou les touristes  qui arrivent à Antananarivo pour la première fois, sont littéralement éblouis, surtout le vendredi, par la profusion de fleurs offertes aux acheteurs du grand marché du Zoma. En mai et juin, ce sont les reines-marguerites, les gaillardes, les zinnias aux teintes multiples, les cosmos roses, rouges ou blancs, les tagètes rutilants d’or et les tons chauds des œillets mêlés aux suaves émanations des violettes que l’on y admire, et en décembre, des roses et des dahlias somptueux.

À côté des végétaux autochtones (orchidées, acanthacées, fougères, palmiers, etc.), la majeure partie des fleurs de France sont cultivées sur les Hautes terres centrales. Roses, glaïeuls, œillets, verveines, immortelles, pieds d’alouette, lis, pavots, bluets, géranium, bégonias… forment dans les faubourgs et la banlieue des étendues multicolores.

« Les morts, conduits au champ du repos éternel, ont leur cercueil disparaissant sous d’énormes couronnes et bouquets. Le cimetière de la capitale n’apparait pas comme une sinistre nécropole, mais offre l’aspect d’un grand parc ensoleillé, émaillé de couleurs éclatantes et de frais ombrages. Les avenues, les places sont ornées de massifs fleuris toute l’année et la direction de Parcs et Jardins cultive sans arrêt, sur un vaste terrain, les végétaux nécessaires à la décoration des squares et des boulevards. »

En outre, dans chaque maison particulière, si modeste soit-elle, on voit toujours quelques platebandes fleuries. « Entrez dans une de ces accueillantes demeures, vous allez y rencontrer une collection végétale qui ferait la joie et, peut-être en certains cas, le désespoir d’un botaniste. »

Selon le Dr Poisson, les orchidées ici vivent en plein air et offrent généreusement des grappes de fleurs étranges aux parfums aussi variés que subtils. « À côté de quelques raretés de la grande sylve orientale, adaptées au climat changeant de l’Emyrne, on remarque des espèces horticoles bien connues dans les serres de France, apportées depuis longtemps de l’Inde, de Ceylan, de La Réunion, de Maurice, de l’Afrique du Sud ou du Kenya, voire de l’Amérique.»

On y contemple la comète, la plus grande orchidée de Mada­gascar connue à l’époque, avec ses étoiles blanc mat et ses longs éperons verdâtres. Elle est remplacée en janvier par une autre presque similaire, originaire des rochers de l’Imerina, ainsi que de petites orchidées aux formes curieuses, « exhalant le soir une délicieuse odeur de vanille ou d’oranger ». Chez quelques horticulteurs habiles et au Parc botanique se trouvent les deux magnifiques espèces de l’ile Sainte-Marie, Eulophiella Roempleriana et Eulophiella Elisabethae, si rares et si recherchées dans les serres d’Europe.

Une autre, rouge pourpre à épis opulents, venue d’Amérique (Epidendrum O’Brienianum) est devenue définitivement malgache, s’accommodant de tous les sols, de tous les supports et de tous les climats, vigoureuse et fleurissant toute l’année, se mélangeant aux espèces autochtones. Dans les parties ombreuses et bien abritées des vents, fleurit en début d’année l’Orchidée de la Reine (Calenthe warpuri),  qui forme dans l’Ankaratra, à Manjakatompo, de vastes pelouses violettes. Puis on y admire de belles espèces de phajus et de gastorchis ainsi que des disa de fougères terrestres, où épiphytes voisinent avec les rosiers, azalées, hibiscus, gardénias, franciseas ou frangipaniers blancs ou roses. Près des bassins, on remarque des arums, des montbrétias, des glaïeuls…

« En cette ville au charme prenant, tout le monde aime les fleurs et le commerce qui en résulte devient chaque jour important. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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