Notes du passé: Antongil, une baie très favorable pour le commerce

Publié le par Alain GYRE

Antongil, une baie très favorable pour le commerce

27.03.2017 Notes du passé

 

L’état de santé « affreux » où est réduit l’équipage de sa flotte, oblige le capitaine de vaisseau Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec à relâcher à l’Ile Dauphine (Madagascar) le 21 février 1774, plus précisément dans la rade de l’ile Aiguillon, appelée ainsi par Benyowski en l’honneur du duc d’Aiguillon (1720-1782), son protecteur. Il est à préciser que l’ile d’Aiguillon où se trouve cette rade, est une ile rocheuse et boisée située au fond de la baie d’Antongil. Elle reçoit successivement les noms d’ile des Forbans par Cossigny, d’Aiguillon par Benyowski, d’Anjou par Hermitte. Et à partir de 1960, elle se voit restituer son nom ancien de Nosy Mangabe.

À cause des pluies et du temps pris pour monter les tentes, il ne peut débarquer ses hommes que le 26 février : d’abord 98 hommes parmi les plus malades et 50 le lendemain. Cependant, Benyowski ne peut lui fournir que quatre bœufs en dix jours, alors qu’il a besoin d’un  par jour pour ses malades. La raison en est simple : en voyant débarquer « l’appareil de guerre » et les canons, la population locale s’éloigne et ne veut rien vendre à Benyowski. « Les chefs guerriers tenaient des assemblées continuelles qu’ils nomment palabres pour concerter les moyens de lui nuire. » Kerguelen décide alors d’envoyer directement des hommes dans les villages bordant la baie d’Antongil pour tâcher d’acheter des volailles et des bœufs et il en obtient facilement la quantité qu’il veut.

Dans son « Mémoire sur l’Isle de Madagascar nommée Isle Dauphine »,  il  précise que la baie d’Antongil est « le grenier ou le magasin de tous les ports voisins ». Il détaille : « C’est de cette baie qu’on tire les riz et les bestiaux. Les insulaires en cette partie sont agriculteurs. Les terres y sont belles, élevées, arrosées de rivières de tous les côtés, et la nature y produit pour ainsi dire tout sans le secours de l’art ». L’archiviste-paléographe Jean Valette souligne que la richesse de la côte Est, en particulier de la baie d’Antongil, a toujours frappé les navigateurs dès le XVIe siècle. En 1598, un capitaine hollandais qui déclare avoir vu des lumières tout autour de cette baie, appelle l’ile Marosy « la montagne des fruits », tant elle est riche en oranges, citrons, bananes, cannes à sucre.

Abordant la position stratégique de la rade d’Aiguillon, Kerguelen mentionne que le port de Boynes (nom donné par Benyowski au village d’Ambatomasina en l’honneur du ministre de la Marine) est sûr et commode pour recevoir une belle escadre. La rade elle-même peut mettre cinquante vaisseaux de guerre à l’abri des vents et des ouragans. « On voit que ce port et cette rade  peuvent être très utiles en temps de guerre. Des escadres peuvent après des combats ou des tempêtes y venir se réparer. On y trouvera des vivres et des rafraichissements. On y sera en sûreté en toute saison et on n’y verra pas une escadre y périr sur ses ancres. »

Kerguelen propose pour approvisionner cette escadre, d’y transporter sept ou huit familles de Bourbon (« où il y en a plusieurs dans la misère ») pour y élever des volailles et cultiver des jardins qui sont la seule chose qui manque dans la baie d’Antongil. Et pour rendre l’endroit imprenable, il suggère de construire un fort sur l’ile d’Aiguillon et une autre sur la Grande terre à côté du village d’Ambatomasina.

« Mais pour être à l’abri d’un coup de main, il ne s’agit aujourd’hui que de placer vingt quatre pièces de gros canons et quatre mortiers sur l’isle d’Aiguillon, cela peut et doit se faire à la première campagne ; alors le commandant de l’isle d’Aiguillon avec trois cents hommes sera à l’abri d’être attaqué par une escadre de six vaisseaux de ligne qui est à peu près le nombre que les Anglais emploient sur les mers des Indes en temps de guerre.»

Il précise que les navires du roi seront ainsi à l’abri à la fois des vents et des ennemis. En outre, les équipages y trouveront des légumes, des vivres et des rafraichissements. « On peut y faire de l’arack (ou arac, mot créole qui désigne une liqueur spiritueuse tirée du riz fermenté, Jean Valette) qui se donne au lieu d’eau de vie. » Il assure qu’il est aussi possible d’y faire des salaisons ainsi que des biscuits avec du maïs qui est excellent et se conserve longtemps.

Toutefois, l’endroit n’a pas que des avantages. Car le port de Boynes se trouve dans une baie qui est « sous le vent de toute l’ile ». Ainsi, le vent qui est toujours favorable pour entrer, oblige de louvoyer pour sortir. « Les ennemis peuvent mouiller dans toute la baie à 5 ou 6 lieues de terre et attendre les bâtiments au passage. »

Quant aux navires marchands n’étant pas d’aussi bons voiliers que les vaisseaux de guerre, ils risquent de mettre un mois pour sortir de la baie. Ce qui est préjudiciable au commerce « par la consommation des vivres, la longueur des traversées et les fatigues contraires à la santé des équipages. » Et c’est d’autant plus fâcheux qu’on peut établir dans la baie d’Antongil un commerce très brillant avec la canne à sucre et le café qui y poussent bien, l’indigo qui y est magnifique, sans oublier d’autres produits d’exportation « comme coton, tabac, encens, ambre, cristal de roche, plomb argent et autres choses précieuses que peut fournir l’intérieur du pays qui nous est inconnu… »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Internet

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