Notes du passé: De la canalisation secrète au marchand d’eau

Publié le par Alain GYRE

De la canalisation secrète au marchand d’eau

30.03.2017 Notes du passé

 

Le problème d’adduction d’eau potable en milieu rural existe depuis toujours à Madagascar et semble ne pas devoir se résoudre de sitôt. D’ailleurs, même en ville, le problème se pose.

Autrefois, les plateaux de l’Imerina et du Betsileo présentent un paysage typique : des collines couronnées de maisons rouges ou blanches plantées dans un cadre de rizières en gradins et de champs de culture. Souvent ces villages sont entourés de fossés larges et profonds, vestiges de fortifications des temps jadis.

La plupart sont alimentées en eau à l’intérieur de l’enceinte fortifiée. Eau amenée par gravitation d’un vallon en amont renfermant une source, qui est conduite par un canal couvert jusqu’au village et dont seuls les habitants connaissent le secret de son origine. Ainsi, quand l’ennemi vient les assaillir, ils ferment l’accès du village et supportent le siège, sans risque de manquer de provisions avec les réserves de récolte et surtout d’eau.

Quelquefois, les villages sont bâtis sur les plus hautes cimes des collines de la région. Dans ce cas, dans les fossés de fortification, un chemin secret conduit à la source habituelle d’alimentation en eau, si cette eau n’est pas dans le fossé lui-même.

Plus tard, quand le pays commence à vivre sous un régime plus unifié, la sécurité des villages devient plus grande, les femmes sortent alors par groupe, le matin, ou vers le soir, pour puiser l’eau à la rivière. « Et cette procession de femmes riantes et jacassantes, allant à la recherche de l’eau, était depuis très longtemps une des images les plus attachantes et les plus pittoresques de notre vie quotidienne » (Dr Germain Rakotoarivelo, 1966). Chaque foyer possède sa grande cruche en poterie, pouvant contenir jusqu’à deux cents litres d’eau et chaque femme se sert d’une plus petite (cinq à quinze litres) façonnée à sa mesure.

Cependant, on constate progressivement que même les villages qui ont eu l’eau à leur porte, laissent leurs canalisations se détériorer et sont obligés d’aller chercher l’eau plus loin.

Dans les plaines, le village est presque toujours situé au bord d’une rivière et chaque femme vient y puiser l’eau nécessaire à son ménage. Parfois, chaque maison (ou un groupe de maisons) creuse un puits dans la cour ou tout proche. Mais quand le puits vient à tarir, il faut chercher l’eau très loin, parfois à 15km, au risque de se faire agresser par les bandits de grands chemins. Et quand une femme fait plusieurs kilomètres pour chercher une cruche d’eau nécessaire à l’alimentation de la famille, il est certain qu’elle le dépense avec parcimonie aux besoins de propreté et de nettoyage.

Dans certaines régions, il arrive qu’on ramasse au moyen de trous peu profonds mais assez larges, l’eau de ruissellement des pluies et on les emmagasine précieusement dans une série de jarres. « Cela fait la provision pour quelque temps, mais ne résout en aucune façon le problème.» Dans certains cas, les plus astucieux construisent des bassins, mais ceux-ci ne satisfont aucunement tous les besoins de l’année.

C’est alors que s’institue dans certains villages, le marchand d’eau. Il part avec quelques barriques sur sa charrette à bœufs pour chercher l’eau qu’il vend à la population par unité de mesure qui est la cruche ou le bidon de pétrole.  Cette difficulté d’approvisionnement en eau ne se présente pas partout de la même façon. Sur la côte orientale, l’eau se trouve presque partout, « voire dans les compartiments des bambous et le tronc des ravinala ». Ainsi, « les gens ne se font pas défaut de les utiliser toutes, selon leur besoin ou leur caprice». En tout cas, « il est indispensable de faire sortir toute cette population rurale de sa routine actuelle afin de l’avancer dans la voie du progrès humain et social ».

Point n’est besoin de s’étendre sur toutes les incommodités provoquées par la rareté de l’eau, encore moins de citer les maladies contractées par insuffisance hydrique. Tout le monde sait que l’eau à volonté et à portée des mains est un facteur essentiel de vie saine. Pas d’eau, point de vie, mais sans eau propre, point d’hygiène possible.

À ne pas oublier, enfin, que l’insuffisance en eau ne pénalise pas les seuls êtres humains. Elle se pose aussi pour les cultures et l’élevage. Les cultures se font généralement dans des endroits choisis pour leur commodité et en eau. Quant au bétail, « le troupeau qui peut comprendre jusqu’à 3 000 bœufs,  restera longtemps encore dans son pâturage qu’il faudrait sans doute améliorer, et boira dans la rivière ou le point d’eau qui y est situé ». Mais dans les régions subdésertiques du Sud, l’homme et l’animal auront la même satisfaction en eau, en fonction  des progrès de forage et d’irrigation à partir des fleuves et des rivières ainsi que du pompage des eaux souterraines. Des projets envisagés depuis les années 60 !

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Eau

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