Notes du passé: Discussion autour d’une « Histoire de Madagascar »

Publié le par Alain GYRE

Discussion autour d’une « Histoire de Madagascar »

13.03.2017 Notes du passé

 

Le livre d’Hubert Deschamps, intitulé « Histoire de Madagascar » (1960, Paris) suscite à l’époque de nombreux commentaires. Jean Valette présente l’ouvrage qui comporte trois parties: les Siècles obscurs  (jusqu’en 1500), les Temps des Ancêtres (1500-1800), L’Ère nouvelle (à partir de 1810).

D’emblée, l’archiviste-paléographe estime que ces dates paraissent un peu rigides, même s’il les considère comme des « points de détail ».

« Pourquoi 1500  Est-ce parce que c’est le 10 août de cette année-là que le premier Européen a aperçu Madagascar  C’est évidemment une date commode, mais apporte-t-elle vraiment quelque chose d’essentiel dans la vie du pays  Nous ne le pensons guère. Pourquoi 1810  À cause de la mort d’Andrianampoinimerina qui, il est vrai, marque un tournant important dans l’histoire du pays merina et, par contrecoup, dans l’histoire générale de Madagascar. Mais n’aurait-il pas mieux valu, pour enserrer de plus près cette histoire générale, utiliser une date moins précise, par exemple 1810 environ  Cela aurait ainsi permis de tenir compte non seulement de la mort du roi merina, mais aussi de Mikiala, roi du Menabe (1807) et de Ravahiny, reine du Boina (1808), toutes dates qui, à notre avis, marquent profondément ce que l’auteur appelle l’ère des royaumes malgaches. »

Abordant l’origine des Proto-Malgaches indonésiens, Hubert Deschamps écrit: « Venant de l’Inde, ils ont séjourné sur la côte d’Afrique, s’y sont mélangés ou alliés à des Africains avec lesquels ils se sont rendus ensuite à Madagascar. »

Pour Jean Valette, cela permet de concilier les données divergentes de l’ethnographie et de la linguistique. Cela explique aussi la présence dans Madagascar d’un peuplement mixte (Indonésiens-Africains) assorti d’une langue et de coutumes d’origine essentiellement indonésienne.

Quant à J. Auber, c’est « une application plausible, mais qui me paraît un peu facile, car plus largement étendue. À supposer que nous ignorerions l’histoire des découvertes portugaises et des influences françaises et anglaises jusqu’à la conquête de Madagascar en 1895, elle aboutirait de la même façon à poser l’hypothèse- elle, invraisemblable- d’un contact extérieur des immigrants avec le Portugal, la France et l’Angleterre ».

Par ailleurs, Jean Valette salue la partie de l’ouvrage sur L’Ère nouvelle et surtout sur l’un des chapitres intitulé par l’auteur La Royauté assassinée, tel qu’on peut en lire un extrait : « (…) la royauté était morte avec Radama (II); jamais la monarchie réelle fut rétablie aux mains du souverain; jusqu’à la fin, le système politique merina consista en une dictature du Premier ministre. »

Selon l’archiviste-paléographe, il y a certainement dans cette thèse de l’auteur une très grande part de vérité. « L’histoire du royaume merina, de 1863 à sa chute, est beaucoup plus marquée par l’action du Premier ministre que par les trois reines qui se succédèrent sur le trône. »

Pourtant il ajoute: « Mais il serait intéressant d’étudier de plus près si la notion sacrée de la monarchie, dont l’oligarchie faisait si peu de cas, n’est pas restée plus vive chez le peuple. Le seul fait que Rainilaiarivony, vrai maître du Palais, n’ait pas osé, comme Pépin le Bref, créer une nouvelle dynastie, laisse supposer qu’il ait craint des réactions populaires. Cette coupure entre l’oligarchie et le peuple ne suffirait-elle pas à expliquer notamment l’effondrement final de Rainilai­arivony qui, au moment du danger, ne put trouver personne qui se battit pour lui  » À l’exception de Rainianjalahy, le seul général qui montre un esprit offensif et qui, par deux fois, le 29 juin et le 30 septembre 1895, essaie d’arrêter le corps expéditionnaire français.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : archives personnelles

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