Notes du passé: Enseigner aux Africains l’histoire de l’Afrique précoloniale

Publié le par Alain GYRE

Enseigner aux Africains l’histoire de l’Afrique précoloniale

02.03.2017 Notes du passé

 

Du 26 septembre au 2 octobre 1965 se tient à Dar-ès-Salam un Congrès international sur l’Historiographie africaine. L’initiative en revient au gouvernement et à l’Université de Tanzanie, avec le concours de l’Unesco et de « Présence Africaine », les 4/5 des dépenses étant supportées par le gouvernement de Tanzanie et le 5e par l’Unesco

L’objectif du Congrès est simple, enseigner aux Africains l’histoire de l’Afrique. « Le but est d’abord de réhabiliter la personnalité africaine et malgache. Et ce, en faisant prendre conscience aux élèves de leur personnalité nationale, afin de les guérir du besoin de s’accrocher à une personnalité nationale étrangère à la leur pour avoir droit à quelque confort quelconque. » Et l’archiviste-paléographe Razoharinoro de préciser : « Nous ne parlons évidemment pas pour les complètement assimilés assez nombreux dans la catégorie dite des évolués. » Bref, il s’agit d’apprendre, aux jeunes scolaires « à oser être eux-mêmes, tels qu’ils sont, Africains ou Malgaches, et de tirer fierté de leur identité en quelque sorte ».

L’archiviste aborde les principes qui doivent éclairer la rédaction de cette histoire et fixer l’angle d’interprétation des faits historiques.

Avant tout, les pays récemment décolonisés doivent chercher, au moyen de leur historiographie, à se libérer complètement de l’expérience coloniale dans ce qu’elle a de négatif pour l’épanouissement de leur personnalité, de l’homme tout court. « Les historiens nationaux doivent, dans un premier stade, repenser l’historiographie de leur pays élaborée par les étrangers, et dans un second stade confronter leur propre point de vue avec celui des historiens étrangers. »

En effet, « une approche des réalités historiques malgaches ou africaines n’est possible qu’avec la compréhension approfondie de la nature de la société malgache ou africaine ». Une entreprise qu’on ne peut laisser à la seule interprétation plus ou moins objective d’étrangers. En fait, seul le peuple malgache, par exemple, est à même de « mieux comprendre, interpréter et sauvegarder sa propre histoire. C’est surtout à lui qu’il appartient d’exprimer ce qu’il était, ce qu’il est et ce qu’il veut devenir ».

L’historiographie de l’Afrique et de Madagascar doit viser à contribuer à renforcer la conscience nationale, mais l’historien ne doit pas non plus oublier que l’histoire de l’Afrique et de Madagascar fait partie de l’histoire universelle. Toutefois, il faut regretter « le peu de place qu’occupe encore aujourd’hui l’enseignement de l’histoire nationale  dans le programmes d’enseignement et appliqués actuellement » (au lendemain de l’indépendance). Alors comment les élèves peuvent-ils prendre conscience de leur propre identité nationale si la plus grande partie du programme d’enseignement de l’histoire porte sur celle de nations étrangères ?

C’est ainsi que les participants au Congrès se penchent aussi sur le matériel adéquat et suffisant pour l’enseignement de l’histoire nationale. Avant tout, la question des sources se pose. En général, l’Afrique dispose de peu de chose en matière de sources écrites.

Sans doute, il y a les relations de voyages des explorateurs, les histoires africaines ou malgaches écrites par des missionnaires, les rapports des « pacificateurs ». Ce sont des sources importantes qui, malheureusement et naturellement, ne font souvent connaitre que des demi-vérités historiques. « Mais elles ne sont pas à négliger. »

L’une des principales sources de l’histoire précoloniale de l’Afrique provient des traditions orales. C’est pourquoi le Congrès de Dar-ès-Salam attire l’attention des gouvernements africains et malgache sur le besoin urgent de collecter et de préserver ces traditions « avant que leurs gardiens ne meurent», de fournir des fonds pour faciliter la collecte, la préservation et la publication de ces traditions ainsi que pour entrainer les collecteurs locaux de traditions.

Les relations des témoins oculaires de la période coloniale et précoloniale sont aussi très importantes et constituent des sources de premier ordre, « à défaut d’autres ».

Enfin, pour encourager les historiens africains et malgaches, il recommande la création d’un

budget spécial pour les recherches qu’ils effectuent et pour la publication d’ouvrages historiques écrits par eux. Du reste, dans le domaine de la recherche, le Congrès « encourage la formation de sociétés d’histoire» dont les tâches essentielles sont de promouvoir la recherche historique, de collecter les découvertes intéressant l’historiographie et de les diffuser par le moyen de rapports annuels. « Ces rapports annuels aideraient les chercheurs et les rédacteurs de manuels à coordonner leurs activités. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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