Notes du passé; La cité de roseaux devient ville de briques

Publié le par Alain GYRE

La cité de roseaux devient ville de briques

09.03.2017 Notes du passé

 

Lorsque la reine Ranavalona Ire tourne le dos au bout de trente-deux ans de règne et que son fils, le prince Rakoto, lui succède, les Européens reviennent et cette fois-ci en masse. Car des laïcs vont se joindre aux instructeurs missionnaires. Le développement et le progrès de la capitale dépendront de l’afflux des architectes, ingénieurs et ouvriers qualifiés que l’Europe enverra. Ce mouvement s’accélèrera au fil des années.

L’arrivée à Antananarivo où ils résideront d’un certain nombre de consuls étrangers accrédités auprès de Radama II et de ses successeurs « confirma le fait que l’Imerina, déjà parvenu à un certain degré de civilisation, allait poursuivre son développement » (Revue de Madagascar, Spécial Tananarive, 1952). Pourtant, les missionnaires, les premiers revenus sont aussi les premiers à se remettre au travail. C’est donc dans le domaine de l’architecture et, tout particulièrement, dans la construction de lieux de culte que les plus grands progrès seront réalisés. Les fonds destinés à ces édifices proviennent de l’étranger et les modèles utilisés résultent de plans de temples, d’églises et de cathédrales d’Europe.

Ainsi, le Révérend Ellis, sur les plans de l’architecte James Sibree et grâce au produit des collectes anglaises, fait élever les quatre temples, les « Memorial Churches» qui commémorent les martyrs chrétiens. Celui d’Ambatonakanga dont la première pierre est posée le 19 janvier 1864, celui d’Ambohipotsy inauguré solennellement le 17 novembre 1868, par Ranavalona II et le Premier ministre Rainilaiarivony, celui d’Ampamarinana au-dessus de la sinistre muraille et terminé en 1870, et le petit temple du Rova commencé en juillet 1869. De son côté, Andohalo voit s’élever de 1873 à 1878, la cathédrale catholique Immaculée Conception et peu après, la cathédrale anglicane Saint-Laurent (13 septembre 1883).

Ces constructions, les premières, sont autant d’ateliers-écoles pour les ouvriers d’Antananarivo. Voici ce qu’écrit Sibree sur le sujet : « J’ignorais la langue, la population et sa méthode de travail. Il était difficile d’obtenir des renseignements précis sur les meilleurs moyens de se procurer le bois, la chaux, les tuiles…, mais le plus grand obstacle consistait dans le nombre très limité des ouvriers dont il valait la peine de se procurer les services et, plus encore, dans l’impossibilité de les garder longtemps. La maçonnerie n’était pas une chose absolument nouvelle pour les Malgaches (il y avait une centaine au moins de maçons instruits par Jean Laborde à Mantasoa et à Tananarive)… Mais le plus grand édifice exigeant un travail scientifique et soigné était quelque chose d’inaccoutumé et, dans le cas du plus grand nombre des ouvriers, il fallait commencer par l’abc de l’art et leur enseigner d’abord la manière de tailler la pierre de façon à ce qu’elle présentait un côté bien uni et qu’elle eut la forme d’un carré parfait. L’emploi du niveau, du fil à plomb et de la corde constituaient un mystère que même les plus intelligents saisissaient lentement… »

À l’inexpérience de la main-d’œuvre correspond cependant une très grande habileté « qui s’employait à merveille à bâcler la besogne au moyen de malfaçons et en ayant recours à toutes les ficelles du métier ». Les architectes se plaignent qu’il faut faire recommencer cent fois les mêmes choses. De plus, les Européens doivent payer de leur personne : les femmes des maçons empêchent leurs maris de monter sur les échafaudages des clochers en construction. Et c’est ainsi que le frère Laborde, un des ouvriers de la Mission catholique, travaillant seul, trouve la mort au cours de l’exécution des travaux de la cathédrale de l’Immaculée Conception.

Mais avec le temps, les ouvriers gagnent en habileté technique et c’est ce qui explique que la résidence du représentant de la France, construite en 1891-1892 par l’architecte français Jully « soit le mieux achevé de tous les édifices qu’on voit à Tananarive au siècle dernier ». De même, deux missionnaires, Cameron et Pool, contribuent à doter la capitale d’un grand nombre de maisons confortables bâties de 1868 à 1880. L’aspect d’Antananarivo en est transformé. C’est Cameron qui donne le plan de la maison à six pièces édifiées à Faravohitra par le missionnaire Pearse, modèle qui reproduit depuis lors, dans des centaines sinon des milliers de demeures, constitue encore un des types les plus courants de logement vers la moitié du XXe siècle. La maison de type à quatre pièces, colonnes de briques sur façade et véranda, classique à Antananarivo, n’est que son modèle réduit.

« Ces maisons marquent un grand progrès par rapport à celles qui existent autrefois. La capitale de roseaux et de bois périssables était devenue de pierres et de briques durables. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnels

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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