Notes du passé: La corvée, une autre forme d’esclavage

Publié le par Alain GYRE

La corvée, une autre forme d’esclavage

16.03.2017 Notes du passé

 

Une des premières actions entreprises par les Français,  au début de la colonisation, est de supprimer l’esclavage. En revanche, les corvées, un des procédés dont se sert déjà la monarchie pour enrichir les groupes dominants, sont maintenues sinon accentuées. En effet, la corvée, qui n’est pas moins dure que la servitude elle-même, astreint jusqu’à quatre jours par semaine tout sujet à des travaux de tous genres, généralement productifs.

Sous la colonisation- « qui poursuit des objectifs économiques dans l’intérêt de la Métropole »- les corvées sont très utilisées. Le gouvernement colonial s’en sert, entre autres, pour les grands travaux, bien avant la première guerre mondiale. En particulier pour les voies de communication reliant la capitale aux côtes orientale et occidentale. Ces chantiers sont extrêmement pénibles et les conditions très sévères. Sur les Hautes terres, le relief est fortement plissé, les cours d’eau ont des pentes très fortes et un régime torrentiel.

La côte Est est caractérisée par une végétation luxuriante qui couvre des falaises abruptes, une côte lagunaire étroite, un climat plus pluvieux, un sol inconsistant, des rivières étalées aux crues irrésistibles et surtout, de fréquents cyclones avec des vents très violents. À l’Ouest, le climat est plus sec, mais dans leur cours inférieur, les fleuves sont immensément larges et leur lit constitué de sable qui s’enfonce en profondeur. Ils sont ainsi sujets à des divagations de plusieurs kilomètres.

Au début de la colonisation, comme le gouvernement rencontre des difficultés de main-d’œuvre, il fait appel à des ouvriers étrangers, notamment pour construire la voie de l’Est, Antananarivo-Toamasina. Arrivés en 1897, les Chinois s’attaquent à cette route qui n’est alors qu’un chemin de boue. Bien peu échappent aux durs travaux et au paludisme virulent. Pourtant, ils sont venus à Mada­gascar dans l’espoir de gagner et d’économiser leur salaire. Cependant, le montant dérisoire ne les rend que « légèrement plus riches » qu’à leur départ de Chine.

La plus tristement célèbre des corvées au XXe siècle est le Service de la main-d’œuvre pour les travaux d’intérêt général, Smotig. Fixé par décret du 3 juin 1926, il est créé par le gouverneur général Marcel Olivier, afin de procurer de la main-d’œuvre à bon marché aux travaux publics. Les travaux sont menés en 1927 et coûte la vie à un grand nombre. Ils sont particulièrement durs dans une région des plus chaotiques. La multiplicité des ouvrages d’art, surtout souterrains, indique assez le profil difficile de la ligne.

Partant de Fianarantsoa, point culminant du tracé à 1 093 mètres d’altitude, elle traverse la plaine de la Matsiatra, puis descend la falaise passant de la cote 1 054 à la cote 385 en 24 kilomètres. Elle emprunte ensuite la vallée de Faraony qu’elle quitte en franchissant une chaine de collines. Enfin, elle se dirige sur Manakara à la cote 4, à travers les vastes marais d’Ambila.

Par les travaux extrêmement pénibles qui sont imposés aux jeunes recrues et le traitement dont ils sont l’objet, l’organisation donne lieu à de violentes critiques de la part des Malgaches et de certains Français. Ces derniers y discernent une forme déguisée de travaux forcés exigés des autochtones. Parmi eux, Jean Ralaimongo et le Réunionnais Paul Dussac voient dans le Smotig un des abus administratifs du gouvernement colonial. En 1928, tous deux publient dans différents journaux de l’ile-, L’Opinion, Le Libéré, La Nation malgache…- des articles souvent corrosifs (lire précédente Note).

Qualifié à juste titre d’homme d’initiatives, le gouverneur général Marcel Olivier se lance dans des réformes et des institutions variées, mais pas toujours heureuses. Au point de vue administratif, il veut simplifier les structures et supprime celle des gouverneurs principaux (arrêté du 13 janvier 1926). Parallèlement, il crée six régions (arrêté du 15 novembre 1927) dans lesquelles les chefs de province, sans l’interposition des chefs de district et des gouverneurs principaux, n’ont plus assez de contact avec les administrés. « La réforme fait des chefs de canton les véritables maitres de l’Administration malgache » (Rajemisa- Raolison, historien).

Sur le plan agraire, Marcel Olivier institue le cadastre (décret du 28 septembre 1926) qui a le mérite de donner une base définie à la propriété malgache. Cependant, il a le malheur de ne pas reconnaitre la preuve testimoniale, créant ainsi des difficultés aux autochtones pour conserver ce qu’ils ont et aboutissant, dans certains cas, à leur spoliation.

Autres faits importants marquant l’administration de Marcel Olivier : le début du fonctionnement de la Banque de Madagascar (Institut d’émission) en 1926, le cyclone qui ravage la ville de Toamasina en 1927, les affaires des journaux Le Libéré (1926) et L’opinion (1928)…

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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