Notes du passé: «Madagascar n’appartient qu’aux Malgaches»

Publié le par Alain GYRE

«Madagascar n’appartient qu’aux Malgaches»

06.03.2017 Notes du passé N°2390

 

Le traité de Paris du 30 mai 1814, tout en mettant fin aux hostilités qui opposent presque sans interruption depuis vingt ans les puissances européennes, s’efforce aussi de délimiter et de reconsidérer leur sphère d’influence coloniale. En particulier, en ce qui concerne les rivalités franco-britanniques.

L’article 8 stipule, en effet, que « les colonies, pêcheries, comptoirs et établissements de tout genre que la France possédait au 1er janvier 1792, dans les mers et sur les continents de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie- à l’exception toutefois des îles de Tobago et de Sainte-Luce, et de l’isle de France et de ses dépendances, nommément Rodrigues et les Seychelles- lui seraient restitués dans les délais que les terres situées au-delà du cap de Bonne-Espérance ». Selon Jean Valette, archiviste-paléographe, malgré sa clarté cet article provoque de la part de l’Angleterre- tout au moins de certains de ses agents- de nombreuses difficultés.

« Ce fut, en particulier, le cas pour les dépendances de l’île de France parmi lesquelles,Sir Robert Farquhar plaça Madagascar. Ce, par le biais d’une proclamation en date du 27 avril 1815 qui confirme les lois et ordonnances promulguées par le gouverneur de Maurice et de ses dépendances. » Cette interprétation entraîne évidemment de vives protestations de la part du général de Bouvet, gouverneur de l’île Bourbon, possession que Sir Robert Farquhar remet à la France en vertu du traité d’avril 1815.

Il s’ensuit un échange de correspondances entre Paris et Londres. Par dépêche du

18 octobre 1816, Lord Barthurst, secrétaire d’État britannique aux Colonies, fait savoir à Sir Robert Farquhar que le gouvernement anglais ne reconnaît pas son interprétation. Il lui enjoint « de prendre les mesures nécessaires pour remettre aux autorités françaises à Bourbon, les établissements que le gouvernement français possédait sur les côtes de l’île de Madagascar à l’époque susmentionnée ».

Mais le gouverneur de Maurice ne l’entend pas ainsi et argue que Madagascar n’appartient nullement à la France. Aussi écrit-il à son ministre en novembre 1816: « Puisque ledit gouvernement n’y possédait rien, il n’apparaissait pas qu’il y ait quoique ce soit à remettre. » Cette interprétation est, elle aussi, rejetée par Londres.

D’ailleurs, le gouverneur de l’île de France- « qui ne devait guère croire en la solidité de celle-ci»- en échafaude une troisième qui consiste à dire que « Madagascar n’appartenait ni à la France ni à l’Angleterre, mais aux Malgaches eux-mêmes et qu’en conséquence il dépendait de ces derniers d’autoriser telle ou telle puissance à s’implanter chez eux ». Jusqu’à cette époque, il n’existe aucune relation suivie et surtout officielle entre la Cour de l’Imerina, confinée encore dans un territoire fort restreint et les bords de l’océan Indien, et les Vazaha. Seuls les traitants pénètrent à Antananarivo. Certains nouent même des amitiés avec le grand Andrianam­poinimerina, puis son fils et successeur, Radama Ier.

Désireux à son tour d’entrer en relation avec le roi de l’Imerina, Sir Robert Farquhar décide d’utiliser pour y parvenir un de ces traitants, Chardenoux. Ce dernier a résidé de nombreuses années à Madagascar et entreprend plusieurs voyages jusqu’à Antanana­rivo. Nanti d’instructions fort précises « et des plus remarquables », Chardenoux est envoyé auprès du roi des Merina afin « de le mettre discrètement et progressivement au courant des intentions de Sir Robert et de sonder ses propres intentions et ses réactions devant un tel projet ».

La mission de Chardenoux (comme son personnage) auprès de Radama Ier retient l’attention de quelques historiens. Guillaume Grandidier (1942) distingue deux personnages, le nommé Chardenaux, un traitant, et le nommé Chardenoux qui est l’envoyé de Sir Robert Farquhar. Henri Deschamps (1960), quant à lui, confond en un seul les deux personnages qu’il appelle Chardenaux. Bien auparavant Ackerman (1833) ou Macé-Descartes (1846) ne connaissent pas l’existence de la mission Chardenoux et font de Lesage le premier envoyé du gouverneur de Maurice.

Il n’en est pas de même des auteurs anglais. Ellis mentionne, le premier, l’envoi du négociateur Chardenoux à Antananarivo. Et en 1936, E. Howe utilise de nombreux documents originaux et parle longuement du rôle de Chardenoux.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnels

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