Notes du passé: Ralaimongo et Dussac virulents contre les abus

Publié le par Alain GYRE

Ralaimongo et Dussac virulents contre les abus

15.03.2017 Notes du passé

 

Il est des noms rendus célèbres par les luttes pour l’égalité ou l’Indépendance qui y sont rattachées. Tel Jean Ralaimongo dont la vie, selon l’historien Régis Rajemisa-Raolison, est un tissu de péripéties faisant de lui « un homme énergique et instruit, mais aussi violent et brutal ».

Originaire d’un village d’Ikalamavony où il naît en 1884, il garde les bœufs dans son enfance, avant d’être admis parmi les quarante premiers élèves de l’École normale de la Mission protestante française (MPF) en 1899. Il réussit son Certificat d’aptitude à l’enseignement en 1902, devient instituteur de la MPF dans son village natal (1902-1903), enseigne à l’École norvégienne puis à l’École officielle de Fianarantsoa.

En 1910, il prend un congé de disponibilité pour suivre, en qualité de valet de chambre, un ami français en Métropole où finalement, il arrive à décrocher son Brevet élémentaire au bout de cinq mois. Il revient à Madagascar en 1912, est affecté à l’École officielle de Mahabibo (Mahajanga). Il démissionne en 1913 pour se faire clerc d’avocat, puis employé aux Messageries maritimes. La grande guerre de 1914 éclate, Ralaimongo s’envole volontairement en 1916, s’embarque de nouveau pour la France où il est incorporé dans le fameux 12e Bataillon malgache. Sergent à la fin de la guerre, il rentre au pays en 1920.

C’est alors que commence sa carrière politique. En 1927, il fonde à Diego-Suarez le journal « L’Opinion ». Il vise ainsi un double but : mener une campagne de presse violente en faveur des libertés démocratiques à octroyer aux Malgaches et dénoncer les abus administratifs de toutes sortes.

Ses activités politiques sont parallèles à celles de Dussac qui le rejoint en 1928, et consistent en des articles vigoureux dans plusieurs journaux (« L’Opinion », « Le libéré », « La Nation malgache »…). Ses actions sont aussi marquées de manifestations et surtout de condamnations en tous genres qui s’abattent sur lui coup sur coup: emprisonnements, amendes, interdiction de séjour.

Pour certains, Paul Dussac, colon et journaliste réunionnais établi à Nosy Be, est pendant dix ans (1928-1937) le grand meneur du mouvement de Ralaimongo. Le 9 mai 1929, il s’apprête à donner une conférence à Antanana­rivo en vue de travailler l’opinion publique en faveur de la naturalisation en masse des Malgaches. Au dernier moment, la réunion est interdite aux Malgaches non citoyens français et Dussac, renonçant à la causerie, organise avec ses amis une « manif », la première du genre dans l’ile, devant la résidence du gouverneur général à Ambohitsorohitra. Jeté en prison, il en sort après quelques mois, mais pour recommencer de plus belle « à fustiger certains abus de pouvoir monstrueux» que se permettent certains administrateurs.

Pour sa part, Ralaimongo se voit infliger avec son ami médecin, Joseph Ravoahangy Andria­navalona, cinq ans de résidence fixe à Port-Bergé. En mai 1930, Dussac trouve devant lui le gouverneur général Cayla prêt à briser le mouvement. Et les condamnations pleuvent sur lui à cadence accélérée jusqu’en 1936 où l’avènement du Front populaire en France lui permet d’organiser des manifestations ouvertes et même des grèves. Il fonde même une section malgache du Parti communiste.

Mais si le gouvernement paraît lui accorder un peu de répit, « Dussac n’en subit pas moins de la part des colonialistes des attaques de toutes sortes même physiques ». Le 31 octobre 1936, il est molesté aux portes de la capitale avec son ami Ravoahangy. L’année suivante, il rentre en France pour ne plus revenir.

Tandis que Dussac s’affilie au Parti communiste, Ravoahangy à la SFIO, Ralaimongo reste sans parti. En 1937, il est attaqué à Mananjary par une bande de quinze individus auxquels il n’échappe que de justesse. À partir de cet instant et après avoir confié son affaire à un avocat français d’Antananarivo, Ralaimongo se retire de la scène politique.

« S’il faut regretter plusieurs excès de paroles de ce polémiste violent envers et contre tout et tous, il a le mérite de réclamer un peu plus de justice pour ses compatriotes à une époque où l’Administration française à Madagascar, et dans presque toutes ses colonies, pratiquait une politique tendant à assimiler la colonisation à un véritable impérialisme. »

Quant à Ravoahangy, il ne cesse de mener le combat, devenant un élu siégeant à l’Assemblée nationale française avec comme programme l’indépendance intégrale du pays, fondant ensuite le Mouvement démocratique de la rénovation malgache qui prend rapidement de l’ampleur et est accusé d’avoir fomenté l’insurrection de 1947.

 

Texte : Pela Ravalitera – PhotoS : Archives personnelles

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