Notes du passé: Transparence indispensable sur le marché

Publié le par Alain GYRE

Transparence indispensable sur le marché

03.03.2017 Notes du passé

 

La réorganisation des marchés dans tout l’Imerina et les régions limitrophes comme le Vakinankaratra et le Betsileo, s’accompagne d’une série de réglementations. Ceci se produit à la fin de la pacification et de la réunification de l’Imerina par Andrianampoinimerina.

Ce dernier souverain décrète, entre autres, que sur les marchés aussi bien quotidiens qu’hebdomadaires, l’emplacement de chaque catégorie de marchandises doit être bien distinct. L’objectif est que ces produits ne s’empiètent pas et que les marchands ne se disputent pas les places bien situées, d’accès facile pour la clientèle. La priorité revient à celui qui s’installe le premier, « mahatsindry toerana ».

La catégorisation des produits s’avère nécessaire pour faciliter le maintien de l’ordre et interdire les marchands ambulants, mais aussi pour ne pas, en quelque sorte, « mélanger les serviettes et les torchons ». Le roi met particulièrement en garde les propriétaires des bestiaux contre la divagation de leurs animaux, car ceux-ci risquent de provoquer des accidents : leur emplacement toujours à l’écart du marché, doit être respecté.

Il en est également ainsi des menuisiers. S’ils déambulent avec leurs planches sur les épaules, ils peuvent blesser des gens. Il en est de même des marchands de marmites (en terre). S’ils se mêlent à la foule, ils peuvent piéger (« mamandrika ») ceux qui, par mégarde, brisent leurs ustensiles et ils en exigeraient d’eux le remboursement.

Règle générale aussi, les marchands doivent pratiquer des prix pondérés, ni trop chers ni trop bon marché. Pour le roi, en effet, dans le premier cas, nul ne pourra avoir accès aux produits mis en vente et « il ne sert à rien d’encombrer le marché ». Dans le second cas, il considère les marchandises comme volées et « aussi bien le vendeur que l’acheteur seront coupables ». Du reste, aucun produit à écouler ne doit être caché sous le lamba ou sous l’étal, encore moins être vendu « sur parole » (manao tondromolotra), car l’objet n’étant pas visible, c’est donc en fait un marché de dupes.

Quant aux revendeurs, il leur incombe de bien calculer le prix qu’ils veulent afficher, car « gagnants ou perdants, il auront à respecter l’accord passé avec leur créancier».

D’autres réglementations décrétées par Andrianampoinimerina portent sur les unités monétaires, de poids et de mesures aux normes officielles qui, auparavant, n’ont pas existé. Dans toute tractation, dans toute opération commerciale, toutes sortes de balances sont utilisées, mais elles varient d’un utilisateur à l’autre et leurs oscillations sont complètement déréglées.

En guise de poids, on constate des galets de toutes tailles sur lesquelles il est difficile de se mettre d’accord. Ce qui ne peut que provoquer des bagarres où la loi du plus fort s’impose. Aussi le roi décide-t-il de créer la balance officielle, unique, avec des poids en fer. Ce travail est assuré par les Andriandranando. Ce sont les forgerons royaux qui ont déjà à leur actif la fabrication des armes et des outils.

L’utilisation de ces poids est assujettie à leur valeur correspondante. L’unité de base est le « vary dimy venty » : c’est le poids de 5 grains de riz soit 25 centimes. Le « variraiventy» est le poids d’un grain, soit l’équivalent de la 27e partie de la piastre. S’ensuivent le « voamena » (24e partie de la piastre), le « sikajy » (8e partie), le « sikajy dimy » (3/8e).  Le « venty » est l’équivalent de la 1/6e partiede la piastre, le « iraimbilanja » (1/5e partie), « kirobo » (1/4 d’une piastre), « sasanangy » (1/3 d’une piastre), « loso » (demi-piastre), «ariary» (une piastre), « vata »  (boite pour mesurer le riz et, en général, il a la contenance d’un double décalitre), « refy » ou la brasse (à Madagascar elle est de 1m82 ou deux yards), « zehy » (un empan soit l’intervalle entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire), « dia » (un pied ou 0,32 m), « vehana » (espace compris entre le bout du pouce et celui de l’index dans leur grand écartement), « anky » (espace entre le pouce et l’index recourbé).

Ainsi, si on descend au-dessous de « voamena », on utilise des grains de riz en guise de poids, car ceux en fer pèsent si lourds que leur valeur monétaire sont très élevées : avec 5 poids en fer on peut acheter un zébu dans le Betsileo.

Le « menalefona », ou « vata » de mesure du riz, est aussi lancé sur le marché pour remplacer celui plus petit d’Andriambelomasina. Quant aux mesures linéaires, dorénavant on applique le « refy », le« zehy », le « dia», le « vehana » et le « anky » en fonction de la longueur des objets et du sol à mesurer.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Mission norvégienne

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