Notes du passé: Un cadeau royal d’un prix inestimable pour Radama

Publié le par Alain GYRE

Un cadeau royal d’un prix inestimable pour Radama

01.03.2017 Notes du passé

 

L’arrivée des premiers chevaux en Imerina est vraiment une nouveauté et il est normal qu’ils soulèvent la curiosité des populations. Cadeaux du gouverneur de l’ile Maurice, Sir James Farquhar, ils sont amenés par James  Hastie qui en parle, dans son Journal du 14 novembre 1817 au 26 mars 1818. La première et seule allusion qu’il fait sur le sujet, date du 30 juillet 1817, lors de son arrivée à Ambohitrony : « … Je m’imagine que chaque femme et chaque enfant étant dans le village ont couru pour voir les chevaux. »

Quant à la réaction des proches du roi et surtout de celle de Radama lors de sa première leçon d’équitation, elles sont pareilles.

« … Aussitôt qu’il fut en selle, un de ses gens lui présente un collier de bijoux ; il mit dans sa bouche une petite chose de couleur d’ambre. » À n’en pas douter, déclare l’architecte-paléographe Jean Valette, « un ody pour conjurer le mauvais sort ».

Les chevaux amenés par Hastie comblent réellement d’aise Radama, un cadeau vraiment royal dont il apprécie tout le prix. Il s’y intéresse dès leur arrivée à Antananarivo, le 7 août 1817. Le lendemain, il demande « à voir les chevaux, regrettant toujours la perte du sien, d’une race exceptionnelle », lors de la traversée du fleuve Rianila à la nage, en juillet 1817. Puis, accaparé par la fête  nationale du Bain, il les néglige quelque peu, quoiqu’il prenne des nouvelles des deux chevaux malades à cause de l’état du chemin entre Toamasina et sa capitale.

Mais dès le 13 août, il prend sa première leçon d’équitation. « Sa Majesté me demande d’en monter un ; rien ne pouvait excéder sa joie. Il évoluait avec son cheval tout autour de la Cour. Il riait aux éclats, criait et dansait, déclarant qu’il n’avait jamais éprouvé autant de plaisir. » Il monte alors chaque jour et dès le 16 août, James Hastie note ses progrès. « Radama, debout à 5 heures et demie, monta à cheval jusqu’à 7 heures : comme sa crainte de tomber diminue, son plaisir augmente à cet exercice. » Comme il désire partager cette joie, il intime à certains de ses officiers de monter à leur tour. « Il fit chercher ses capitaine et leur ordonna de mon ter. Il rit beaucoup de leur maladresse. » Le 27 août, tout à fait assuré, il fait deux heures d’équitation et peut même changer de cheval. « C’était là le début d’une passion qui ne cessa qu’à sa mort. »

Ces premiers chevaux convoyés par James Hastie sont embarqués sur le navire « Le Phaéton » du capitaine Stanfell qui quitte Port-Louis le 28 ou le 19 juin 1817, et arrive en rade de Toamasina le 5 juillet. Leur nombre n’est pas clairement précisé par James Hastie dans son Journal. D’après Jean Valette, ce n’est qu’à la date du 11 janvier 1818 qu’il fournit des renseignements particulièrement intéressants sur la question. Invité par Radama à l’accompagner à Ambohimanga, il mentionne : « Je devrais m’y rendre en uniforme avec quatre de ses capitaines qui, comme moi, seraient montés», soit donc six chevaux avec celui du souverain.

« Mais l’on peut se demander s’il s’agit là du fonds initial amené par Hastie en juillet-août 1817 ou s’il y a eu entretemps un nouvel apport. »

En effet, la première mention d’un arrivage de chevaux qu’Hastie fournit est à la date du 5 avril 1817 alors qu’il est lui-même à Toamasina : « … arrivée de la Rosaline, capitaine Arnoux, partie de Bourbon… avec trois chevaux. » La difficulté du déplacement des chevaux entre Toamasina et Antananarivo, à partir de novembre 1817, rend d’ailleurs improbable que l’on ait pu faire voyager des chevaux pendant la saison des pluies. On peut donc penser que les six chevaux qui existent à Antananarivo en janvier 1818, proviennent du premier transport effectué par Hastie.

Compte tenu de l’état de la route, il s’agit là d’une tâche difficile sur laquelle Hastie insiste dans son Journal. Premier point à retenir, il emprunte de Toamasina à Andevoranto la route des lacs et lagunes, plus longue certes, mais plus aisée pour les chevaux, soit que ceux-ci marchent sur le bord de la mer, soit qu’ils embarquent à bord de canots. Ce moyen de transport doit être dangereux ainsi que les traversées à la nage des fleuves.

Tout aussi difficile et dangereux doit être le trajet à travers les régions montagneuses, à partir de Ranomafana. C’est très près de ce village, le 23 juillet, qu’Hastie signale la première difficulté du genre  « … pour arriver à une très haute colline dont le terrain rouge est d’une ascension très pénible. Les chevaux eurent beaucoup de peine pour la monter et la descente était encore plus rapide sur l’autre versant. Les chevaux glissaient… » Aussi comprend-on la fierté d’Hastie quand il dit : « La valeur d’un cheval a triplé quand il a atteint les hauteurs. Si je rencontre encore des chemins semblables, je n’arriverai jamais à faire parvenir mes chevaux au sommet. »

Ces difficultés rencontrées par Hastie amènent à penser qu’il n’y a pas après lui, tout au moins jusqu’à la fin de la saison des pluies de l’année 1818, de tentative par des traitants d’amener à leur compte des chevaux de Toamasina à Antananarivo.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com

Commenter cet article