Notes du passé: Un complexe de l’esprit de corps des chefs

Publié le par Alain GYRE

Un complexe de l’esprit de corps des chefs

08.03.2017 Notes du passé

 

Les leçons données par le président Philibert Tsiranana dans son discours-programme du 10 octobre 1967, traduit certains comportements des fonctionnaires de l’époque et que l’on retrouve de nos jours. Ainsi du sens du service public qu’il définit comme « le sens des responsabilités tout en les assumant dans leur intégralité. C’est aussi travailler pour l’État sans lui mesurer son temps: les vacances, les congés, les repos ne sont pas pour les chefs ».

Le président de la (Ire) République définit les chefs comme étant les ministres, les chefs de province, les préfets, les directeurs généraux, les directeurs… Il distingue d’eux les parlementaires qui sont les représentants du peuple.

Il précise à l’intention des chefs leur mission. D’abord, tout savoir sur le service, tout voir, tout contrôler. Ensuite, interroger pour connaître et vérifier, commander et exiger la parfaite exécution, savoir sanctionner les fautes sans méchanceté mais sans trop de faiblesse, savoir récompenser les efforts et les initiatives et savoir reconnaître un échec, l’analyser et y remédier.

« C’est encore endosser la responsabilité de toutes les erreurs commises dans son service, et non pas les rejeter sur des subordonnés qui ne sont là que pour exécuter, ou sur des conseillers qui ne sont là que pour conseiller. »

Philibert Tsiranana met alors en exergue une « faiblesse » des chefs. Ils n’arrivent pas à commander leurs subordonnés directs de même corps qu’eux, sanctionnant les petits fonctionnaires et non ces derniers. « On n’a jamais vu un chef de province blâmer un préfet

ou un sous-préfet parce que tous sont administrateurs. » Cela est valable pour les ingénieurs, les médecins… « Si cela devait continuer, vous inciteriez le gouvernement à mettre à la tête de votre service un fonctionnaire d’un autre corps. »

C’est d’autant plus inadmissible pour lui que sous la colonisation, les chefs ont agi autrement: des gouverneurs et sous-gouverneurs malgaches- « ou portant de ces titres ronflants de l’époque »- inspectaient les secrétaires officiels qui étaient chefs de canton et les punissaient. Depuis l’indépendance, souligne-t-il, seuls les inspecteurs d’État découvrent les irrégularités financières et anomalies. « On m’a même appris qu’il y a des chefs qui n’osent pas muter et qui demandent au ministre de le faire, mais en précisant qu’il ne faut pas mentionner que c’est sur leur demande! »

Et de lancer un avertissement: « Vous êtes fonctionnaires d’un pays indépendant, vous devez agir en chefs ou abandonner votre poste: on vous trouvera un emploi dans un bureau ! » La menace s’ensuit: « Ou alors, nous mettrons des ingénieurs pour commander les administrateurs, et des administrateurs pour commander les ingénieurs! » Philibert Tsiranana engage alors les chefs à se libérer de ce « complexe de corps » et à agir comme dans l’Armée où « le capitaine sanctionne le lieutenant ».

Cependant, les chefs ne sont pas les seuls à devoir montrer le sens du service public. Même les exécutants doivent l’avoir en accomplissant ce qu’ils ont à faire, signalant les impossibilités ou les insuffisances de moyens, les échecs et leurs causes, les succès et leurs raisons. « Mais induire le supérieur en erreur par mensonge ou par omission, c’est le trahir et trahir l’État. »

Selon lui, c’est  un problème dont la solution réside dans le changement de comportement. « Ainsi chacun de nous pourra se dire, chaque soir après le travail: J’ai fait aujourd’ hui tout ce que j’ai pu pour mon pays. »

En abordant le sujet des chefs, Philibert Tsiranana réfute l’assertion de l’opposition qui prétend que le gouvernement « ne veut pas employer les étudiants qui rentrent » à Madagascar après des études à l’étranger. Il argumente par le fait que la plupart des hautes fonctions de l’État ne sont tenues que par des jeunes ayant accompli leurs études à l’étranger.

« Mais il y a des exceptions à cette règle. Il s’agit des jeunes ambitieux, égoïstes et orgueilleux qui veulent, dès leur arrivée, être directeurs généraux, en déboulonnant celui qui est en place comme s’il était déméritant. Et ils clament partout qu’on ne veut pas d’eux; or, on veut bien d’eux, mais ils demandent des places qu’on ne peut pas leur donner. »

Le chef de l’État termine cette partie de son intervention en parlant d’une loi votée par le Parlement. Cette loi « accélère les procédures d’engagement de poursuites pénales contre les agents de l’État». Il a été, en effet, constaté des lenteurs dans la poursuite des agents « qui déshonorent l’Administration », imputées aux textes, législatifs ou règlementaires.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnels

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