Notes du passé: Une répression violente pour une insurrection légitime

Publié le par Alain GYRE

Une répression violente pour une insurrection légitime

22.03.2017 Notes du passé

 

29 mars 1947-29 mars 2017 : il y a soixante-dix ans, explose dans plusieurs points de la Grande ile, la grande insurrection populaire, qualifiée de « rébellion » par le gouvernement de la Colonie, incarné par Marcel de Coppet puis Pierre de Chevigné. Gouvernement qui la réprime avec la plus grande violence, les rescapés se cachant pendant plusieurs semaines sinon des mois dans les forêts de l’Est. Ce même gouvernement accuse les leaders du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) d’en être les initiateurs sinon les fomenteurs. Vrai ou faux   En tout cas, le parti est dissous le 10 mai suivant.

En fait, le soulèvement couve depuis longtemps, dès mars 1896, quelques mois après la conquête française, avec les Menalamba. Puis en 1915, avec le Mouvement Vy-Vato-Sakelika où s’implique déjà le Dr Joseph Raseta. Ensuite avec la manifestation du 19 mai 1929, initié par Jean Ralaimongo, le Dr Joseph Ravoahangy Andrianavalona et le Réunionnais Paul Dussac. Partout dans l’ile, des insurrections éclatent sous différentes appellations.

À partir de 1930 et sous le premier gouvernement autoritaire d’Yves Léon Cayla (1930-1939), les Malgaches commencent à avancer des revendications politiques et sociales bien précises. Elles portent notamment sur l’accroissement du nombre des naturalisations françaises, sur l’application intégrale des lois françaises à Madagascar et sur la transformation de la Colonie en Département français. Des campagnes violentes dans ce sens sont menées, entre autres dans le journal L’Opinion où les abus de l’Administration sont dénoncées.

Il ne faut pas non plus occulter l’impact de la seconde guerre mondiale car une partie des « indigènes » malgaches embrigadés et envoyés sur le front pour libérer la Mère-Patrie, jouent un rôle important voire décisif dans le mouvement insurrectionnel de 1947.

En 1945 d’ailleurs, lorsque la nouvelle ère d’après-guerre permet à Madagascar de se choisir des députés autochtones pour siéger à l’Assemblée nationale constituante, plusieurs personnalités se présentent.

Le Dr Joseph Ravoahangy Andrianavalona se pose en candidat nationaliste avec comme programme « l’Indépendance intégrale de Madagascar ». Ce programme est partagé par son confrère, le Dr Joseph Raseta. Tous deux sont élus, ce qui n’est pas le cas du pasteur Ravelojaona qui propose « l’Indépendance progressive de Madagascar ».

En 1946, il se crée à Paris un Comité franco-malgache qui fonde un parti politique, le MDRM, dont les deux députés sont l’âme. Le but est d’obtenir pour la Grande ile le statut d’État libre dans l’Union française, projet déjà proposé par le pasteur Ravelojaona.

Le MDRM s’implante rapidement à Madagascar. En même temps, rendus très sensibles à l’évolution qui se poursuit dans le monde, après la seconde guerre mondiale- évolution tracée par la Charte de l’Atlantique et les engagements de San Francisco-, les Malgaches aspirent à plus de liberté et revendiquent une participation au pouvoir.

Une « effervescence des esprits » se produit alors et la flamme du nationalisme s’allume dans la Grande ile entretenue par le MDRM.

« Il n’est pas difficile, dans l’effervescence des esprits- tant des partisans fanatiques du nationalisme que de leurs adversaires irréductibles, pêcheurs en eaux troubles- de créer une atmosphère favorable à l’éclosion des évènements de 1947 » (Régis Rajemisa-Raolison). Certains historiens affirment que c’est le gouvernement de la Colonie lui-même qui a provoqué l’explosion, espérant ainsi discréditer aux yeux des Malgaches, le MDRM comme étant fomentateur du « Tabataba » sanglant.

Car la répression est à la mesure de l’ampleur de l’insurrection. Au point de faire dire à certains censeurs de Pierre de Chevigné, auxquels font écho quelques journaux métropolitains : « Une œuvre de pacification n’est pas nécessairement œuvre de répression, encore moins de représailles. »

Et c’est en mémoire de la centaine de milliers de nationalistes tués, pour la plupart de simples gens, qu’est commémorée chaque année, depuis la seconde République, la Journée du 29 mars. En particulier pour rendre hommage aux victimes des tristement célèbres wagons de Moramanga.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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