Notes du passé: Voyage de Kerguelen dans les mers australes et à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Voyage de Kerguelen dans les mers australes et à Madagascar

25.03.2017 Notes du passé

 

L’idée d’un vaste continent austral née dans la fertile imagination d’un cartographe de l’Antiquité, est encore ancrée dans les esprits des XVIIe et XVIIIe siècles. Pourtant, « à partir du XVIe siècle, les nombreux et remarquables voyages de circumnavigation humaine sont entrepris ».

Il faut dire que les connaissances sur les terres australes augmentent peu à peu. En 1770, par exemple, l’Anglais Cook réussit à montrer que la Nouvelle-Zélande est une ile et non une partie du continent mythique.

Cette découverte fait rebondir les débats et incite le gouvernement français à envoyer à son tour, une expédition dans ces régions. «Expéditions dont le commandement fut confié en mars 1771, à un gentilhomme breton, le chevalier Yves Joseph de Kerguelen-Trémarec alors lieutenant de vaisseau » (Jean Valette, archiviste-paléographe).

Monté sur « Le Berrier », il quitte Lorient le 1er mars 1774, nanti d’instructions qui disent notamment : « Le sieur Kerguelen est instruit qu’il y a toute apparence qu’il existe un très grand continent dans le sud des isles de Saint-Paul et Amsterdam et qui doit occuper une partie du globe depuis le 45° de latitude Sud jusqu’aux environs du pôle, dans un espace immense où l’on n’a point encore pénétré. Il parait assez constant cependant, que le sieur de Gonneville y aborda vers l’an 1504 et y séjourna près de six mois, pendant lesquels il fut fort bien traité par les gens du pays. »

Kerguelen arrive à l’ile de France (Maurice) le 20 août, y fait ses derniers préparatifs et, le 3 décembre, part pour l’inconnu. C’est le 12 février 1772 qu’il découvre l’archipel qu’il appelle de son nom, mais nul ne peut y aborder en raison d’une tempête violente qui l’oblige à rebrousser chemin pour réparer ses avaries. La saison étant trop avancée, il revient en France et arrive à Brest, le 16 juillet.

Nommé capitaine de vaisseau, reçu par le roi à Versailles, Kerguelen se voit confier un nouveau commandant pour aller vérifier et étendre ses découvertes. Il reprend la mer, le 26 mars 1773, fait escale à l’ile de France et à Bourbon, et n’appareille pour le Sud que le 29 septembre.

« Le voyage fut long et pénible, les vents contraires génèrent la navigation, mais Kerguelen réussit le 6 janvier 1774, à prendre possession de l’archipel au nom du roi de France. Il continua son voyage, mais fin janvier, l’état de son équipage, exténué par les fatigues et un froid auquel il n’était pas habitué, l’obligea à rebrousser chemin. »

Kerguelen se dirige alors vers Madagascar où il pense, mieux qu’à l’ile de France, trouver les produits naturels pour rétablir la mauvaise santé de ses marins. Il y séjourne du 21 février au 21 mars 1774. À son retour en France, Kerguelen publie le récit de ses voyages et, en particulier, celui de son escale à Madagascar (« Relation de deux voyages dans les mers australes et des Indes faits en 1771, 1772, 1773 et 1774 »).

Il explique alors : « Je préférai ce relâche à celui de l’ile de France, pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il fallait plus de temps pour aller à l’ile de France. La seconde, c’est que j’aurais surchargé cette colonie par mes malades. La troisième, c’est que je n’aurais pas trouvé de la viande fraiche et des rafraichissements. La quatrième, c’est que la saison des ouragans y régnait encore. La cinquième, c’est que je savais que M. de Benyowski avait commencé un établissement à Madagascar et que je rendrais un  grand service au roi en remettant à ce commandant tous les effets que j’avais à mon bord, propres à un établissement ; et qu’enfin, on trouve à Madagascar du riz, des citrons, des fruits et des bœufs en abondance, en un mot tout ce qui est nécessaire pour rétablir un équipage scorbutique. »

Selon Jean Valette en 1961, ce livre,  très rare car l’édition en est en partie détruite par ordre du roi, est « fort peu connu ». C’est pourquoi le service des Archives de la République malgache, dont il est le chef, décide de rééditer les passages qui concernent la Grande ile. Cette lettre aborde « l’utilité de former un établissement à Madagascar ».

 

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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