Coup de « posy » à Antsirabe

Publié le par Alain GYRE

Coup de « posy » à Antsirabe

6 avril 2017

 

Les pousse-pousse ou « posy » sont le moyen de transport le plus répandu à Antsirabe. Considéré comme un métier ingrat, être tireur de pousse-pousse est pourtant le seul moyen pour certains habitants de survivre et d’assurer les besoins de la famille.

 

Coup de « posy » à Antsirabe

Debout depuis 6 heures du matin, Maurice Rakotonirainy, 62 ans, habillé de son chapeau, son malabary et de ses sandales de fortune, se prépare pour une journée marathon. Après avoir mangé deux mofo gasy et avalé un café, il attend ses premiers clients en plein centre-ville d’Antsirabe, non loin de la gare. Maurice est tireur de posy depuis près de 40 ans, il travaille tous les jours quand sa santé ne le lui permet pas. « A mon âge, il est difficile d’assurer des courses tout au long de la journée. Je me dois une pause de trente minutes quand je suis fatigué. C’est aussi une occasion de discuter un peu avec les autres. »

Antsirabe est connu comme la capitale du pousse-pousse, le moyen de transport le plus prisé depuis l’arrivée des Chinois à Madagascar au début du XXe siècle pour la construction de la ligne de chemin de fer. La ville d’Eau compte ainsi 4 000 pousse-pousse et 2 000 cyclo-pousses.

La plupart des tireurs de pousse-pousse sont locataires et doivent verser 2 500 Ar par jour chez un entrepreneur qui possède un parc. Dans un sens Maurice est un chanceux, car il est propriétaire, mais la journée n’est pas toujours rentable à cause de la concurrence. Le prix de la course dépend des clients et des kilomètres à faire. Quand ila des clients, il peut gagner jusqu’à 40 000 Ar net par semaine, l’équivalent de six à sept courses durant les beaux jours, c’est-à-dire pendant les fêtes de Pâques et les grandes vacances. Mais la plupart du temps, il peine à gagner 10 000 Ar. Quand ce ne sont pas des clients qu’il transporte, ce sont des marchandises, maximum autorisé 100 kg.

Être tireur de pousse-pousse est un métier parfois dénigré mais qui contribue au développement économique de la ville et surtout à son charme. L’année dernière, une foire a été organisée pour inciter ses petits opérateurs économiques à intégrer le secteur formel. Les tireurs eux ne sont pas dans l’informel puisqu’ils sont dotés d’un permis de tirer, d’une immatriculation et d’une carte grise. Sécurité oblige ! Les visites médicales sont aussi obligatoires, tous les trois mois pour les plus de 50 ans, cinq mois pour les tireurs de 45 ans et tous les ans pour les plus jeunes. « Pour être honnête », souligne Maurice, « je n’ai pas passé de visite médicale depuis longtemps. Quand je sens que mes pieds ne me portent plus,j’arrête quelque temps. J’ai l’habitude d’aller chez un masseur. Mais je reprends très vite le travail car ça permet d’entretenir mon corps et surtout de gagner de l’argent même si c’est un métier très dur. »

Vers midi trente, Maurice s’octroie une pause-déjeuner dans une des gargotes du coin. Le ventre plein, il retourne sur son trottoir pour attendre le client sous le soleil. Aujourd’hui, la matinée n’a pas été fructueuse. Maurice n’a empoché que 2 000 Ar. Il faudra attendre la soirée pour espérer récupérer des touristes à la sortie des hôtels ou des restaurants. Ils donnent plus que le prix de la course habituelle qui s’élève à 600 ou 1 000 Ar. Beaucoup de tireurs n’ont pas de maisons. Ce sont des paysans qui sont montés en ville pendant la période de soudure, lorsqu’il n’y a plus de travail aux champs. Malgré l’insécurité, Maurice dort dans son pousse-pousse, qu’il pleuve ou qu’il fasse froid. Et c’est le lot de beaucoup d’entre eux. « Je ne peux pas me louer un petit appartement en ville, je n’en ai pas les moyens. Il faut débourser entre 10 000 Ar et 50 000 Ar par mois. C’est trop cher pour moi. Mon fils est aussi tireur de pousse-pousse mais il loue un petit studio. » La femme et les autres enfants de Maurice habitent à la campagne. Il ne les retrouve qu’une fois par semaine ou par mois.

Parmi les jeunes tireurs de pousse-pousse, Jean-Bernard, 32 ans. Dans le métier depuis trois ans, il loue son pousse-pousse et aussi un petit studio qu’il partage avec dix autres tireurs. Il travaille de 6 heures du matin à 19 heures et ramène son posy chez son propriétaire. A la fin de la semaine, il envoie un peu d’argent à ses parents qui habitent à la campagne située à quatre heures de la ville. « Quand je ne peux pas assurer les 2 500 Ar de location de mon engin, je m’arrange avec le propriétaire. Sinon, pour le loyer du petit studio, je paye 20 000 Ar par mois que je partage avec mes colocataires. J’ai la chance de pouvoir me faire à manger le soir et dormir au chaud. » Maurice et Jean-Bernard vivent au jour le jour. Le métier aide à survivre mais les mois sont difficiles. « Je sais que dans quelques temps, je ne pourrais plus travailler. Je rentrerai chez moi et j’attendrai mon heure », lance Maurice. Il ya des jours comme ça où tu en as plein le dos.

 

Texte : #AinaZoRaberanto

Photos : #HenitsoaRafalia

 

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Publié dans Métier, Pousse-pousse

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