Notes du passé: Des accords qui se nouent et se dénouent

Publié le par Alain GYRE

Des accords qui se nouent et se dénouent

07.04.2017 Notes du passé

 

Durant les sept premières années de son règne, deux souverains se partagent avec Andrianampoinimerina- qui trône à Ambohimanga- l’Imerina. Il s’agit d’Andrianamboatsimarofy à Antananarivo (territoire d’Imerinatsimo) et Ramanan­drianjaka à Ambohidratrimo.

D’après la tradition orale, un jour les trois souverains décident de passer un pacte de non-agression et de bon voisinage. Ils se retrouvent à Ambatobe et l’accord est scellé par le sacrifice d’un bœuf doublé d’un coup de fusil. Outre le respect mutuel de la souveraineté, chaque roi s’engage à apporter son aide à celui dont le royaume sera assiégé par un ennemi.

Plus tard, poursuit la tradition orale, Andrianampoinimerina épouse sa cousine, la princesse Rambolamasoandro, devenue reine d’Ambohidratrimo. Elle lui donnera son

héritier sur le trône, Laidama. Ce mariage est, comme les autres, contracté par le monarque pour sceller l’union politique de ses sujets, les Tsimahafotsy, et ceux de ses épouses, ici les Marovatana.

En revanche, face à son voisin du Sud, le roi d’Ambohimanga fait d’ores et déjà d’Ambohitrarahaba un avant-poste militaire qui a l’œil sur le territoire d’Andrianamboatsimarofy. Ambohitrarahaba- la « colline  des félicitations »- tire d’ailleurs son nom de l’exploit accompli par les hommes qu’Andrianampoinimerina y poste. Quand la bataille entre les deux  royaumes est engagée, raconte la tradition orale, ils ont si bien combattu contre ceux du roi d’Antananarivo qu’ils les repoussent bien loin à l’intérieur d’Imerinatsimo.

Après cette bataille, les deux souverains décident une nouvelle fois de se rencontrer, mais cette fois-ci à Nanisana. L’objectif est de se réconcilier et de renforcer leur collaboration. Mais comme chacun se défie de l’autre, Andrianamboatsimarofy installe ses hommes à Ankadindramamy et Andrianampoini­merina place les siens à Analamahitsy, à distance plus ou moins égale de leur lieu de rendez-vous.

Le nouvel accord se concrétise par une double union : Andrianampoinimerina épousera Ravaonimerina,, fille du roi d’Imeri­natsimo, et ce dernier héritera de Ralesoka, sœur du roi d’Ambohimanga. L’accord précise que « si Ramatoa Ralesoka ne devient pas l’épouse d’Andrianamboatsimarofy, Ambohimanga redeviendra le terrain des semis rizicoles d’Antananarivo. Et si Dame Ravaonimerina ne devient pas l’épouse d’Andrianampoinimerina, Antananarivo redeviendra la pépinière d’Ambohi­manga. »

Une autre fois, poursuit la tradition orale, Andrianampoinimerina invite son illustre

voisin à un festin qu’il organise à Nanisana. Et tandis que ses « Tsindranolahy » (catégorie de Hova au service du souverain ou des princes) abattent le zébu et le préparent, il part à Andranobevava « pour s’amuser ». Entretemps le roi d’Antananarivo arrive à Nanisana et, las de l’attendre, demande  à goûter à la viande. On lui présente un « havitra » (fer pointu servant à attiser le feu ou à faire rôtir la viande) et pique un morceau mais n’y arrive pas. Il le retourne et utilise la partie recourbée et là, il prend un morceau. Et de réfléchir avant de conclure : « Le droit n’obtient rien, le fautif obtient tout. » Et il s’en va, sans attendre son hôte.

Quand celui-ci revient de sa promenade, un peu embarrassé d’avoir fait faux bond

à son invité, semble-t-il, ses hommes lui racontent tout. Et là, dit-on, dans sa joie, il se met à danser en criant : « À moi le royaume, Dieu l’a béni pour moi, car à Andrianamboatsimarofy le droit qui n’obtient rien, le fautif obtenant tout. » Et c’est la rupture sans espoir de réconciliation, affirme-t-on.

Cependant, la guerre entre les deux royaumes ne se déclare pas immédiatement, même si Andrianampoinimerina s’y prépare à sa manière. Il contacte, dit-on, sept cousins, les Sages des Tantsaha, Andrianarabo, Andriantsoanandriana, Andriankotonavalona, Andriantsimandeharery, Andriamahery, Andriamparany et Andriandambovolony. Ceux-ci refusent de le rencontrer, bien qu’ils soient ses parents, car « nous ne sommes pas à toi, nous sommes encore les gens d’Andrianamboatsimarofy ».

Néanmoins, le roi d’Ambohimanga ne se contente pas d’un simple refus. Il leur envoie autant de messagers qu’il faut jusqu’à ce qu’ils acceptent de venir à Ambohimanga où, malgré l’heure tardive, ils sont immédiatement reçus par le roi. Toujours selon la tradition orale, à la demande de ce dernier, les Sept Sages lui auraient promis de le rejoindre dès qu’il s’attaquera à Antananarivo. En récompense, Andrianampoinimerina leur offre une forte somme d’argent pour « acheter» certains « Loholona »  et des soldats « Tantsaha », ainsi que de nombreux cadeaux de valeur.

Quand il attaque la colline des Mille, les sept sages et leurs alliés s’abstiennent de participer au combat. Cependant, la ville ne se rend pas aussi facilement qu’ils le pensent. Après cette victoire, le roi de l’Imerina réuni les envoie à la conquête d’autres pays, en particulier le Betsileo.

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