Notes du passé: Des assistants techniques aux simples ouvriers français

Publié le par Alain GYRE

Des assistants techniques aux simples ouvriers français

03.04.2017 Notes du passé

 

Face à la masse des Malgaches ne disposant que d’un pouvoir d’achat modeste, parfois très faible, il existe une minorité possédant dans l’ensemble un niveau de vie supérieur. Elle regroupe quelque 17 000 étrangers vers la fin des années 60, résidant à Antananarivo. « Pourtant, il serait faux de croire que tous ses membres vivent dans l’aisance : des riches et des pauvres existent parmi eux, bien que la moyenne des revenus soit tout de même plus élevée que la moyenne malgache » (Gerald Donque).

Ces étrangers se catégorisent en cinq nationalités, en fonction de ce qui les caractérise. Il s’agit des Français, des Comoriens, des Karana (que Gerald Donque définit comme des Indiens, Pakista­nais ou encore des apatrides d’origine indienne), des Chinois et d’autres Européens.

Les Français constituent la minorité étrangère la plus nombreuse, mais aussi la plus diversifiée. Arrivés surtout durant la colonisation, ils voient leur nombre croître jusqu’à l’Indépen­dance, époque où ils sont alors au nombre de 27 128. Beaucoup, établis à demeure dans l’ile, y font souche. Puis leur nombre commence à baisser, ce qui les ramène à 11 500 environ en 1968.

En fait, l’effectif des Français gonfle à partir de 1950 par l’octroi de la nationalité française à des Malgaches. Dix ans plus tard, ceux-ci optent généralement pour le retour à leur citoyenneté

d’origine (51 000 en 1958, 21 000 l’année suivante). Ce déclin est appelé à se poursuivre avec la progressive malgachisation des cadres, aussi bien dans l’Adminis­tration que dans le secteur privé, et avec la diminution des effectifs militaires.

L’origine des Français les différencie. Un bon tiers vient de La Réunion, plus rarement de Maurice ou de Madagascar. Le reste est issu de France (région parisienne, département de l’Ouest-Bretagne, secondairement des régions méditerranéennes), quelquefois d’Indo­chine ou d’Afrique du Nord. « Ces deux dernières catégories résultent de l’exode des Français d’Indochine, une dizaine d’années plus tôt. Ou du refoulement des Français de souche algérienne en 1966. »

Ainsi, en 1962, 770 personnes nées en France sont installées dans l’ile depuis trente ans et 382 depuis au moins quarante ans. Avec leurs compatriotes nés à Madagascar, ils constituent un groupe de 8 000 membres, solidement implantés et ne songeant plus à rentrer dans l’Hexagone.

« La malgachisation des cadres du secteur public et plus lentement du secteur privé, les nouvelles mesures françaises limitant désormais à six ans le séjour dans un même pays des assistants techniques et ayant muté ceux qui avaient plus de quatorze ans de service à Madagascar en 1967, atténuent de plus en plus le caractère d’ancienneté de l’implantation des Français à Tananarive. »

Les Français de la capitale se différencient aussi entre eux par leur niveau de vie. Beaucoup sont « des espèces de petits Blancs citadins» que le faible degré d’instruction et l’absence de qualification professionnelle tiennent à l’écart des postes à salaire élevé. « Le nombre d’illettrés représente 1,3% de la population française, tandis que 12,3% du reste n’a pas atteint le niveau de l’enseignement primaire. » Français de souche ou Réu­nionnais, ils sont contraints d’accepter des emplois très subalternes, de plus en plus réduits avec la malgachisation des postes.

Ainsi en 1968, outre le personnel diplomatique et consulaire et les quelques familles de militaires, les Français d’Antanana­rivo se divisent en trois grandes catégories socioéconomiques.

D’abord, les assistants et conseillers techniques et assimilés qui travaillent dans les administrations malgaches, surtout dans l’enseignement. Ils jouissent de traitements assez élevés, leur permettant de mener une vie plus confortable qu’en France. Certains, arrivés depuis de nombreuses années, préfèrent prendre leur retraite à Madagascar. D’autres s’y installent, se marient parfois avec des Malgaches et

« redoutent un départ imposé sous d’autres cieux ».

Viennent ensuite les industriels, grands commerçants et cadres supérieurs des firmes privées, originaires soit de France, soit de Madagascar, soit des Mascareignes. Ils ont aussi un niveau de vie élevé.

« Ces deux catégories jouent un rôle considérable dans l’administration et l’économie malgaches, un rôle d’ailleurs hors de proportion avec leur importance numérique, héritage de la colonisation et du sous-développement qui ne semble pas devoir cesser bientôt. »

Enfin, il y a les petits salariés de commerce et de l’industrie, cadres subalternes, ouvriers et employés des firmes tananariviennes. Presque tous d’origine réunionnaise ou nés à Mada­gascar, ne connaissant presque pas la France, « ils sont inquiets à la pensée de devoir un jour y être rapatriés ». Leur train de vie est modeste, parfois difficile.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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