Notes du passé: Embrouillamini autour d’un complot

Publié le par Alain GYRE

Embrouillamini autour d’un complot

05.04.2017 Notes du passé

 

Plusieurs personnalités détentrices de hautes fonctions dans le gouvernement de la royauté, passent en jugement en 1868. Elles auraient été les instigateurs, tout au moins des complices, dans le complot ourdi contre Rasoherina et surtout Rainilaiarivony. De toutes les origines sociales, la vingtaine de personnes incriminées sont pour la plupart des officiers généraux, précise le RP Callet qui cite plusieurs noms. Entre autres, de la caste noble Andriamasinavalona: Andriantsito­haina, Ratsimihara, Rasata et Ravahatra; de la caste hova Tsimahafotsy: Rainimanonja; des hova Tsimiamboholahy: l’ex-Premier ministre Raharo, Ratiaraikely, Rabeaharana, Raini­valitera et Radomparany; de l’Imerinatsimo: Ralaitrimo, Ramahova, Ramanonja et Razeva. Sans oublier Rainimanito, Ramahaiza, Ranatrika, Ingahileda et Zafimanonja…

Après l’instruction de leur affaire, les « Olom-baventy » les déclarent tous coupables et Rainilaiarivony les exile à Andoharano­fotsy, si minime soit la part que certains y ont pris, tandis qu’il relègue son frère Raharo (Rainivoninahitriniony) à Ambohimandroso. D’autres accusés sont mis d’office à la retraite. Quant à l’autre ex-Premier ministre Raini­johary, il bénéficie du pardon royal.

On sait qu’il y a eu complot, comme l’attestent de nombreux historiens. Mais s’ils sont unanimes pour dire que Raharo et Rasata sont reconnus comme les auteurs du coup d’État, leurs avis sont partagés en ce qui concerne les noms de leurs complices. Du reste, les déclarations des suspects eux-mêmes au cours de leur audition sont quelque peu contradictoires; contradictions mises surtout en évidence lors des confrontations.

Tout commence, lorsque Rasoherina se déplace à Andevoranto, période pendant laquelle elle confie les affaires courantes à Andriantsitohaina, Rainimanonja, Rainiketaka et Rainisoa. À son retour alors que souffrante elle se repose à la résidence de Rainilaiarivony à Amboditsiry, les rumeurs d’un coup d’État se propagent. Elle ordonne alors aux quatre Grands du royaume « de mettre les fers aux fauteurs de trouble ».

Une première version de l’affaire affirme que la décision d’Andriantsitohaina et de Rainimanonja d’arrêter Rainilaza, Rainisoa et Rainimboay, n’est que l’exécution de cet ordre royal. En outre, la même version souligne que les deux réunions qui se déroulent successivement chez Rainizakamahefa et chez Andrian­tsitohaina ne sont que de simples séances de travail pour mettre au point la meilleure tactique qui permettra de s’emparer, sans trop de vague, des véritables comploteurs. De même, elle avance que s’ils envoient une troupe armée envahir le Rova d’Antananarivo- ce qui est formellement interdit- c’est parce qu’il leur est difficile de distinguer, parmi la garde royale, les partisans des insurgés des fidèles de la reine. Et s’ils sont absents à Antsahatsiroa où ils devaient rejoindre les émissaires royaux, puis à Amboditsiry pour répondre à une convocation de la reine, c’est parce que tous deux reçoivent un contrordre du Premier ministre qui les enjoint de rester au Rova pour le défendre.

Enfin, si certains de leurs hommes se sont cachés, c’est par peur d’être arrêtés pour avoir, sur l’ordre de leurs supérieurs, « attaché Rainisoa, Rainilaza, Rainimboay et Rainizaona ». D’ailleurs, cet « ordre donné par leurs chefs hiérarchiques » est à chaque fois invoqué par la majorité des accusés qui nient toute participation à une quelconque révolution de palais.

D’autres historiens présentent une toute autre version du déroulement de l’évènement, se basant sur le retard d’Andriantsitohaina et de Rainimanonja à donner au Premier ministre les renseignements demandés. D’après cette version, au cours des deux réunions citées plus haut, tous les participants se plient à une cérémonie rituelle de prestation de serment, jurant d’aller jusqu’au bout du coup d’État.

De plus, malgré un ordre royal antérieur, ils sont tous armés quand ils envahissent le Rova pour attaquer la garde restée loyale à la reine. De même c’est volontairement qu’ils refusent d’aller à Ambohitsiroa et à Ambodi­tsiry. Cette version repose surtout sur le fait qu’Andriantsitohaina et Rainimanonja qui auraient donné tous les ordres aux insurgés, sont d’anciens compagnons d’armes de Raharo quand il était commandant en chef des armées.

Comme quoi, un même fait peut prêter à deux interprétations diamétralement opposées.

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