Notes du passé: Hippolyte Laroche entre protestants et catholiques

Publié le par Alain GYRE

Hippolyte Laroche entre protestants et catholiques

26.04.2017 Notes du passé

 

Entre le protectorat de 1895 et la colonisation de 1896, les colons français réduits à l’inaction à cause des Menalamba, vivent dans l’exaspération. Saisis d’espionite, ils notent, commentent, amplifient « le moindre de jeu de chandelles venant de la résidence royale ».

Hippolyte Laroche, résident général, responsable de la sécurité, ne peut guère compter sur eux, encore moins sur les militaires qui font preuve de la plus grande incompréhension. Quoique protestant, il compte sur l’aide des missionnaires catholiques, puisque dans l’esprit des Malgaches de l’époque, catholique signifie français et protestant anglais. Il adresse au supérieur de la Trappe de Staoueli en Algérie, une lettre l’invitant à envoyer à Madagascar quelques ecclésiastiques à qui il promet protection et soutien. L’objectif étant « la conquête morale et pacifique d’un pays, dont nous ne sommes encore que les conquérants militaires ».

Cependant, le système du protectorat lui aliènera la sympathie des Jésuites qui évangélisent l’ile, tout particulièrement les provinces centrales. Par respect pour « la personnalité indigène », et par méfiance à l’égard d’une « métropole anticléricale», ils souhaitent le protectorat.

En revanche, la reine est protestante, comme l’est le gouvernement royal, avec lesquels le résident général veut et doit travailler. Et par son attitude, « il ne confirme pas l’antique division de deux religions qui sont les drapeaux de deux nations. »

Les protestants, pillés et persécutés par les Fahavalo (Menalamba), voient s’effondrer l’œuvre de près d’un siècle et implorent la protection française. De leur côté, les catholiques prétendent qu’ils sont les seules victimes et que les « rebelles » recevant leurs ordres du gouvernement royal, protestant, « ne peuvent détruire les temples que par erreur ». Pourtant, si de novembre 1895 à septembre 1896, 115 chapelles et écoles catholiques sont incendiées ou mises à sac, plus de 600 temples et établissements protestants subissent le même sort.

Bien plus, l’Église ne renonce pas à l’idée que le pouvoir temporel lui doit assistance. Les paroles, prononcées à la Sorbonne par le père Piollet, illustrent pleinement la position catholique. « Était-ce trop exiger que de demander pour elle une liberté complète, mêlée d’un peu de bienveillance   », se demande-t-il.

Il y répond lui-même. « Depuis trente cinq ans, elle luttait pour soutenir et défendre l’influence française. Cette influence venait de triompher définitivement : qui aurait pu se plaindre qu’elle en profitât pour se développer dans la justice, dans la liberté, sous les yeux de l’Administration   »

Puis viennent les reproches. « Si on avait fait cela fermement, sans faiblesse, mais aussi sans violence, la mission catholique se serait rapidement développée et les missions protestantes- je ne pouvais avoir aucun doute à cet égard- auraient rapidement diminué, se seraient affaiblies, auraient disparu d’elles-mêmes dans un espace de temps relativement court. Ainsi, nous aurions eu toute une colonie entièrement catholique. »

Jean Baptiste Piollet explique que cela se serait produit « par le seul fait que les protestants avaient perdu l’appui du gouvernement hova, et par ce seul fait que la grande majorité de nos officiers, de nos employés, de nos colons était catholique ».

En réponse, Hippolyte Laroche écrit au ministre Lebrun. « Ce sont des fanatiques, ils sont capables de tout pour essayer de développer leur prosélytisme et pour faire échec à leurs émules. Ils ont intérêt à confondre la cause de la France avec la leur. Cette confusion, si elle se produit, sera fatale à la cause de la France. La France doit observer la neutralité religieuse. »

Comme les militaires et les colons, les missionnaires jésuites réclament aussi des exemples, c’est-à-dire les têtes des membres du gouvernement royal. « Puisque les rebelles prétendent agir au nom de la Reine, puisque tout le peuple le croyait, il fallait agir contre le pouvoir royal, un pouvoir corrompu et délabré. »

Ne voyant pas la contradiction que comportent ces affirmations, les « vainqueurs » s’indignent de l’attitude de Laroche. « En comblant d’honneur le gouvernement merina, il encourage la révolte. » Rien pourtant ne permet d’affirmer ni même de soupçonner quelque collusion entre la reine et les rebelles. L’officier chargé de l’escorter sur la route de l’exil, rapporte même qu’elle redoute de voir son convoi attaqué par les Menalamba.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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