Notes du passé: L’Imerina sous Rasoherina à travers la loi

Publié le par Alain GYRE

L’Imerina sous Rasoherina à travers la loi

04.04.2017 Notes du passé

 

Mercredi 18 du mois d’Adaoro de l’an 1863, Rasoherina, anciennement princesse Rabodo et veuve de Radama II victime d’un régicide, monte sur le trône d’Antananarivo. Une semaine plus tard, elle fait transmettre à ses sujets réunis à Andohalo, son premier Kabary dans lequel elle tient à préciser « qu’elle, Rasoherimanjaka, ne boit pas d’alcool fort ». Ceci pour couper court à tout bruit éventuel la concernant, puisque l’alcool et le libertinage sont les prétextes soulevés par le parti des conservateurs afin de commettre un régicide et d’assassiner les compagnons de plaisir et non moins proches collaborateurs de Radama II, les Menamaso.

Le mardi 10 du mois d’Adimizàna de la même année, le 15 honneurs Raharolahy et le Grand du royaume Ravahatra, entourés des Officiers du palais et des « Olombaventy », développent les lois de Rasoherimanjaka devant les « Ambanilanitra » (les sujets) rassemblés de nouveau sur la place d’Andohalo.

En fait, il s’agit d’un rappel d’une grande partie de la législation instituée par le grand pacificateur de l’Imerina. En outre, comme toutes les lois dissuasives et répressives elles traduisent le mode de vie de l’époque.

« Aucune mise à mort n’est autorisée sans l’accord des Ambanilanitra.» Elle confirme par ailleurs « que l’épreuve par le tanguin ne se verra plus jamais », méthode de mise à mort déjà abolie par Radama Ier, mais rétablie par Ranavalona Ire pour marquer son attachement aux coutumes ancestrales.

De plus, Rasoherina souligne que la religion chrétienne peut se pratiquer librement, tout en précisant toutefois que « nul n’a le droit d’ériger un édifice cultuel à Ambohimanga ».

Les crimes punis de la peine capitale restent les mêmes et concernent ceux contre l’État et ceux de lèse-majesté: la révolte, le fait de débaucher l’épouse du souverain, le cambriolage dans les palais royaux (manani-drova), le fait de cacher une courte lance ou un poignard afin d’attenter à la vie du roi ou d’un Grand (manao lefom-pohy), l’incitation du peuple à la révolte (mandrendri-bahoaka), le meurtre, la transgression d’un pacte (mangala-belirano) et l’usage illicite des sceaux de l’État (faux et usage de faux).

Les émissaires royaux évoquent également la vie sociale, à partir des divers litiges courants sur lesquels les différentes juridictions (fokonolona, Menakely, Menabe, roi) doivent statuer. Ainsi de la nécessité de l’entraide entre fokonolona dans les travaux de réfection des digues qui ne résistent pas à la poussée des eaux. Ou la sanction qu’encourt toute personne qui abuse de l’ignorance d’un « vahiny » (étranger à la localité) pour l’escroquer.

Rasoherina fait aussi rappeler qu’un esclave, même devenu riche, ne peut adopter un enfant sans l’autorisation de son maître. Et qu’une personne qui libère l’esclave d’un autre, sans l’approbation de celui-ci, risque l’emprisonnement. On parle également du droit des parents de retirer d’entre les mains de leur enfant les biens qu’ils lui ont légués, s’il les dilapide. Toujours à propos d’héritage distribué par les parents de leur vivant, aucune contestation n’est recevable après leur mort. Et si une personne prend à sa charge un enfant de sa parenté dont la famille est pauvre, et si elle ne l’adopte pas, l’enfant ne peut prétendre à aucune part d’héritage.

Le non-paiement d’une dette à la date fixée est aussi interdit. En outre, est passible d’une amende toute personne qui déforme les paroles du souverain, d’un seigneur ou d’un chef de clan…

Autres actes jugés comme un délit: le faux témoignage dû ou non à une pression (peine d’emprisonnement plus une marque indélébile sur le front), l’utilisation d’un « tsitialainga » (lance d’argent que portent les messagers royaux comme signe de leur autorité) pour travestir la vérité, le fait de parier en misant sur les biens des parents, la vente de patrimoine aux étrangers (interdiction de porter un lamba blanc et un chapeau, outre une marque indélébile sur le front)…

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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