Notes du passé: Les « mensonges » de Radama envers les Vazaha

Publié le par Alain GYRE

Les « mensonges » de Radama envers les Vazaha

08.04.2017 Notes du passé

 

Alors que la finition du palais de Soanierana tarde- il ne sera d’ailleurs jamais terminé-, Radama s’attaque à la colline d’Ambohijanahary jusqu’à Fiadanana, pour en faire une vallée où construire de belles maisons et où créer un beau champ. Raser une colline aussi haute, sans matériels techniques est tuant. Le comprenant, un jour Radama remet de l’argent aux hommes qui y travaillent et leur accorde la permission de rentrer chez eux « pour laver vos vêtements et rejoindre vos épouses ». Il leur suggère aussi de demander aux gens ce qu’ils ne supportent pas en leur souverain.

Quand ils reviennent, ils rapportent ce que le peuple pense. « Les Vazaha ont pris notre force… Ils nous obligent à rabaisser des hauteurs et nous devons creuser dans le roc. Si nous n’y arrivons pas, les Vazaha évalueront nos forces. Nous ne pouvons-nous arrêter, mais en aurons-nous la force  … Ce sera bien si nous y arrivons, mais y parviendrons-nous  … Mais qu’a donc fait Laidama de l’argent qu’il a collecté auprès de nous ?  Rémunérer les Vazaha qui ne font rien  …» Certains estiment que les travaux d’Ambohijanahary doivent cesser.

En entendant ces doléances que nul sujet n’osera jamais lui dire en face, Radama décide de suivre cette dernière idée, car « le peuple a raison, il est fatigué ». Mais il ne va pas le faire d’un seul coup pour ne pas éveiller les soupçons des Vazaha. Il rassemble ses sujets et se montre en colère, affirmant que l’arasement de la colline se fera quoiqu’il arrive, puisqu’il a des milliers d’hommes forts. Accusant les uns de vouloir mettre les hommes vigoureux sur les genoux en les faisant trimer, il reproche aux autres d’interdire à leurs chefs et hauts responsables de participer aux travaux… Il termine son kabary en les renvoyant tous chez eux, chaque territoire ayant une semaine pour donner sa part de main-d’œuvre.

Le délai écoulé, le roi réunit à nouveau son peuple et lui annonce qu’il va procéder au recensement de ses hommes en les regroupant par 1 000, 100 et 10 par territoire, « pour mieux organiser le travail afin qu’il se fasse de manière plus rationnelle et plus rapide ». Mais en fait, il s’agit de donner le change aux Vazaha, car les travaux d’arasement de la colline d’Ambohi­janahary ne dureront pas.

Au bout de cinq jours, Radama offre un repas à tous les responsables des travaux pour leur expliquer toutes les décisions qu’il vient de prendre. D’abord, la taxe « ilaiventy sy kirobo » qu’il a collectée par esclave au service de chaque sujet, aurait dû servir à acheter diverses marchandises qu’il a commandées aux Vazaha, mais elles tardent à arriver. Il décide de remettre cette somme aux différents chefs territoriaux qui se chargeront de la conserver jusqu’à l’arrivée des produits commandés.

Ensuite, « vous annoncerez à vos hommes que les travaux d’Ambohijanahary vont cesser ». Mais comme les Vazaha ne doivent pas connaitre cette décision, « l’arrêt se fera progressivement, à raison de 100 hommes par jour et par territoire ».

Quinze jours plus tard, le souverain rassemble une fois de plus son peuple, à Andohamandry, pour lui remettre officiellement l’argent des marchandises commandées, en lui précisant « publiquement » qu’il le reprendra dès que les produits seront sur place. Il lui annonce par la même occasion les activités urgentes à entreprendre telles couper du bois dans la forêt de l’Est pour accélérer la construction du palais de Soanierana.

Quand la foule se disperse, le roi invite à nouveau les différents chefs au Rova pour leur indiquer qu’il ne reprendra pas l’argent rendu et qu’il paiera lui-même les prix des marchandises commandées. « Je ne peux offrir au peuple les zébus qu’il est en droit d’attendre de moi pour les travaux accomplis ». Et ce, pour ne pas mettre la puce à l’oreille des Vazaha puisqu’offrir des zébus signifie que tout est terminé.

À Legros, maître d’œuvre, le roi déclare : « J’ai déjà réparti les travaux à accomplir par mes sujets à Ambohijanahary. Mais auparavant, je les envoie couper du bois pour accélérer la construction du Palais de Soanierana. Car si je ne suis pas sur place, ils feront trainer les travaux à Ambohijanahary. »

Finalement, c’est Legros qui arrête tout. Jugeant qu’il perd son temps, il décide derentrer en France, laissant son adjoint Casimir surveiller la construction d’un Palais qui ne verra jamais le jour.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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