Notes du passé: Traduire le deuil par l’habillement

Publié le par Alain GYRE

Traduire le deuil par l’habillement

06.04.2017 Notes du passé

 

Quand un roi sakalava du Nord-ouest décède, sa famille et ses sujets respectent- jusqu’à maintenant- tous les rites funéraires. « Autrefois, la coutume veut que le corps du défunt soit gardé plusieurs mois. Aujourd’hui, cette période  est réduite à une quinzaine de jours», écrit René-Lucien Cagnat, chef du district d’Ambanja qui relate les funérailles du roi Raschid décédé en 1940.

Les sujets manifestent leur deuil à travers leur habillement et… l’hygiène. Ainsi, toutes les femmes dénouent leur chevelure, gardent les épaules nues et s’habillent avec un « salovana », drapant simplement un lambahoany autour du corps. Les hommes vont nu-tête et sans chaussures. Personne ne doit se laver tant que l’enterrement n’a pas lieu et il n’est pas permis de sacrifier à la coquetterie.

Tous les soirs au coucher du soleil et les matins à son lever, les femmes se réunissent pour chanter autour de l’enceinte mortuaire faite de ravinala ou de falafa. Cette cérémonie est accompagnée par le battement continu de tambours allongés (hazolahy) au son sourd, grave et funèbre.

On procède à la fabrication du cercueil appelé « taboty » en dehors du mardi, jeudi et dimanche considérés comme jours « fady » et pendant lesquels il est interdit de travailler. Un bois spécial est employé à cet usage, le copalier (mandrorofo) qui produit une graine résineuse et parfumée. Si l’arbre ne peut être trouvé aux environs immédiats du village royal (doany), il est cherché dans le fond de la baie d’Ampasindava où des copaliers sont plantés par les Arabes vers le XVe ou le XVIe siècle.

Pendant toute cette période de « veillée » funèbre, les assistants réunis au « doany » consomment avec force libation les offrandes apportées et des bœufs sont tués en grand nombre. Le cercueil étant prêt, le corps du Mpanjaka est enveloppé dans diverses toiles en soie de couleur voyante appelées « dalahany». Au cours de cette opération, les femmes et le « hazolahy » ne cessent de prêter leur concours. Les invocations rituelles sont appelées « kolondoy »; elles sont sacrées et ne sont chantées qu’à l’occasion du décès du roi.

Avant la fermeture du cercueil, a lieu la cérémonie « mosarafa ». On distribue aux membres de la famille royale et aux principaux Sakalava du linge blanc pour les hommes et des lambahoany neufs pour les femmes, le tout ayant été acheté en souvenir du roi défunt. Ne doivent assister à la cérémonie de mise en bière que la famille, les Sakalava de pure race et les Sambarivo. Quand le moment est venu de clouer le cercueil, les chants des femmes et le roulement des tambours redoublent d’intensité pour couvrir les coups de marteau.

Puis un « bœuf parfumé » (omby manitra) est abattu, dont la graisse servira à enduire l’extérieur du catafalque.

Jusqu’en 1919, le village royal se trouvait dans la presqu’île d’Antafy, au bord de la mer, et le cercueil était transporté directement en pirogue jusqu’à Nosy Faly. Par la suite, le « doany » étant à Ankatafa dans la plaine du Sambirano, le cercueil est transporté à un lieu d’accostage (tafia), en l’occurrence le village d’Ambiky dans le fond de la baie de Tsimipaika.

Ce transfert ne doit pas avoir lieu un jour « fady », à une heure quelconque, mais toujours en secret. Le cercueil recouvert du « tavoniomby », drap blanc orné de deux larges bandes pourpres avec broderies dorées, est en tête du cortège qui se forme en cours de route, porté par quatre hommes, deux Sambarivo, devant, aux pieds du défunt, et deux Sakalava de pure race, derrière, à sa tête.

Quatre femmes Marovavy de la Cour royale restent à la hauteur du cercueil agitant chacune un éventail (fihimpa). En arrière, la foule suit dans un ordre parfait, chantant le monotone couplet: « Andraraiko Andriana » (prince mon père, ô! Prince). « Ces deux seuls mots se répètent indéfiniment, tandis que le  hazolahy n’interrompra pas son accompagnement jusqu’à Ambiky. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé, Deuil

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