Notes du passé: Un portrait de l’imprenable Rabezavana

Publié le par Alain GYRE

Un portrait de l’imprenable Rabezavana

22.04.2017 Notes du passé

 

La soumission en 1897 du chef invétéré et reconnu des Fahavalo (ennemis, mot utilisé par les colonisateurs français pour appeler les insurgés) du Nord, le fameux Rabezavana, est saluée avec force congratulations par les nouveaux maîtres de Madagascar.

Un chroniqueur du Bulletin du comité de Madagascar profite de l’occasion pour tracer le portrait (juste ou faux) de ce grand chef sakalava tel qu’il le perçoit. D’après lui, Rabezavana a d’abord été, sous la royauté merina, le chef d’une bande composée de Sakalava et de transfuges hova. Il a sillonné la brousse du Vonizongo à Mandri-tsara. «  Les expéditions annuelles qui désolaient cette région, étaient faites sous ses ordres ou ceux de ses lieutenants. »

L’intelligent Premier ministre Rainilaiarivony, pour l’arrêter dans ses razzias, n’hésite pas et le nomme  gouverneur d’Antsatrana. Dans ces nouvelles fonctions, Rabezavana se montre souple et délié. « Il continua ses anciennes expéditions, mais quand ses soldats montraient un peu trop de sans-gêne et détroussaient les villages situés dans son district, il partait en guerre, limitait le pillage, faisait la part du feu, renvoyait ses reitres avec un butin choisi. » Puis il écrit à Antananarivo: « J’ai chassé les Fahavalo! »

Au moment de la campagne de 1895, Rabezavana s’attaque aux dernières troupes de la colonne volante à Sabotsy, s’en prenant sur la gauche du convoi français sur les hauteurs à partir d’Ankazobe. Au moment de la reddition de la capitale, il prend le large avec ses troupes. Et depuis lors, il « se promène » de l’Est à l’Ouest, « aussi rapide dans ses conceptions que dans ses mouvements, attaquant un jour à Vonizongo, sautant de là aux campements nombreux qu’il avait établis dans la forêt, encourageant la rébellion, écrivant à Tananarive des lettres dont quelques-unes ont été lues au procès Rainandriamam- pandry, infatigable et imprenable ».

De son propre chef, il se donne le grade d’officier général de 15 honneurs. « Il écrivait à la reine en menaçant de la pendre si elle ne soutenait pas la révolte. » Parallè-lement, il s’adresse au prince Ramahatra: « Soyez avec moi et vous serez roi. » Selon le chroniqueur français, le prince Ramahatra aurait remis la lettre aux autorités françaises. En revanche, la reine Ranavalona III garde la sienne « que lui avait sans doute communiquée Rainan-driamampandry, quoique jusqu’à la mort, il n’ait pas voulu l’avouer ».

Pour amener la soumission de Rabezavana après le départ du colonel Combes- connu pour ses procédés brutaux, violents, destructifs et sans distinguer ses cibles dans ses opérations de pacification- il faut un émissaire. Rainianjanoro est choisi. Il s’agit d’un Tsiarondahy, homme de confiance de Rasanjy qui le propose dans cette mission, ancien chercheur d’or dans le Boeny et le Nord. Et surtout, il a eu des relations suivies avec Rabezavana. Tout de suite, il se rend au camp de ce dernier, lui présente les propositions françaises de se soumettre. Après mûres réflexions, Rabezavana aurait accepté à condition que les émissaires soient gardés en otage. Il envoie d’abord son père se soumettre au capitaine Reymond.

Deux jours plus tard, Rabezavana se constitue prisonnier après avoir laissé Rainianjanoro aux mains de ses troupes en échange de sa vie. Enfin, ayant reçu des garanties, il appelle ses soldats à le rejoindre.

« Immédiatement, notre ennemi de la veille s’est mis à l’œuvre et aux côtés de nos troupes, il achève de pacifier la région. »

Ainsi la jonction est faite entre le Haut-Betsiboka et le Haut-Mahajamba, entre Ambatondrazaka et Moramanga, entre Moramanga et Ambohimanga. Pour les Français, la victoire serait complète sans le « dernier rebelle », Rainibetsimisaraka. Il essaie de provoquer chez les Tanala « une rébellion promptement réprimée », mais dont la conséquence est l’assassinat d’un marchand européen qui a voyagé seul d’Ambositra à Mananjary. Mais pour les colonisateurs, c’est déjà la fin pour lui. « Acculé maintenant dans la partie épaisse de la forêt, abandonné de son lieutenant Ramampanjaka qui a fait sa soumission, il sera pris ou se rendra avant peu. La défection de Rabezavana va lui porter un coup terrible: c’est une question de jours. »

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