Notes du passé: Une sécurisation complète difficile à établir

Publié le par Alain GYRE

Une sécurisation complète difficile à établir

24.04.2017 Notes du passé

 

Fin décembre 1898, l’insurrection est disloquée et dispersée dans la partie centrale des royaumes du Nord-ouest. Dans la région littorale, elle manque de cohésion et ainsi se dérobe devant les battues du groupe du capitaine Laverdure.

Dans le Sambirano où celui-ci est absent depuis un mois, on ne signale aucun acte d’hostilité. « Un malaise général régnait dans la population. C’est un état analogue à celui qui existait en Imerina, dès le commencement du rétablissement de l’ordre après l’insurrection. Les moyens qui ont si pleinement réussi là-bas sont tout indiqués pour être appliqués ici » ( Ambala-velona ou l’insurrection anticoloniale dans le Nord-ouest de Madagascar en 1898 de Cassam Aly Ndandahizara).

Le 23 décembre, le commandant du Cercle annexe de la Grande terre finit d’organiser la province d’Anala-lava en six secteurs et il soumet cette mesure au général en chef qui n’y apporte aucune modification. Il n’a plus qu’à réunir ces divisions en secteurs militaires qui sont aussitôt pourvus d’un chef responsable.

« Des patrouilles et des reconnaissances devaient parcourir sans cesse le pays, rassurer et rallier les populations, protéger les villages qui se reconstituaient, éviter de commettre des déprédations et assurer une liaison constante avec les postes voisins. »

Toujours le 23 décembre, un service postal était organisé pour assurer des communications régulières avec tous les centres de secteurs. Et le 30 du même mois, des tribunaux du 1er degré sont organisés dans chaque secteur, des instructions données pour désarmer les populations.

Quelques mois plus tard, le chef de bataillon Lamolle établit un rapport sur la situation dans le Cercle annexe de la Grande terre en mars-juillet 1899.

« La situation militaire du Cercle annexe est satisfaisante. La bande de Dzaokely qui avait son quartier général à Amboromalandy, dans le secteur d’Ambatoaranana, a été dispersé le 16 mars, par une reconnaissance du lieutenant Penfentenyio de Kervereguin. C’était le dernier refuge des restes de la rébellion, 550 bœufs ont été enlevés. Ils seront rendus à leurs propriétaires après enquête. »

Dans le secteur d’Ambatoaranana, 650 fusils et 200 sagaies sont récupérés en peu de temps grâce au zèle du lieutenant de Penfentenyo et du sous-lieutenant Sheer que le roi Tsialana a secondés dans cette opération. Celle-ci se poursuivra jusqu’au désarmement complet de la population. Dans le secteur du Sambirano, le lieutenant Bailly-Masson reçoit des rebelles 30 fusils dont un modèle 74, et 276 sagaies.

Le capitaine Laverdure, commandant du Cercle accomplit une tournée dans le Nord de sa circonscription et constate que « tout était tranquille maintenant ». Il reste le 20 avril à Ankifiny où il ramène le lieutenant de Penfentenyo qui doit remplir les fonctions de chancelier du Cercle.

Le 24 mai, il capture les chefs rebelles Dzaokely, Mataopiso, Angalisy et Soatra. Il reste ainsi à rattraper le chef Karidza en fuite. Au mois de juillet, la création de deux nouveaux postes- l’un à Ambakirano sur le haut du Mananjeba, entre Ambatoaranana et Beramanja, l’autre dans le sud d’Amboromalandy- contribuera à rétablir complètement le calme dans cette partie du Cercle. Quelques « pillards » s’y cachent encore, en effet, comme le prouvent quelques escarmouches autour de Beramanja.

Le service postal et la justice sont établis dans le Cercle annexe et l’organisation administrative est en voie de révision pour être définitive. Mais si l’ordre est rétabli dans le Cercle, la surveillance du territoire reste délicate. « Il a à dominer la puissance occulte des rois du pays, sa population est indépendante, le pays n’ayant jamais eu d’occupation militaire. Les indigènes sont détenteurs d’une grande quantité d’armes qu’ils se procuraient facilement avant la conquête française à Nosy Be et à Diego-Suarez. »

Certes, les gens de la reine Binao ont bien remis 450 fusils de divers modèles et plus de 500 sagaies au capitaine Jourdan, mais ceux du roi Tsiaraso et surtout du roi Tsialana, doivent en détenir un plus grand nombre. « La sécurité complète de ce pays ne sera donc réellement garantie que lorsque le commandant du Cercle annexe aura fait rendre ces armes. Ce ne sera pas facile car les Antankarana tiennent beaucoup à parader. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article