Notes du passé: Vohémar, la capitale des Anjoaty

Publié le par Alain GYRE

Vohémar, la capitale des Anjoaty

14.04.2017 Notes du passé

 

Situé au Nord-est de l’ile, Vohémar sert de plaque tournante aux vagues d’immigration musulmane vers le Sud et le Centre du pays.

La ville prend naissance aux quartiers d’Androronana et d’Antsorolava, au pied du contrefort qui limite la plaine au sud. Le nord de la ville, tout couvert de buissons de « dara » aux fruits comestibles, est alors appelé Andranovaka. Plus tard, l’extension de la ville vers la plaine amène à la découverte de nécropoles avec mobilier funéraire, comprenant en particulier des poteries chinoises et islamiques » (Pierre Vérin) qui doivent être « ceux de «mpihavy» connus sous le nom de Rasikajy » (Clovis Ralaivola).

Toujours d’après le Pr Pierre Vérin, aucune pièce retrouvée n’est antérieure au XVe siècle.

« On désigne habituellement sous le nom d’Antalaotra, les anciens habitants des comptoirs du Nord-ouest, et de Rasikajy, ceux de Vohémar. » Ces derniers sont islamisés « puisqu’on les a retrouvés couchés la tête à l’Est, les yeux tournés vers le Nord dans l’attente du coup de trompette du jugement dernier ». Cependant, leurs dépouilles sont accompagnées d’objets précieux, bijoux, poteries, ustensiles, armes, « une coutume malgache très différente des normes d’inhumation authentiquement musulmane ».

Le Pr Vérin en conclut ainsi que les Rasikajy de Vohémar se sont mélangés aux habitants du Nord et beaucoup de leurs descendants « figurent parmi les Anjoaty actuels», tandis que d’autres ont émigré vers le Sud.

Aucune explication n’est cependant donnée sur l’origine du nom. Pour Clovis Ralaivola, ce mot peut correspondre à la locution dialectale « tsy kazo » (infatigable). « Cette version est d’autant plus vraisemblable que l’art de tailler des ustensiles dans du chloristoschiste exigeait beaucoup de patience, de soins, de répétitions, surtout à une époque où les outils étaient encore rudimentaires. » D’autant aussi que le chloristoschiste est connu à Vohémar sous le nom de roche de Rasikajy (vaton-dRasikajy).

Plus tard, un autre contingent d’immigrants islamiques qui se sont fixés à Vohémar, sont désignés par « Anjoaty » qui, dit-on, signifie outremer (andafy). Selon un chef naturel de ce groupe ethnique, ses ancêtres sont des rescapés d’une ile appelée Mijoa en Arabie, et dévastée par la tempête. Six hommes et deux femmes conduits par un chef montent alors dans une embarcation de fortune, passent par Mijomby (Mer rouge) et débarquent à Ampasindava du côté d’Ambilo-be, au Nord-ouest de Madagascar, en pays antankarana.

Le roi de ce territoire leur assigne la région de Bobaomby, au cap d’Ambre, à l’extrême Nord pour s’installer. Mais seul leur chef Fasinarivo s’y fixe. Ses compatriotes poursuivent leur voyage, quatre hommes et les deux femmes débarquent à Vohémar. Ils s’y livrent à la pêche et à l’extraction de l’huile de coco pour subsister. Les deux derniers continuent vers le Sud jusqu’à Matitanana (Manakara). « Ils forment les ancêtres des Antemoro. »

Un autre descendant des Anjoaty souligne que ses ancêtres sont arrivés à Vohémar lorsque Rangita, reine vazimba, dirige l’Imerina, c’est-à-dire vers le début du XVIe siècle. Il précise en outre qu’au cours de leur périple le long de la côte Ouest, en direction de Vohémar, les uns se sont arrêtés à Besalampy et Ambato-Boeny. Les autres, plus nombreux, s’implantent dans le Nord-Est. Cela explique « que ses coreligionnaires d’autres régions viennent de temps en temps en pèlerinage à Ambavan’Iharana qui recèle les nécropoles d’Anjoaty ».

Ces derniers respectent, jusque vers la fin du siècle dernier, certaines coutumes qui leur sont particulières. Telles l’inhumation dans le sable de la plage, l’obligation pour une femme allaitante de se baigner à la mer dans les vingt quatre heures qui suivent son accouchement, et en souvenir de l’un de leurs ancêtres, l’interdiction aux hommes aux cheveux grisonnants de manger du poulet.

Certains auteurs parlent aussi d’Onjatsy pour désigner l’Anjoaty. En 1648, Flacourt écrit que l’Onjatsy est un pêcheur blanc, descendant des Zafiraminia. Plus tard, Grandidier confirme « que les Onjatsy du Sud-est sont les descendants des Onjatsy du Nord».

Quant à Fernand Kasanga, Anakara lettré du peuple antemoro, il affirme « que les Onjatsy sont des Arabes blancs, pêcheurs provenant de Hedzaz, village sur le bord de la Mer Rouge. Ils se sont installés d’abord dans le Nord-Ouest de Madagascar, puis côtoyèrent vers le Nord pour s’installer à Iharana (Vohémar).

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

http://www.lexpressmada.com

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article