La conduite d’une jeune Mahafaly à la loupe

Publié le par Alain GYRE

La conduite d’une jeune Mahafaly à la loupe

31.05.2017 Notes du passé

 

Dans une étude publiée dans le Bulletin de Madagascar (octobre-novembre 1970), Lotte Schomerus-Gernböck fait part de quelques-unes de ses observations sur les fiançailles, le mariage et le divorce chez les Mahafaly d’Ampanihy-ouest. D’après lui, en milieu rural, le mariage reste coutumier « faute de papiers d’identité et non par attachement aux traditions ».

Ce sont les parents de la jeune fille, « rarement ceux du jeune homme », qui arrangent le mariage. Cette règle n’est plus respectée aujourd’hui car, en principe, l’union « n’est jamais conclue contre la volonté des futurs époux». L’enfant est souvent fiancée à l’âge de 6 à

8 ans, mais tous attendent qu’elle soit « adulte » (15-18 ans) pour organiser les noces.

Durant cette longue période de fiançailles, la « valy folo » ou fiancée demeure près de ses parents. Son fiancé ou son beau-père lui rend visite de temps en temps et lui apporte de la nourriture, des vêtements, des bijoux, et à ses parents toutes sortes de cadeaux. Mais parfois, le père de la fiancée refuse ces dons en disant que rien ne manque à sa fille, qu’il est capable lui-même de s’occuper d’elle, de la nourrir et de l’habiller. « Ceci a l’avantage que le père de la fiancée ne doit aucune indemnité à la famille du garçon en cas de ruptures de fiançailles. »

En effet, le père de famille nombreuse et pauvre, qui accepte les dons d’un prétendant, souvent pendant des années, ne peut plus rompre les fiançailles, même sur la demande de sa fille, parce qu’il ne peut plus rembourser les cadeaux du fiancé. « C’est pourquoi les parents aisés préfèrent attendre l’âge raisonnable de la fille pour les fiançailles. » À moins qu’elle ne préfère rester célibataire jusqu’au moment où elle trouve elle-même un soupirant.

Quand une adolescente devient « adulte », comme ses frères célibataires elle reçoit de son père une case pour elle seule. « À ce moment, un contrôle de la conduite de la jeune fille est plus difficile. » Car si un « sakaiza » (amant) lui rend visite la nuit, il ne frappe pas à la porte. Quand, malgré toutes les précautions, cette visite ne reste pas inaperçue et si elle n’est pas encore fiancée, elle est envoyée  chez des parents dans un village éloigné.

Quand les parents n’ont que des soupçons sans aucune preuve sur l’inconduite de leur fille, ils essaient de la marier au plus vite à son fiancé sinon à l’amant présumé. Si ce dernier est déjà marié, ils essaient de le convaincre de la prendre pour deuxième épouse (vady

masay) afin d’éviter la naissance d’un enfant illégitime, « ce qui est encore aujourd’hui une honte pour une famille à la campagne ».

En revanche, en ville et dans certains milieux, beaucoup de parents ne se mêlent plus de la vie privée de leurs enfants, « et un enfant illégitime n’est plus une honte, mais une charge ». L’auteur remarque alors que, dans quelques familles, un enfant illégitime est adopté dès la naissance par le frère aîné de la jeune mère. Elle perd ainsi tous les droits sur son enfant. Ce qui n’est pas le cas si c’est la grand-mère maternelle qui prend l’enfant en charge.

Quand une jeune fille accouche d’un enfant dont le fiancé n’est pas sûr d’être le père, celui-ci « peut annuler les fiançailles et réclamer le remboursement des cadeaux ». S’il est « soa fanahy » (bon caractère, généreux), il accepte de s’occuper de l’enfant, mais il lui est défendu de demander le nom du géniteur.

Il arrive très souvent que des hommes d’autres groupes ethniques, tels des fonctionnaires célibataires, vivent en ménage avec de jeunes Mahafaly et ce, pendant des années. Si des enfants naissent, ils restent à la charge de leur mère quand l’homme s’en va sous d’autres cieux et refuse de les reconnaître.

Quand elle se marie, son époux refuse généralement de prendre lui aussi à son domicile tous ses enfants qui doivent rester chez les grands-parents maternels. « Un homme désire avoir des enfants, certes, mais il s’agit de ses propres enfants et non de ceux d’un autre. Car si on entend souvent dire à Madagascar qu’une femme avec des enfants est plus recherchée qu’une femme sans enfants, une telle considération n’est pas valable chez les Mahafaly. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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