Madagascar indépendant face à son industrialisation

Publié le par Alain GYRE

Madagascar indépendant face à son industrialisation

24.05.2017 Notes du passé

 

En recouvrant sa souveraineté, la Grande ile se trouve devant un problème impératif: conquérir son indépendance économique. Notamment par l’industrialisation afin de faire face à des besoins sans cesse croissants, comme d’augmenter les revenus individuels et rendre meilleur et décent le standing de vie de la population. Bref, d’élever le niveau de vie de chacun.

Avec près de 5,5 millions d’habitants dont la moitié a moins de 20 ans et un revenu global de 25 000 francs CFA par an et par personne, la perspective semble pourtant encourageante d’après l’économiste Désiré Robson. À condition « que le potentiel humain de travail dispose des moyens nécessaires pour développer la productivité». Toutefois, il faut tenir compte du fait que Madagascar est un pays essentiellement rural (86,5% de la population) et qu’en 1958, sur une production globale de 130 milliards de francs CFA, celle industrielle n’est que de 10,5 milliards et ne représente qu’une valeur ajoutée de 3,5 milliards.

Plus alarmante est la situation des échanges extérieurs où les biens de consommation occupent en valeur 75% des importations totales. Parmi ces biens, figurent en bonne position les produits alimentaires « qu’avec un esprit plus industrieux, nous serions parvenus à produire sur place à des prix et qualités comparables à ceux des biens importés ». Il faut dire qu’une large diversité des articles est proposée au consommateur, dont le choix est guidé non seulement par l’utilitaire, mais aussi par «l’attrait de la meilleure présentation et la fausse garantie du prix élevé ».

Ce qui amène l’économiste à affirmer qu’un gros effort est à faire pour l’éducation de l’acheteur afin qu’il choisisse les produits tant pour leur aspect attrayant que pour leur qualité sérieuse. « Marchandises dont les prix ne seraient pas forcément élevés et la fabrication pas forcément étrangère. » Une tâche qui attend les industries locales.

À cette époque, le nombre des entreprises s’élève à plus de 500. Pourtant seule une trentaine emploie plus de 250 salariés chacune, et la production industrielle est assurée par un nombre limité de sociétés à équipement moderne et relativement concentrées. « Elle est délicate à apprécier dans sa totalité étant donné la multitude des activités semi-artisanales ne travaillant pas en série. »

Ainsi l’industrie n’est pas un grand débouché pour les chômeurs. Sa modernisation consiste à utiliser des machines qui sont justement destinées à suppléer et à aider la main-d’œuvre. « Les activités industrielles concernent surtout les rizeries, des industries légères. L’investisse­ment par emploi est relativement faible: il est de l’ordre d’un à 1,5 million. »

Cependant, l’industrie intégrée transformant les produits agricoles offre, par effets indirects ou induits, deux à cinq fois plus d’emplois qu’elle n’utilise directement: par exemple, à 2 000 salariés dans les sucreries correspondent 7 000 à 8 000 autres personnes utilisées depuis la production de la canne à sucre.

En 1961 selon les statistiques du ministère du Travail, l’effectif des salariés industriels s’élève à plus de 1 700 personnes. Les entreprises les plus importantes, par ordre décroissant, sont les sucreries, les rizeries, les bois et ameublements, les textiles, la mécanique. Des études datant de l’époque fait apparaître une structure de l’emploi où la main-d’œuvre occupe la prépondérance incontestable. On compte 55 à 60% de manœuvres sur l’effectif total des employés surtout par les tabacs (67%), les corps gras (73%), les sucreries (65%). En revanche, les ouvriers spécialisés se remarquent surtout dans les industries mécaniques et électriques, dans les textiles et la chimie.

Au 1er janvier 1961, la population active est estimée à 6 570 employeurs, dont 440 femmes; 186 525 salariés dont 34 150 femmes; 6 525 demandeurs d’emploi non satisfaits dont 1 615 femmes; 2 350 000 travailleurs familiaux non rémunérés et personnes travaillant pour leur propre compte, dont 1 250 000 femmes.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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