Notes du passé: Des hypothèses autour des localités Ifandàna

Publié le par Alain GYRE

Des hypothèses autour des localités Ifandàna

09.05.2017 Notes du passé

 

Dans le Bulletin de Madagascar de mai-juin 1972, le chercheur Léonard Ramaroson donne les différentes hypothèses qui se rapportent à l’origine du mot Ifandanana ou Ifandàna. C’est le nom de trois localités historiques comme il l’explique. « Andrianampoinimerina s’est avoué impuissant devant l’Ifandanana du Vakinankaratra (Callet, Tantara ny Andriana, p. 622); Radama Ier n’a eu raison de l’Ifandanana du Betsileo méridional que par la famine (Callet, p. 1071-1072), mais quelques cinq cents ans plus tôt (au dire de Rainitovo, p.97) Andrianahitrahetra avait pu chasser sans trop de difficultés, les Vazimba, apparemment de l’Ifandanana sis à environ 35 km Est-Sud-est de Tananarive (Callet). »

De toute façon, il semble ici question d’une confrontation entre les Merina conquérants et leurs voisins, les Betsileo du Nord (Vakinan­karatra) et ceux du Sud (Vohibato) qui se refusent à leur domination.

L’Ifandàna du Betsileo est, comme le décrit l’académicien Régis Rajemisa-Raolison, un rocher situé à l’est d’Ambalavao, sur la rive droite de la Manantana, et célèbre dans les annales de ce pays. « Sur le sommet du sud se trouvait une forteresse réputée imprenable. Radama Ier, en 1811, en fit le siège et ne put la soumettre par le canon, mais la famine lui en ouvrit les portes. Il la rasa et en passa au fil de l’épée tous les défenseurs. On voit encore les ossements des victimes, restées sans sépulture, au pied des rochers » (Dictionnaire historique et géographique de Madagascar, années 60).

Pour appuyer ses différentes hypothèses, Léonard Ramaroson se réfère à différents auteurs, notamment Callet, Rainitovo, Webber, Richardson, Dubois, Abinal et Malzac, Rajemisa-Raolison, Veyrières de Méritens…, dont la plupart ont publié un dictionnaire. C’est ainsi qu’il émet quatre hypothèses qui, en général, se basent sur les éventuelles significations du mot Ifandanana : « fanda », « fandana » et « fandàna », « anda », « andana » et « andàna », « lana » et « lanana », « da », « dana » et « danana », « nda », « ndana » et « ndana »…

Rainitovo rattache la dénomination d’Ifandanana au vocable « mandà » (refuser). D’après lui, les Vazimba de la localité (proche de la capitale) ont refusé de se soumettre au roitelet merina « d’une manière moins heureuse ou moins décidée que les Betsileo du Nord et ceux du Sud qui auraient refusé jusqu’au bout » de servir les plus grands souverains d’Antananarivo.

« Ce qui est fort possible puisque la forme andàna de mandà, entendue en province par Webber, donne l’exemple andàko izy (je le nie, je le renie), une expression provinciale. »

Dubois propose « lana » qui donne le substantif verbal « fandana » ou qui a l’habitude d’épuiser, soit tout simplement « difficile d’accès ». Ce qui, d’après Rajemisa-Raolison, peut se rapprocher du merina actuel « lanaka » ou épuisé.

Et Léonard Ramaroson de commenter : « Or, quelles montagnes pourraient être qualifiées de difficiles d’accès d’une manière plus adéquate que nos trois montagnes historiques censément ou effectivement imprenables   »

Webber et Richardson proposent que « da» pourrait donner le verbe « mandà » (célébrer) et le substantif « fandàna » (action de célébrer ou encore « lieu où l’on célèbre »).

Ce qui n’étonne pas Léonard Ramaroson.

« Qu’une montagne qui, par certains côtés, tranche sur ses voisines, fut choisie spécialement pour être un haut-lieu de culte, il n’est rien là que de très normal. »

Enfin, de Veyrières qui se base sur la racine « andana » d’un mot utilisé dans un vieux proverbe, peut comporter le sens de action de jouir de la liberté, et former un « fandanana », lieu où l’on jouit de la liberté. Car dans le proverbe de référence, « ampandanina » est nettement opposé à « afatotra » : « Afatotra manito tady, ampandanin-tsy mahalany»; autrement dit : « Attachez, ils tirent sur la corde pour aller manger plus loin, et quand on leur donne à manger, ils ne peuvent achever leur ration ».

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Commenter cet article