Notes du passé: Hisakafo à Madagascar

Publié le par Alain GYRE

Hisakafo à Madagascar

17.05.2017 Notes du passé

 

Parmi les mœurs malgaches qui intéressent les anciens voyageurs, le mode d’alimentation retiennent l’attention de beaucoup d’entre eux. Barthélémy Huet de Froberville indique que les habitants de Madagascar vivent de riz, de racines telles que les ignames à « cambarres »… que l’île produit en abondance, les fruits, le lait, des bœufs, moutons, cabris, gibiers, poissons, volaille… « En un mot, de tout ce que la main libérale de la nature leur offre avec profusion, selon les lieux et les productions, et les années ne sont pas également favorables aux biens de la nature. »

Pour Legentil, les habitants de Madagascar « sont très carnassiers ». Cependant, ils ne peuvent pas manger beaucoup de viande surtout au fort Dauphin, parce que personne, hormis le roi et les chefs, n’a la permission de tuer les poules et les bœufs. Aussi trouve-t-il « très singulier de me voir dans un pays où les rois et les seigneurs des villages étaient les seuls bouchers de l’État ».

En effet, « ce sont eux qui mettent le couteau dans la gorge de la bête. Le peuple ne mange de viande au fort Dauphin que quand ceux-ci leur en donnent ou que quelque Européen en tue ».

Du temps d’Etienne de Flacourt, ce pouvoir est entre les mains du Roandriana. Mais plus tard à l’époque de Legentil, cette caste de grands « est éteinte » et les chefs, en véritables maîtres, conservent ce « droit bizarre ». « J’ignore la façon dont ces chefs apprêtent ou font apprêter leur viande. »

Néanmoins, l’auteur sait comment la population, elle, la prépare. Elle coupe le bœuf par petites bandes avec la peau. Elle les met à une petite broche en bois qu’elle enfonce dans la terre inclinée vers le feu et la retourne de temps en temps. Lorsque la viande est cuite, elle le mange avec la peau.

Plus au Nord, à Foulpointe et dans la baie d’Antongil, les populations sont moins dominées par leurs chefs en matière d’alimentation que celles du Sud. Elles tuent des poulets, en font des espèces de fricassées « qu’elles nomment roi » et qui sont très bonnes. Les habitants « cassent la poule par morceaux, les font bouillir avec de l’eau, du sel, de la graisse et des feuilles de ravintsara, épice excellente, jusqu’à ce que la viande soit bien cuite et le bouillon épais et gras ».

Pour accompagner ce mets, les habitants font cuire à part du riz « à sec » (vary maina). Ils étalent ensuite par terre des feuilles de « ravinala » qui servent de nappes et de serviettes. Ce sont des feuilles « très belles, très lisses et très propres ». Sur la nappe ainsi étendue, ils mettent d’un côté les morceaux de volaille sans sauce, de l’autre le riz, et tous s’assoient autour.

Les femmes prennent de petits bouts des mêmes feuilles, les plient d’une manière fort adroite pour en faire une sorte de cuillère. C’est avec celle-ci qu’ils prennent le riz, l’autre main servant de fourchette. Une autre femme avec une cuillère de feuille, prend du bouillon et en verse sur le riz pris par chaque personne.

« Ainsi, vous mangez une espèce de soupe au riz et de bouillie de volaille. »

Pendant le repas, personne ne boit aucune autre eau potable que ce que l’on met encore à bouillir dans la marmite où le riz a été cuit et au fond de laquelle on laisse une croûte plus ou moins épaisse. « C’est le ranon’ampango. »

Toujours dans le Nord selon un auteur, anonyme celui-là, le mari, la femme et les enfants mangent ensemble. Mais avant, ils invitent les amis et les voisins à venir partager le repas.

« C’est toujours la maîtresse du logis qui fait les honneurs du festin, servant tout le monde en même temps. »

En général, tous mangent à même le sol sur des nattes. L’étranger, européen ou malgache, est toujours bien reçu, mais le premier jouit du droit de chef. « Dans tous les villages où il arrive, on lui destine une maison où le chef lui envoie un bœuf pour présent. » Souvent dans cette partie de l’île, « l’usage va jusqu’à admettre les esclaves à la natte de leurs maîtres ». Ce qui n’est pas le cas dans le Sud, chez les Zafiraminia où « même les femmes n’y sont pas acceptées ».

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence nationale Taratra

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