Notes du passé: Mots bizarres, différentes interprétations

Publié le par Alain GYRE

Mots bizarres, différentes interprétations

18.05.2017 Notes du passé

 

En regardant quelques extraits du « Grand dictionnaire de Madagascar»  manuscrit de Barthélémy Huet de Froberville, un terme quelque peu bizarre frappe: « Dian’d’Zanhar ». C’est un mot composé fait de Dian et Zanahary ou Andriananahary (seigneur, Dieu) pour devenir un nom propre. Selon l’auteur, Dianjanahary est le fils et successeur de Ramaromanompo sur le trône de Foulpointe et des Betsimisaraka. Sa mère est Matavy, fille du roi des Sakalava et c’est la politique qui forme cette alliance où « le cœur n’eut jamais de place ».

D’après Mayeur, le règne de Diandzanhar est violent et de courte durée. C’est ainsi qu’il meurt détesté de son peuple vers la fin de 1762 laissant le trône à son fils Iavy. En revanche, Legentil explique autrement la raison de cette violence. En fait, selon lui, elle est suscitée par l’exaspération du prince face à certaines intrigues tramées contre lui par des Français établis dans son royaume. Dans le même registre, Froberville parle de « Diamananh » dont les racines sont Dian (Dieu) et le verbe « manana » (avoir, posséder). Flacourt explique que les Malgaches révèrent ce dieu dans l’or.

« Quand les Madécasses voient de l’or, ils témoignent un respect profond. Quand ils le tiennent dans leurs mains, ils le passent par-dessus leur tête avec une grande vénération.»

« S’ils croient avoir commis quelque faute, ils s’imaginent qu’en trempant une manille d’or dans un vase plein d’eau et en buvant de cette eau, leurs péchés leur seront pardonnés. » Flacourt parle ici surtout des peuples du Sud-est de l’île. Froberville estime que, par cette affirmation, ce dernier  montre le « Madécasse idolâtre ». Et il rétorque par le contraire. Pour lui, le respect du Malgache pour l’or « n’a rien de plus solennel que celui des Européens qui y voient le représentant de tous les biens ».

Passant à un autre mot, « dihi », danse (dihy), Flacourt en parlant toujours des peuples de l’Anosy, soutient qu’ils dansent en tournoyant, en marchant à la file, en observant la cadence et certains mouvements, au son de tambours ou de chansons, et « en répondant tous à deuxou quatre qui commencent la chanson ». Les danseurs, en général des hommes, « font mille postures de ballet qui incitent fort à rire », le tout en respectant le rythme.

En d’autres endroits, certains tiennent un bâton à la main et « le manient d’assez bonne grâce ». Dans la baie d’Antongil et ses environs enfin, la manière de danser « est tout à faitridicule ». La raison avancée par Flacourt pour argumenter cette assertion, est tout aussi ridicule. « Les hommes n’y dansent pas et il n’y danse que deux femmes à la fois. »

Abordant un autre thème, celui des différentes glus qui existent dans la Grande île, Froberville en cite quelques-unes. À commencer par la « glu des fourmis », la « ditanbitsic » (ditambitsika) qui se trouve sur de petites branches d’arbres ou des morceaux de bois sec. « Les naturels s’en servent pour assujettir les manches de leurs sagaies dans les douilles. »

Il y a aussi le « ditanintsi » (ditankintsy), gomme tirée du « hintsy » selon Chattan. D’après Flacourt, c’est une gomme noire comme de l’encre et d’un goût astringent qui découle d’un arbre semblable à l’acacia. Ils s’en frottent pour la guérison des plaies et des ulcères. « Les naturels s’en frottent le visage pour empêcher les rides. »

Le « ditanpouraha » (ditamporaha) est le nom malgache francisé de la résine verdâtre très odorante qui vient du « fouraha » décrit par Flacourt. Dans le Nord, il porte le nom d ‘« ahiboka ».

Enfin, le « ditivoazin » (ditimboanjiny) ou la gomme de Zin comme l’appelle Valgny. Pour Froberville selon toute apparence, c’est la même que le « vouazine » de Rochon, le

« vazoene » et « vazouam » de Mayeur, le « vozone » de Flacourt. D’après Valgny, cette gomme fait penser à de la cire jaune. Lorsqu’on la fait fondre, elle se transforme en goudron. « Le fruit ressemble à une châtaigne plate. On en tire une graisse semblable à du saindoux et d’une odeur forte. On s’en sert pour accommoder le manger. »

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives  personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article