Une lugubre mascarade à la Cour

Publié le par Alain GYRE

Une lugubre mascarade à la Cour

29.05.2017 Notes du passé

 

L’accession de la princesse Ramavo appelée aussi Rabodonandrianampoinimerina sur le trône d’Antananarivo en 1828, se fait dans un conflit entre ses opposants qui veulent y élever Raketaka, la fille que Radama Ier a de son épouse sakalava, la princesse Rasalimo, et ses partisans dont Rainimahay et Andriamihaja qui contribuent à l’installer. Rainimahay est l’un des Grands du royaume du début du XIXe siècle. Il est d’ailleurs le premier Hova à tenter de prendre en main les affaires du royaume. Cela ne lui réussit pas, car il a minimisé la force du jeune officier qu’est Andriamihaja.

Celui-ci est un jeune protégé du prince Ramanetaka qui le recommande à Radama Ier. Bien vite, il sait conquérir l’amitié du roi. Et, raconte-t-on, fort sans doute de cette amitié et des faveurs qui en découlent, après la mort du roi, il arrive facilement à supplanter Rainimahay en tant que commandant en chef de l’armée royale avec le grade de 11 honneurs, et est accepté comme époux de la reine. Il serait, du reste, le père de Rakoto-Radama.

Lors de sa nomination à la tête des troupes royales, l’un des grands Sages du royaume, Rainibetsimindrana, ne lui ménage pas les conseils pour que, en tant que jeune officier et époux de la reine, il puisse tenir son rôle et assumer ses responsabilités dans la dignité. Ces conseils, en fait, portent sur les qualités dont il doit faire preuve (souplesse et affabilité vis-à-vis de la population, mais aussi rigueur dans l’application de la loi).

Mais l’entente ne dure pas longtemps entre Ranavalona Ire et Andriamihaja, du fait de leurs deux caractères bien trempés. Mais aussi et surtout parce que les autres Grands, notamment Rainiharo et  le chef des Voromahery Rabosela accablent Andriamihaja de calomnies, dont la moindre est d’être jaloux de son autorité, la pire de profiter des sentiments de la reine pour la traiter « comme une simple épouse, une femme d’intérieur». En fait, ils ne supportent pas de voir la reine sous l’emprise de son époux.

Ils arrivent à convaincre Ranavalona Ire de participer à une comédie qui n’est pas prévue se terminer par une mort. Elle devra simuler la maladie pour qu’ils puissent exiger une mise à l’épreuve générale de ses proches par le tanguin.

La reine feint donc d’être malade pendant quelques jours et Andriamihaja, dit-on, interdit à ses parents- dont les « Douze épouses » de souverains-, aux Andriambaventy et aux chefs des Tsimahafotsy et des Tsimiamboholahy de la voir. Puis la reine exige leur présence pour une consultation par l’art divinatoire, car « ma maladie empire ». Ce qui est fait.

On fait alors appel à deux « mpisikidy » professionnels, les Zanadralambo Rainivaondriana et Razakanandriamidarohasina. Après avoir consulté, ils passent la nuit à réfléchir et, au matin, essaient d’engager la conversation avec la souveraine. Mais elle s’y refuse, arguant une grande fatigue.

Les devins font part de leurs inquiétudes aux personnes convoquées par la reine- toutes dans le secret de cette lugubre comédie- et qui se proposent à subir une ordalie pour déterminer « l’auteur du sortilège » et pour sauver la vie de la reine. Comme, évidemment, toutes survivent, on demande à Andriamihaja de passer, lui aussi, par l’épreuve du tanguin.

Mais à la demande de la souveraine, l’épreuve se déroule non en plein air, mais chez lui, au Palais d’Andafiavaratra, car « il n’est pas n’importe qui ». Là, on lui administre la forte dose dont il ne réchappe pas.

Jugé par certains auteurs comme un être injuste et cruel, Andriamihaja est présenté par d’autres comme un fervent partisan du progrès comme son maître Radama Ier, et du christianisme. Ce qui aurait expliqué les inimitiés du parti conservateur. Après lui, affirme-t-on, on assiste à une recrudescence du paganisme.

 

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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